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# Habitat lunaire : quatre personnes, six mois et un abri enterré dans le modèle que le CNES étudie à Toulouse

**URL:** https://lepointdujour.fr/sciences/8627-habitat-lunaire-enterre-spaceship-fr/
Date: 2026-10-14
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Alexis Paillet, chef de projet SpaceShip FR, décrit pour le CNES un abri lunaire enterré et exigu, où quatre personnes vivraient six mois en autonomie.
Categories: Sciences et espace
Tags: La Lune
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/10/02-habitat-lunaire-spaceship-fr-cnes-scaled.jpg
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Reste à voir ce qu'un tel format impose à ceux qui l'habiteront, de l'assiette au délai de trois secondes qui les séparera encore des équipes restées au sol.

Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [les trois instruments retenus par la NASA pour sa base lunaire](https://lepointdujour.fr/sciences/8015-base-lunaire-prism-glace-tubes/).

## Un habitat lunaire enterré, quatre personnes et six mois d'autonomie

Le CNES a publié le 8 octobre [la version longue d'un entretien avec Alexis Paillet, chef de projet SpaceShip FR](https://cnes.fr/actualites/habiter-lune-defis-de-linstallation-humaine), parue en version courte dans [le numéro 101 de CNESMAG consacré au vol habité](https://cnes.fr/actualites/cnesmag-101-vers-liss-dela-role-de-france-vol-habite). À la question de savoir si n'importe qui pourra demain habiter la Lune, la réponse tient en une phrase : « Dans l'état actuel des choses, c'est peu probable ! »

Le modèle sur lequel travaille l'équipe est précis. Il décrit **une base où quatre personnes vivraient en autonomie pendant six mois, confinées dans un habitat enterré de très faibles dimensions**. Alexis Paillet ajoute cette réserve : « Ce n'est pas pour tout le monde ! » SpaceShip FR a été créé en 2018 et se trouve au Centre spatial de Toulouse. Dans le cadre des programmes d'exploration de l'Agence spatiale européenne, des initiatives nommées Spaceship existent dans plusieurs pays, l'Allemagne, l'Angleterre et la France, décrites comme des environnements d'innovation agiles permettant d'étudier rapidement de nouveaux concepts opérationnels et de nouvelles technologies avec des coûts maîtrisés.

## Moins de 10 tonnes emportées, la contrainte qui commande le reste

Deux facteurs contraignent le projet, selon le chef de projet : l'éloignement et les faibles capacités d'emport, **moins de 10 tonnes dans le scénario le plus ambitieux**. Cette limite pèse sur tout ce qui n'est pas produit sur place, puisqu'il faut le lancer depuis la Terre. Les grandes lignes du modèle tiennent en quelques repères :

ÉlémentValeurPrécision donnée par Alexis PailletCapacité d'emportMoins de 10 tonnesDans le scénario le plus ambitieuxÉquipageQuatre personnesVivant en autonomieDurée du séjourSix moisConfinées dans l'habitatHabitatEnterréDe très faibles dimensionsDélai de communicationTrois secondesOn peut encore s'appuyer sur des équipes au solÉcarts de températureDe moins 180 à plus 120 degrés CelsiusAvec un jour qui dure près d'un mois terrestre

## Lyophilisés, légumineuses et poissons en aquarium

L'alimentation visée est mixte : des aliments lyophilisés et des végétaux produits sur place, essentiellement des légumineuses, des plantes aromatiques, voire des légumes dont on consomme presque toutes les parties. Pour les protéines animales, l'équipe étudie la possibilité d'élever des poissons en aquarium, nourris avec les déchets végétaux, et que les résidents pourraient regarder évoluer, ce que le chef de projet juge bénéfique pour leur moral.

Suit un aveu qui en dit long sur le niveau de détail d'un tel exercice : « Mais nous ne sommes pas sûrs qu'ils pourraient ensuite les manger ! » Alexis Paillet range cette interrogation parmi les questions faussement anodines à ne pas négliger.

## L'eau est aux pôles, et elle ne se ramasse pas

La ressource qui rend l'installation envisageable, c'est l'eau, trop lourde à emporter en quantité. Jean Blouvac, expert en exploration et vol habité au CNES, interrogé dans la vidéo publiée sur la même page, la dit « principalement située au niveau des pôles » et ajoute une limite : « Nous n'avons pas encore une connaissance très détaillée de la façon dont elle se répartit. » Il cite aussi le régolithe, qui pourrait permettre de construire des habitations et de protéger les astronautes, et la présence possible de terres rares.

![Bords de cratères lunaires éclairés de biais, entourés de zones entièrement noires](https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/10/02-habitat-lunaire-spaceship-fr-cnes-photo2.jpg)Photo d'illustration. Jonction entre les bords de trois cratères sur le fond du cratère Peary, près du pôle nord lunaire, vue par le Lunar Reconnaissance Orbiter. Crédit : NASA/GSFC/Arizona State University (domaine public)
La même vidéo détaille la forme de cette eau. Elle est majoritairement présente aux pôles, sous forme de glace au fond des cratères, à l'ombre et donc à l'abri de l'évaporation. Ailleurs se trouvent des molécules d'eau et des groupes hydroxyles absorbés à même le sol lunaire, notamment sous forme de minéraux hydratés, qui constituent au mieux **0,1 % de la masse des roches lunaires**. Cette eau pourrait servir à produire de l'oxygène, de l'eau potable et même du carburant.

## Trois secondes depuis la Lune, une vingtaine de minutes depuis Mars

La comparaison avec Mars éclaire le choix de la Lune comme terrain d'entraînement. La distance varie, selon Alexis Paillet, entre 54 millions et 401 millions de kilomètres selon les positions orbitales. Avec Mars, le délai de communication atteint une vingtaine de minutes, et jusqu'à un mois de coupure complète quand la planète passe derrière le Soleil : l'autonomie doit y être totale. Depuis la Lune, trois secondes suffisent, et l'on peut encore s'appuyer sur des équipes au sol.

Le paradoxe est ailleurs. C'est sur la Lune que les conditions de vie sont les plus hostiles, avec une absence d'atmosphère et de protection magnétique contre les radiations, des écarts de température de moins 180 à plus 120 degrés Celsius et un jour qui dure près d'un mois terrestre. Mars dispose d'une atmosphère très ténue mais présente, d'un champ magnétique résiduel, de températures moins extrêmes et d'un rythme circadien de 24 h 30. « Mars semble plus accueillante », conclut le chef de projet, avant d'ajouter : « Mais encore faut-il être capables d'y aller ! »

## Une intelligence artificielle pour la supervision que les équipages devront assurer

Derrière chaque astronaute de la Station spatiale internationale, rappelle Alexis Paillet, des centaines de personnes contrôlent tout depuis le sol. Sur la Lune et surtout sur Mars, « cette supervision devra être prise en charge par les équipages eux-mêmes ». D'où un projet baptisé AMAIA, pour Astronaut Multifunctional AI Assistant, qui fonctionnera selon lui comme un chef d'orchestre de la supervision et de la biosurveillance des astronautes, et sera capable de donner l'alerte et de prendre des mesures correctrices par lui-même en cas de souci.

## Une base permanente « à l'horizon de 2035 », une date déjà jugée optimiste

Reste le calendrier, et il n'a rien d'acquis. Jean Blouvac rappelle que les Américains ne sont allés sur la Lune qu'à six occasions et ne sont restés que trois jours au maximum sur la surface lunaire. La base est envisagée dans le cadre de deux programmes, dont le programme américain Artemis, auquel l'Europe est associée avec ses partenaires canadiens et japonais, le programme chinois lui ressemblant fortement selon lui. Elle serait progressive : une petite station lunaire, puis un atterrissage, puis une base complète. Il situe l'échéance « probablement, compte tenu des difficultés techniques, à l'horizon de 2035 », et précise aussitôt que c'est « déjà une date optimiste pour une présence humaine durable sur la Lune ».

Un modèle d'habitat n'est donc pas un calendrier de construction, et ce que décrit SpaceShip FR reste un concept étudié à Toulouse. Les articles rassemblés dans [notre dossier consacré à la Lune](https://lepointdujour.fr/tag/lune/) suivent les étapes de ce retour, du [versement des 800 gigaoctets d'observations d'Artemis II](https://lepointdujour.fr/sciences/8508-artemis-ii-donnees-lunaires/) aux roches qui composent les hautes terres lunaires, dont un équivalent terrestre est [étudié à Madagascar](https://lepointdujour.fr/sciences/8234-anorthosite-madagascar-hautes-terres-lunaires/). Notre article de fond sur [la Lune qui s'éloigne de 3,8 centimètres par an](https://lepointdujour.fr/sciences/6524-lune-elle-seloigne-de-38-cm-par-an-les-jours-sallongent-et-les-marees-faiblissent-sur-terre/) rappelle de son côté que le voisin le plus proche bouge encore. Pour suivre les prochaines étapes du programme, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google reste le moyen le plus simple de retrouver nos articles.

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