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# L'or et l'iridium du manteau terrestre s'expliquent sans vernis tardif, selon une étude du CNRS
**URL:** https://lepointdujour.fr/sciences/8558-vernis-tardif-manteau-siderophiles/
Date: 2026-10-15
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Une équipe du CNRS, de Sorbonne Université et de l'IPGP a recréé en laboratoire les conditions de la formation de la Terre, et se passe du vernis tardif.
Categories: Sciences et espace
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/10/02-vernis-tardif-manteau-siderophiles-scaled.jpg
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Reste à comprendre ce que cette hypothèse écartée change pour la question qui intéresse tout le monde, l'arrivée de l'eau et du carbone sur notre planète.
Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [les bulles de gaz qui coulent dans un océan de magma accrochées au métal](https://lepointdujour.fr/sciences/8286-ocean-magma-bulles-metal/).
## Le vernis tardif n'est plus indispensable pour expliquer le manteau terrestre
Le CNRS a mis en ligne le 5 octobre 2026 un [communiqué daté du 2 octobre qui remet en cause l'hypothèse du vernis tardif](https://www.cnrs.fr/fr/presse/formation-de-la-terre-une-etude-remet-en-question-lhypothese-historique-du-vernis-tardif), en anglais late veneer, formulée dans les années 1970. Contrairement à ce scénario, écrit l'organisme, la Terre n'aurait pas connu d'apports importants de matériaux sidérophiles, c'est-à-dire ayant une forte affinité avec le fer, une fois la formation de son noyau achevée.
Le travail est signé par une équipe internationale de l'Institut de minéralogie, de physique des matériaux et de cosmochimie, rattaché à Sorbonne Université, au CNRS et au Muséum national d'Histoire naturelle, et de l'Institut de physique du globe de Paris, rattaché au CNRS, à l'IPGP et à l'Université Paris Cité. L'étude paraît dans [Science Advances, sous le titre Core formation resolves Earth's siderophile excess without a late veneer](https://doi.org/10.1126/sciadv.aef0411), signée par Ingrid Blanchard et ses coauteurs, à la date du 25 septembre 2026.
## Un océan de magma de plus de 1 500 kilomètres de profondeur
Le point de départ est un état de la Terre que personne n'a observé. Il y a 4,5 milliards d'années, rappelle le communiqué, la planète était couverte d'un océan magmatique de plus de 1 500 kilomètres de profondeur. Les éléments chimiques s'y sont séparés selon leur affinité pour le fer ou pour le silicate, un composé chimique qui associe le dioxyde de silicium à divers oxydes métalliques. Cette séparation a donné les deux grands réservoirs de la Terre, le noyau et le manteau.
La suite est décisive pour l'énigme. Une fois la formation du noyau achevée, les échanges chimiques entre les deux réservoirs sont devenus impossibles. Les éléments hautement sidérophiles auraient donc dû être massivement piégés dans le noyau. Or ils sont présents dans le manteau en quantités relativement grandes, et dans des proportions proches de celles des météorites qui ont formé la Terre.
C'est cette observation géochimique qui a conduit à l'hypothèse du vernis tardif. Après la fin de la différenciation entre noyau et manteau, des météorites auraient déposé ces éléments dans la partie solidifiée du manteau. Il s'agirait du dernier apport de masse conséquent sur la planète, et il représenterait 0,5 % de sa masse totale. De là est née l'idée que les éléments indispensables au développement de la vie, le carbone et l'eau, seraient arrivés par le même chemin.
## Des enclumes de diamant, un laser et le synchrotron de Grenoble
Pour trancher, l'équipe a recréé en laboratoire les conditions de pression et de température de la différenciation terrestre, de l'ordre de plusieurs centaines de milliers de fois la pression atmosphérique et de plusieurs milliers de degrés Celsius. Le dispositif employé est la cellule à enclumes de diamant couplée à un chauffage laser, avant analyse des échantillons récupérés à l'European Synchrotron Radiation Facility, le synchrotron européen installé à Grenoble.
Photo d'illustration. Une cellule à enclumes de diamant photographiée en 1998 par le National Institute of Standards and Technology américain. Crédit : National Institute of Standards and Technology, Wikimedia Commons (domaine public)
Le principe de l'appareil tient en une phrase, celle de la notice du National Institute of Standards and Technology américain : une matière finement broyée est écrasée en un film entre les faces plates de deux diamants taillés en gemmes, ce qui permet d'appliquer des pressions très élevées à l'échantillon ainsi pris entre les enclumes. Des instruments de ce type, ajoute la même notice, sont utilisés dans de nombreux laboratoires du monde.
## Ce que la température change pour l'or, l'iridium et l'osmium
Les expériences ont mis en évidence le rôle prépondérant de la température dans le partage entre noyau et manteau des cinq éléments hautement sidérophiles étudiés, qui sont l'or, le rhénium, le palladium, l'iridium et l'osmium. Aux conditions de la formation du noyau terrestre, précise le communiqué, ces éléments sont bien moins sidérophiles, et leur affinité pour les silicates augmente.
Autrement dit, le fer les attire moins qu'on ne le croyait quand il fait très chaud. En utilisant ensuite des modèles numériques de formation de la Terre, les chercheurs ont montré que les teneurs de ces éléments dans le manteau terrestre peuvent être expliquées par ces effets de haute température survenus pendant la différenciation. Le titre de l'article résume la bascule : la formation du noyau résout l'excès de sidérophiles de la Terre sans vernis tardif.
## L'eau et le carbone auraient été là plus tôt
La conséquence porte moins sur l'or que sur la chronologie de la vie. Les deux scénarios se distinguent sur quatre points :
QuestionHypothèse du vernis tardif (années 1970)Étude parue dans Science AdvancesMoment de l'apportAprès la formation du noyauPendant la différenciation elle-mêmeMécanisme invoquéDes météorites déposées sur le manteau solidifiéL'effet de la haute température sur le partage noyau-manteauMasse en jeu0,5 % de la masse totale de la TerreUn apport tardif important n'est plus requisEau et carboneArrivés par le même biais que les sidérophilesPrésents très tôt dans l'histoire de la Terre
Le communiqué qualifie le résultat d'avancée majeure, parce que le vernis tardif était présenté depuis plusieurs décennies comme le vecteur des éléments volatils indispensables au développement de la vie. La nouvelle hypothèse propose au contraire que l'eau et le carbone aient été présents très tôt, et non livrés une fois la différenciation terminée.
L'organisme ajoute que ce résultat permet une nouvelle vision de la croissance de la Terre, de la Lune et des autres planètes telluriques du Système solaire, sans faire appel à un vernis tardif important. La question suivante est celle de ce que le manteau profond conserve de cette époque, et notre article de fond sur [les structures du manteau reliées par le MIT à un vestige de la Terre d'avant l'impact géant](https://lepointdujour.fr/sciences/6165-lune-le-mit-relie-des-structures-du-manteau-a-2-900-km-de-profondeur-a-un-vestige-de-la-terre-davant-limpact-geant/) en donne une idée. Sur la roche des hautes terres lunaires, notre article récent consacré au [massif d'anorthosite de Madagascar](https://lepointdujour.fr/sciences/8234-anorthosite-madagascar-hautes-terres-lunaires/) éclaire l'autre bout de la comparaison.
## Une hypothèse qui en remplace une autre
Trois réserves méritent d'être dites. La première tient à la nature de la démonstration : il s'agit d'expériences de laboratoire prolongées par des modèles numériques, pas d'un échantillon prélevé dans le manteau profond, inaccessible. La seconde tient au périmètre. Les cinq éléments testés sont des éléments hautement sidérophiles, et le communiqué ne dit pas que le résultat s'étend tel quel à tous les éléments du manteau.
La troisième est la plus simple. Le vernis tardif n'est pas déclaré impossible, il est déclaré non nécessaire pour rendre compte des teneurs observées, ce qui n'est pas la même chose. Une hypothèse vieille d'un demi-siècle se retire rarement en une seule publication. Pour suivre les prochaines étapes de ce dossier, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google reste la façon la plus simple de retrouver nos articles.
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