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# Sans cerveau, le blob a relié 36 points placés comme les villes autour de Tokyo, avec un réseau aussi efficace que le rail mais plus fragile

**URL:** https://lepointdujour.fr/sciences/8518-blob-labyrinthe-reseau-tokyo/
Date: 2026-10-11
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Une seule cellule sans neurone, Physarum polycephalum, trouve le plus court chemin d'un labyrinthe et apprend à ignorer la quinine, études à l'appui.
Categories: Sciences et espace
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/10/blob-labyrinthe-reseau-tokyo-scaled.jpg
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Comment une masse jaune sans le moindre neurone parvient à trier des chemins, à dessiner des réseaux et à modifier son comportement, et ce que les chercheurs en concluent vraiment.

Le 28 septembre 2000, la revue Nature publie une courte communication venue du Japon. Sur une plaque de gélose, un labyrinthe découpé dans un film plastique, deux petits blocs enrichis d'avoine broyée posés à l'entrée et à la sortie, et une masse jaune qui remplit d'abord tous les couloirs. Huit heures plus tard, il ne reste qu'un tube épais, tendu entre les deux repas par le chemin le plus court.

Cette masse s'appelle Physarum polycephalum, plus connue sous le surnom de blob. Elle n'a ni cerveau ni système nerveux, et pourtant plusieurs séries d'expériences, menées par des équipes japonaises puis toulousaines, lui attribuent des performances que l'on réserve d'habitude aux animaux.

## Le blob, Physarum polycephalum, une seule cellule aux milliers de noyaux

Selon le [Muséum national d'Histoire naturelle](https://www.mnhn.fr/fr/blob), le blob est un protiste, cousin des amibes, rangé parmi les myxomycètes. C'est une seule cellule aux milliers de noyaux, sans cerveau, qui vit dans des habitats sombres et humides et se nourrit de bactéries ou de matière organique morte couverte de microbes. S'il fait trop chaud ou trop froid, il entre en dormance sous une forme compacte, le sclérote. Le CNRS indique qu'il peut se déplacer jusqu'à 4 cm par heure.

## Le labyrinthe de 2000 : quatre routes, un seul tube

L'expérience publiée dans Nature est signée Toshiyuki Nakagaki, Hiroyasu Yamada et Ágota Tóth, du centre RIKEN au Japon et de l'université de Szeged en Hongrie. Des morceaux de blob déposés dans le labyrinthe se sont rejoints pour former un seul organisme qui a occupé tous les couloirs. Quatre trajets, d'environ 41, 33, 44 et 45 mm, reliaient les deux blocs de nourriture. Le déroulé tient en deux étapes :

- quatre heures après la pose des blocs, les branches engagées dans les culs-de-sac se rétractent et le blob explore les connexions possibles ;

- quatre heures plus tard, le chemin le plus court a été sélectionné et un seul tube épais relie les deux sources.

Le tracé exact variait d'une expérience à l'autre, mais la route d'environ 33 mm a toujours été retenue. Elle était environ 22 % plus courte que la route de 41 mm. Les chercheurs proposent une explication physique : la nourriture augmente localement la fréquence des contractions du blob, ce qui lance des ondes, et un tube est renforcé ou s'atrophie selon son orientation par rapport à ces contractions. Ils écrivent que ce calcul cellulaire implique qu'un matériau cellulaire peut montrer une forme d'intelligence primitive.

## Le test du réseau ferré de Tokyo, publié dans Science en 2010

Une équipe des universités d'Hokkaido, d'Oxford et d'Hiroshima, toujours avec Toshiyuki Nakagaki, change ensuite d'échelle. Dans l'[étude parue dans Science en janvier 2010](https://hiroshima.repo.nii.ac.jp/records/2008779), elle dispose 36 sources de nourriture qui reproduisent la position de villes de la région de Tokyo, et laisse le blob pousser depuis l'emplacement de Tokyo. Comme il fuit la lumière vive, l'équipe a aussi éclairé certaines zones pour imiter montagnes et lacs, ce qui donnait des réseaux plus ressemblants au vrai réseau ferré.

![Blob Physarum polycephalum formant un réseau de fins filaments jaunes autour d'un flocon d'avoine dans une boîte de Petri](https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/10/blob-labyrinthe-reseau-tokyo-2.jpg)Physarum polycephalum dans une boîte de Petri. Crédit : Tim Tim (VD fr), CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
Les auteurs ont comparé trois critères :

- le coût, soit la longueur totale des liaisons rapportée au réseau le plus court possible ;

- l'efficacité du transport, soit la distance moyenne la plus courte entre deux villes ;

- la tolérance aux pannes, soit la part des pannes d'une seule liaison qui isolent une partie du réseau.

Sur les deux premiers critères, les valeurs du blob et du rail sont très proches. Sur le troisième, le rail reste meilleur : seules 4 % des pannes isolent une partie du réseau ferré, contre 14 % en moyenne pour les réseaux de blob éclairés et 20 % pour les réseaux non contraints, avec une forte variabilité.

Les chiffres clés de ces deux expériences :

MesureBlobRéférence
Labyrinthe (Nature, 2000) : sélection du chemin le plus courtenviron 8 heures4 routes de 33 à 45 mm
Tokyo (Science, 2010) : sources de nourriture36villes de la région de Tokyo
Longueur totale rapportée au réseau minimal1,75 (moyenne de 21 réseaux)1,8 pour le rail
Efficacité du transport (distance moyenne normalisée)0,850,85 pour le rail
Pannes qui isolent une partie du réseau14 % (éclairé) à 20 % (non contraint)4 % pour le rail

## Apprendre à ignorer la quinine : l'expérience de Toulouse en 2016

Romain Boisseau, David Vogel et Audrey Dussutour, du Centre de recherches sur la cognition animale (CNRS, université Toulouse III), ont cherché à savoir si le blob peut apprendre, dans une [étude publiée en avril 2016 dans les Proceedings of the Royal Society B](https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC4855389/). Pour atteindre sa nourriture, le blob doit traverser un pont de gélose de 13 mm contenant de la quinine (4 mM), de la caféine (1 mM), deux substances répulsives mais inoffensives, ou rien. L'expérience a duré neuf jours, avec 140 blobs pour la quinine, 70 pour la caféine et 200 témoins.

Le premier jour, les témoins s'engagent sur le pont après environ une heure, quand les blobs face à la quinine attendent 2,5 heures et mettent 4 heures à traverser. Pendant cinq jours d'exposition quotidienne, leur réaction diminue, sans revenir tout à fait au niveau des témoins le sixième jour. Les auteurs ont vérifié trois critères de l'habituation :

- une baisse de la réaction quand le stimulus se répète ;

- un retour de la méfiance après deux jours sans exposition ;

- une spécificité : l'habituation à une substance ne vaut pas pour l'autre.

Après ces deux jours de repos, les blobs exposés à la quinine avaient retrouvé leur aversion du premier jour, mais ceux exposés à la caféine n'avaient pas complètement récupéré.

## Un apprentissage transmis par fusion et conservé en dormance

D'après un [communiqué du CNRS](https://www.cnrs.fr/en/press/blob-can-learn-and-teach) de décembre 2016, la même équipe a habitué plus de 2 000 blobs au sel, face à 2 000 blobs naïfs. Un blob naïf fusionné avec un blob habitué ignore à son tour le sel si la fusion a duré 3 heures ; séparé après une heure, il retrouve sa méfiance. Dans des groupes de 3 ou 4 individus, un seul blob habitué suffisait.

En 2019, une autre étude de l'équipe, parue dans les Philosophical Transactions of the Royal Society B, a habitué des blobs au sodium pendant six jours avant de les plonger en dormance. Réveillés après un mois, ils restaient habitués. Les analyses montraient une absorption continue de sodium pendant l'apprentissage, et les auteurs avancent que le blob se sert de la substance absorbée comme d'une « mémoire circulante ».

## Ce que ces expériences ne disent pas

La portée de ces résultats est plus étroite que l'image d'un blob « intelligent », et les études elles-mêmes en posent les limites :

- dans le labyrinthe, le blob relie deux sources de nourriture déjà présentes, et les auteurs invoquent un mécanisme physique, pas une planification ;

- à Tokyo, les réseaux variaient d'une expérience à l'autre et restaient plus vulnérables aux pannes que le rail ;

- l'équipe toulousaine parle d'une forme simple d'apprentissage ;

- le sodium comme support de mémoire reste une suggestion, et le CNRS écrivait encore en 2020 qu'il restait à découvrir quel est le support de cette mémoire.

Le blob rejoint d'autres cas qui interrogent le rôle d'un système nerveux réduit, comme [ces abeilles qui ont classé une image vide sous une image à un motif](https://lepointdujour.fr/sciences/8243-abeilles-zero-plus-petit-que-un/). Aucune des études citées ne parle de pensée ou de conscience.

## Questions fréquentes

### Le blob est-il un champignon ?

Non. Le Muséum national d'Histoire naturelle le classe parmi les protistes, cousin des amibes, dans le groupe des myxomycètes.

### Le blob a-t-il un cerveau ?

Non. C'est une seule cellule qui contient des milliers de noyaux, sans neurone. Dans le labyrinthe, les chercheurs expliquent son comportement par des ondes de contraction qui renforcent ou affaiblissent ses tubes.

### Combien de temps a mis le blob pour résoudre le labyrinthe ?

Environ huit heures dans l'expérience publiée en 2000 : quatre heures pour abandonner les culs-de-sac, quatre de plus pour ne garder que le chemin le plus court parmi quatre routes.

### Le blob a-t-il reproduit le métro de Tokyo ?

Il s'agissait du réseau ferré de la région, pas du métro. Avec 36 sources de nourriture placées comme des villes, le blob a formé des réseaux de coût et d'efficacité comparables, mais moins résistants aux pannes.

### Que veut dire « apprendre » pour le blob ?

Il s'agit d'habituation : exposé plusieurs jours à une substance répulsive mais inoffensive, le blob y réagit de moins en moins. Après deux jours sans exposition, la méfiance revient, complètement pour la quinine, en partie pour la caféine.

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