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# La NASA confie à L3Harris le dernier télescope d'essai de LISA avant les six exemplaires de vol
**URL:** https://lepointdujour.fr/sciences/8512-lisa-telescope-essai-ondes-gravitationnelles/
Date: 2026-10-12
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Annoncée le 8 octobre 2026, cette unité d'essai technique précède la fabrication des télescopes de vol de l'observatoire européen LISA.
Categories: Sciences et espace
Tags: Physique et quantique
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/10/02-lisa-telescope-essai-ondes-hero-scaled.jpg
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Reste à comprendre pourquoi un détecteur d'ondes gravitationnelles réclame un télescope taillé dans un seul matériau.
Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [ce que les ondes gravitationnelles ont ouvert comme fenêtre sur l'Univers depuis 2015](https://lepointdujour.fr/actualite/6313-ondes-gravitationnelles-elles-ouvrent-une-nouvelle-fenetre-sur-lunivers-depuis-2015-entretien-exclusif/).
## La mission LISA passe à son dernier télescope d'essai
La NASA a [annoncé le 8 octobre 2026 que L3Harris Technologies concevra, assemblera et intégrera un nouveau télescope entièrement en verre](https://science.nasa.gov/missions/lisa/nasa-advances-lisa-mission-contributions-with-new-test-telescope/) pour la mission LISA. Baptisé unité d'essai technique, cet exemplaire constitue, écrit l'agence, une dernière étape avant la production du matériel de vol.
LISA, pour Laser Interferometer Space Antenna, est un observatoire spatial conçu pour détecter les ondes gravitationnelles, ces rides de l'espace-temps provoquées par la fusion de trous noirs et par d'autres sources cosmiques. La mission est dirigée par l'ESA, l'Agence spatiale européenne, et son lancement est prévu au milieu des années 2030. La NASA y apporte les télescopes, d'autres matériels critiques et un soutien en ingénierie et en science, au titre de ce qu'elle présente comme sa mission de mieux comprendre le fonctionnement de l'univers.
Ritva Keski-Kuha, responsable du programme de télescopes LISA au centre Goddard de la NASA, résume l'enjeu de cette commande. Les équipes ont soumis le prototype à des essais rigoureux et versent ce qu'elles en ont appris dans le nouvel instrument. **« Ce sera notre dernière unité avant le vol, et notre première livraison de télescope optique à l'ESA »**, déclare-t-elle dans le communiqué.
## Trois satellites, 2,5 millions de kilomètres de côté
LISA déploiera trois satellites sur une orbite qui suit celle de la Terre. Ils formeront un triangle dont chaque côté mesurera 1,6 million de miles, soit 2,5 millions de kilomètres, une configuration que la NASA décrivait en 2024 comme plus vaste que le Soleil. Chaque satellite embarquera deux télescopes qui émettront et recevront en même temps des faisceaux laser infrarouges en direction des satellites voisins.
À travers ces télescopes, les engins mesureront les variations minuscules de leurs distances relatives, signature du passage d'une onde gravitationnelle. Ira Thorpe, scientifique du projet pour la NASA au centre Goddard, donne l'ordre de grandeur : **« Ces variations sont minuscules, plus petites que la largeur d'un atome d'hélium »**, mais elles révéleront selon lui une mer d'ondes gravitationnelles de basse fréquence que les installations terrestres actuelles ne savent pas détecter. En 2024, la NASA chiffrait cette précision en picomètres, c'est-à-dire en millièmes de milliardième de mètre.
Chacun des trois satellites abritera aussi un cube flottant librement, en or et platine, appelé masse d'épreuve. L'engin volera autour de ce cube et maîtrisera son environnement pour que la masse ne tombe plus que sous l'effet de la gravité. En 2016, la mission LISA Pathfinder de l'ESA a montré qu'il était possible de réduire les forces non gravitationnelles sur ces masses jusqu'au niveau exigé par la détection.
## Un télescope entièrement taillé dans une vitrocéramique
Chaque télescope sera fabriqué intégralement en Zerodur, un composite vitrocéramique de couleur ambrée, largement employé dans les applications de haute précision parce que sa forme varie très peu sur une large plage de températures. Le matériau est produit par Schott, à Mayence en Allemagne, précisait la NASA en 2024.
Le télescope prototype de LISA déplacé dans une salle blanche du centre Goddard de la NASA, le 20 mai 2024, encore sur son support de transport. Crédit : NASA/Dennis Henry
La surface du miroir est recouverte d'or. La raison tient à deux contraintes : mieux réfléchir les lasers infrarouges, et limiter les pertes de chaleur d'une surface exposée au froid de l'espace, puisque l'instrument fonctionne au mieux près de la température ambiante. Le prototype livré en 2024, fabriqué et assemblé par L3Harris à Rochester, dans l'État de New York, était arrivé à Goddard au mois de mai. En juin dernier, les équipes ont livré un modèle structurel du télescope réalisé en métal, et non en verre. Dans le communiqué du 8 octobre, la NASA écrit que ce prototype a servi d'unité de développement d'ingénierie pour l'étape qui s'ouvre, et Ritva Keski-Kuha indique que tout ce qui en a été tiré est reporté sur le nouveau télescope.
## Ce que LISA doit entendre et que le sol ne capte pas
Les ondes gravitationnelles ont été prédites par la théorie de la relativité générale d'Albert Einstein, publiée en 1916, et détectées pour la première fois en 2015 par des observatoires au sol. Elles se forment chaque fois que des objets massifs accélèrent, par exemple deux étoiles en orbite l'une autour de l'autre. Elles traversent l'espace-temps à la vitesse de la lumière et ne sont pas altérées par les objets rencontrés en chemin, deux propriétés qui en font un outil de sondage du cosmos.
Le programme d'observation annoncé par Ira Thorpe tient en trois volets : détecter des fusions de trous noirs géants situés à des milliards d'années-lumière, cartographier dans notre voisinage cosmique des couples serrés de naines blanches, d'étoiles à neutrons et de trous noirs de masse stellaire, et peut-être apporter un éclairage nouveau sur la gravité elle-même. Ces naines blanches sont déjà au centre d'observations récentes, comme le montre notre article sur [la planète candidate repérée autour d'une naine blanche](https://lepointdujour.fr/sciences/8391-naine-blanche-planete-niobium/).
Le calendrier du télescope se lit étape par étape :
DateÉtapeCe qu'elle établit2016Mission LISA Pathfinder de l'ESAForces non gravitationnelles réduites au niveau exigéMai 2024Prototype livré par L3Harris à GoddardUnité de développement, en Zerodur, miroir doréJuin 2026Modèle structurel en métalVérification de la structure, sans optique en verre8 octobre 2026Unité d'essai technique annoncéeDernier exemplaire avant vol, première livraison optique à l'ESAMilieu des années 2030Lancement de la missionTrois satellites sur une orbite suivant la Terre
La contribution américaine ne s'arrête pas à l'optique. La NASA fournit aussi le système laser, des dispositifs chargés de gérer l'accumulation de charge électrique sur les masses d'épreuve, l'analyse des données destinée à identifier et à caractériser les sources d'ondes gravitationnelles, ainsi qu'une expertise scientifique et technique.
## Un observatoire encore annoncé au futur
Deux précautions s'imposent à la lecture de cette annonce. La première tient aux temps employés : dans le [communiqué de 2024 qui dévoilait le prototype](https://science.nasa.gov/missions/lisa/nasa-reveals-prototype-telescope-for-gravitational-wave-observatory/) comme dans celui de cette semaine, la NASA écrit que les satellites mesureront, que les télescopes émettront, que la mission détectera. Rien de tout cela n'est encore mesuré, et le milieu des années 2030 reste une fenêtre large, pas une date. Les chiffres cités, les 2,5 millions de kilomètres comme la précision annoncée, décrivent donc une conception, pas un résultat d'observation.
La seconde porte sur la nature de l'objet annoncé. L'unité d'essai technique n'est pas un télescope de vol : c'est l'exemplaire qui précède la fabrication des six instruments embarqués, deux par satellite, que la NASA s'est engagée à fournir. La question suivante est celle de ce que les détecteurs terrestres continuent d'apporter en attendant, et notre article de fond sur [les trous noirs binaires atypiques repérés par Ligo et Virgo](https://lepointdujour.fr/sciences/6295-ligo-et-virgo-detectent-des-ondes-gravitationnelles-revelant-des-trous-noirs-binaires-atypiques/) en donne la mesure. Nos articles de physique fondamentale sont regroupés dans le dossier [physique et technologies quantiques](https://lepointdujour.fr/tag/physique-quantique/). Pour suivre les prochaines livraisons de la mission, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google reste le moyen le plus simple de retrouver nos articles.
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