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# La NASA a fait fonctionner une batterie solide à moins 80 degrés, loin encore de la nuit lunaire

**URL:** https://lepointdujour.fr/sciences/8688-batteries-solides-froid-lunaire/
Date: 2026-10-19
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Les cellules du projet SPEARS ont tenu sous vide thermique de 80 à moins 80 degrés, quand des régions lunaires en ombre permanente descendent à moins 203.
Categories: Sciences et espace
Tags: La Lune
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/10/02-batteries-solides-froid-lunaire-scaled.jpg
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Reste à distinguer ce qu'une batterie encaisse sans se casser de ce qu'elle sait fournir au même moment.

Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [les trois instruments retenus par la NASA pour sa base lunaire](https://lepointdujour.fr/sciences/8015-base-lunaire-prism-glace-tubes/).

## Une batterie solide descendue à moins 80 degrés dans les essais de la NASA

Le 14 octobre, le centre de recherche Langley de la NASA a mis en ligne [le point d'étape du projet SPEARS](https://www.nasa.gov/centers-and-facilities/langley/nasa-develops-batteries-to-power-humanitys-return-to-moon/), pour Solid Power for Extreme Environment Adaptability and Resilience in Space, que l'on peut traduire par alimentation à l'état solide pour l'adaptabilité et la résistance en environnement extrême dans l'espace. Lancé en 2026, il vise des accumulateurs capables de travailler au pôle Sud de la Lune, où la nuit fait tomber la température à moins 328 degrés Fahrenheit, soit moins 200 degrés Celsius.

Dans les essais sous vide thermique menés à Langley, les cellules ont bien fonctionné jusqu'à 176 degrés Fahrenheit, soit 80 degrés Celsius, et jusqu'à moins 76 degrés Fahrenheit, soit moins 60 degrés Celsius. Leurs performances ont légèrement baissé en descendant à moins 112 degrés Fahrenheit, soit **moins 80 degrés Celsius**. « Nous avons prouvé pour la première fois que ces cellules peuvent fonctionner jusqu'à moins 80 degrés Celsius », indique Yi Lin, responsable des essais et de la recherche de SPEARS à Langley.

## Survivre à un froid n'est pas y fonctionner

La nuance est explicite dans le texte de l'agence. Les cellules ont supporté sans dommage une exposition allant de 212 degrés Fahrenheit, soit 100 degrés Celsius, à moins 274 degrés Fahrenheit, soit moins 170 degrés Celsius. Mais **elles ne fonctionnent pas à cette température basse**.

![Surface lunaire fortement cratérisée, coupée en diagonale par la limite entre la zone éclairée et l'ombre](https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/10/02-batteries-solides-froid-lunaire-photo2.jpg)Le bord oriental du bassin Pôle Sud-Aitken photographié par l'équipage d'Artemis II le 6 avril 2026, avec le terminateur, la limite entre le jour et la nuit lunaires. Crédit : NASA (domaine public)
Deux régimes se distinguent donc. Le premier est la survie : la batterie traverse l'épisode froid, puis repart. Le second est le fonctionnement : elle délivre de l'énergie pendant l'épisode. Pour combler l'écart, la NASA prévoit de petits éléments chauffants, qui portent les cellules à leur température de fonctionnement quand il faut du courant. Une batterie qui encaisse moins 170 degrés sans casser reste donc une batterie qu'il faudra chauffer pour s'en servir.

## Ce que remplace l'électrolyte solide

Les accumulateurs lithium-ion ordinaires reposent sur un électrolyte liquide. L'agence en liste trois défauts pour un usage lunaire. Refroidi aux températures de la nuit lunaire, ce liquide gèlerait, au risque d'endommager la batterie. Chauffé à l'inverse, par exemple aux 212 degrés Fahrenheit, soit 100 degrés Celsius, des températures lunaires de jour, il ne fonctionne plus tant qu'il n'a pas refroidi. Exposé au vide spatial, il s'évapore. Les batteries SPEARS remplacent ce liquide par un matériau solide, à base de céramique ou de polymère.

Le choix du matériau n'est pas figé. « Nous pouvons ajuster pour l'énergie, ajuster pour la puissance, ajuster pour la durabilité, selon l'application », explique Yi Lin, qui précise que ce réglage passe par des matériaux d'électrode différents.

Les usages envisagés dépassent le seul rover. L'agence cite de petits outils comme des foreuses destinées aux cratères plongés dans l'ombre, des rovers, des réserves d'énergie de secours pour les astronautes et des instruments scientifiques appelés à travailler longtemps. Ji Su, spécialiste des matériaux polymères et responsable de tâche à Langley, ajoute une liste terrestre : « Les automobiles, les téléphones portables, les appareils de communication, les drones, tout ce qui a besoin d'une alimentation portable. »

## Le froid que la Lune impose vraiment

Les températures en jeu, telles que la NASA les publie, se répartissent ainsi :

SituationTempératureDocumentNuit au pôle Sud lunairemoins 200 °Cpoint d'étape SPEARS, LangleyRégions polaires en ombre permanentejusqu'à moins 203 °Cpage de référence sur la région du pôle SudSurface lunaire en plein Soleil, toutes latitudesenviron 127 °Cfiche de la NASA sur la LuneSurface lunaire dans l'obscurité, toutes latitudesenviron moins 173 °Cfiche de la NASA sur la LuneCellules SPEARS, plein fonctionnementde 80 °C à moins 60 °Cessais sous vide thermiqueCellules SPEARS, performances réduitesjusqu'à moins 80 °Cessais sous vide thermique
Les périmètres diffèrent et méritent d'être tenus séparés. Les deux premières valeurs portent sur la région polaire sud, celle que vise la campagne Artemis : [la page de référence de la NASA sur cette région](https://www.nasa.gov/reference/moonbase-environment/) écrit que certaines zones en ombre permanente peuvent descendre jusqu'à environ moins 203 degrés Celsius. Les deux suivantes viennent de [la fiche générale de l'agence sur la Lune](https://science.nasa.gov/moon/facts/), qui donne environ 127 degrés en plein Soleil et environ moins 173 degrés dans l'obscurité, sans distinguer de latitude. Aucune de ces valeurs n'est atteinte par les cellules en fonctionnement.

Le même froid commande d'autres choix d'architecture au sol. Le modèle d'[habitat lunaire enterré que le CNES étudie à Toulouse](https://lepointdujour.fr/sciences/8627-habitat-lunaire-enterre-spaceship-fr/) répond à la même contrainte par la masse de régolithe placée au-dessus des occupants, et [les articles réunis dans notre dossier consacré à la Lune](https://lepointdujour.fr/tag/lune/) montrent combien l'environnement thermique revient dans chaque projet.

## Le gain visé n'est pas le froid, c'est la masse

Un détail change la portée de l'annonce : ces batteries n'ont pas besoin d'être chauffées en permanence. C'est là que se situe l'intérêt réel. Les systèmes de régulation thermique des engins et des habitats lunaires sont lourds, et leur allègement ouvre, selon la NASA, des conceptions plus légères, des coûts moindres et des missions plus longues.

Donald Dornbusch, investigateur principal de SPEARS au centre Glenn de Cleveland, résume le besoin : « Nous en aurons besoin sur la Lune aussi, et ces batteries devront fonctionner de manière fiable et sûre dans cet environnement hostile. » La répartition du travail suit trois centres. Glenn pilote le projet. Langley, à Hampton en Virginie, a mené les essais sous vide thermique dont les résultats viennent d'être publiés. Ames développe le matériel de vol, cartes de test et électronique, pour préparer les cellules au vol spatial et les éprouver dans l'espace.

SPEARS est né d'un projet antérieur de batteries destinées à l'aéronautique, auquel Yi Lin et Donald Dornbusch avaient déjà travaillé. La question suivante est celle de l'énergie produite sur place, et notre article de fond sur [des cellules photovoltaïques fabriquées avec de la poussière lunaire](https://lepointdujour.fr/sciences/1329-des-cellules-photovoltaiques-creees-avec-de-la-poussiere-lunaire-par-des-scientifiques-09042025/) aborde l'autre bout de la chaîne.

## Des piles bouton, pas encore un rover

Trois réserves accompagnent ce résultat. La première tient à la taille des objets testés : l'agence parle de petites cellules prototypes, et les photographies publiées par Langley montrent une pile bouton tenue entre deux doigts à la sortie de la chambre d'essai, et des cellules passées sur la balance. Aucun assemblage complet monté sur un engin n'est présenté.

La deuxième porte sur le calendrier. Le projet a démarré en 2026 et ses premières étapes restent consacrées au développement de la technologie, avec un passage éventuel vers une collaboration commerciale ensuite. Le matériel de vol est en cours de développement à Ames, ce qui signifie qu'aucune démonstration dans l'espace n'a encore eu lieu.

La troisième est une question d'horizon. Yi Lin se dit confiant dans des gains de performance et peut-être dans un élargissement de cette plage de températures au cours des prochaines années, sans date annoncée. Rien, dans ce point d'étape, ne garantit qu'une cellule fonctionnera un jour sans chauffage par moins 170 degrés. Pour suivre les prochaines étapes de ce projet, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google reste le moyen le plus simple de retrouver nos articles, aux côtés de nos publications récentes comme celle consacrée aux [douze capsules de test de boucliers thermiques rentrées avec le cargo Cygnus XL](https://lepointdujour.fr/sciences/8594-krepe-capsules-boucliers-thermiques/).

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