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# Les tardigrades survivent au vide spatial, mais la moitié des individus actifs meurt après 24 heures à 37,1 °C, selon une étude danoise

**URL:** https://lepointdujour.fr/sciences/8450-tardigrades-limites-survie-etudes/
Date: 2026-10-10
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: En 2020, une étude danoise a estimé à 37,1 °C la température qui tue en 24 heures la moitié des tardigrades actifs, loin de la légende.
Categories: Sciences et espace
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/10/tardigrades-limites-survie-etudes-scaled.jpg
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Les records publiés sur les tardigrades sont bien réels, mais ils dépendent de l'état de l'animal, de la durée de l'épreuve et de l'espèce testée.

Septembre 2007, à environ 270 kilomètres d'altitude. Dans le module Biopan-6 de la mission Foton-M3, quelque 3 000 tardigrades desséchés, selon l'Agence spatiale européenne, sont exposés directement au vide spatial pendant dix jours. Une fois revenus au sol et réhydratés, une bonne partie d'entre eux est encore en vie, et les survivants pondent des œufs.

Cette expérience a nourri la légende de l'« animal indestructible ». Les études publiées depuis montrent aussi des taux de mortalité élevés et une faiblesse face à la chaleur.

## Les tardigrades et la cryptobiose : survivre en se desséchant

Les tardigrades, surnommés oursons d'eau, sont des invertébrés microscopiques présents dans le monde entier, en mer, en eau douce et en milieu terrestre. L'équipe danoise de R. C. Neves en compte environ 1 300 espèces décrites. Pour être actifs, se nourrir et se reproduire, ils doivent baigner dans un film d'eau. Ceux qui vivent dans les mousses ou les gouttières, des habitats qui s'assèchent régulièrement, passent alors dans un état desséché appelé tonnelet.

Dans la revue Astrobiology, en 2021, A. Traspas et M. J. Burchell, de l'université du Kent, résument ce mécanisme :

- l'animal expulse plus de 90 % de son eau ;

- il produit des antioxydants ;

- son métabolisme tombe à 0,01 % de la normale.

En 2017, l'équipe de T. C. Boothby a montré dans Molecular Cell que des protéines propres aux tardigrades, dites intrinsèquement désordonnées, sont indispensables à leur survie au dessèchement. En séchant, elles forment un solide amorphe, à la manière d'un verre, et cet état vitrifié va de pair avec leur effet protecteur.

## Dans le vide spatial, la lumière du Soleil fait le tri

L'expérience de 2007, publiée en 2008 dans Current Biology par K. Ingemar Jönsson et quatre coauteurs, portait sur deux espèces, Richtersius coronifer et Milnesium tardigradum. D'après le communiqué de l'université de Stuttgart, partenaire des travaux :

- vide seul : les deux espèces ont survécu sans pertes notables par rapport au groupe témoin ;

- vide et ultraviolets A et B : bien plus de la moitié des animaux étaient vivants au retour, certains sont morts les jours suivants, et les survivants ont pondu des œufs dont les petits étaient normaux ;

- vide et rayonnement complet de l'espace, ultraviolets compris : malgré de lourdes pertes, un peu plus de 2 % des Milnesium tardigradum ont survécu.

L'ESA les présentait alors comme les premiers animaux à avoir survécu à une exposition à l'espace ([présentation de l'expérience TARDIS par l'ESA](https://www.esa.int/Science_Exploration/Human_and_Robotic_Exploration/Research/Tiny_animals_survive_exposure_to_space)).

## Trente ans à moins 20 °C, puis des œufs

En 2016, M. Tsujimoto, S. Imura et H. Kanda, de l'Institut national de recherche polaire du Japon, ont décrit dans Cryobiology un échantillon de mousse prélevé en Antarctique en 1983 et conservé à moins 20 °C pendant 30,5 ans. Après décongélation, deux individus de l'espèce Acutuncus antarcticus sont revenus à la vie, et un œuf s'est développé. L'un des deux animaux et le jeune éclos se sont ensuite reproduits à plusieurs reprises.

![Tardigrade vu de dessus au microscope optique, corps translucide et pattes visibles](https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/10/tardigrades-limites-survie-etudes-2.jpg)Un tardigrade au microscope optique. Crédit : Philippe Garcelon, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.

## Des milliers de grays, mais une stérilité presque totale

Pour les radiations, l'équipe de Daiki D. Horikawa a publié en 2006 dans l'International Journal of Radiation Biology des mesures sur Milnesium tardigradum. La dose qui tue la moitié des animaux en 48 heures atteint 5 000 grays de rayons gamma et 6 200 grays d'ions lourds chez les individus hydratés, contre 4 400 et 5 200 grays chez les individus desséchés. Mais au-delà de 1 000 grays, les animaux deviennent stériles : un seul, irradié à 2 000 grays, a pondu trois œufs, qui n'ont pas éclos.

En 2016, une équipe de l'université de Tokyo, dont faisait partie Daiki D. Horikawa, a séquencé le génome de Ramazzottius varieornatus, l'une des espèces les plus résistantes. Elle y a identifié une protéine propre aux tardigrades, baptisée Dsup, qui s'associe à l'ADN. Introduite dans des cellules humaines cultivées, elle réduit d'environ 40 % les dommages à l'ADN causés par les rayons X ([étude publiée dans Nature Communications sur le génome du tardigrade](https://www.nature.com/articles/ncomms12808)).

## La chaleur, point faible mesuré au degré près

En 2008, l'ESA écrivait que les tardigrades supportent de moins 272 °C à plus 150 °C. Les essais anciens, recensés par l'équipe danoise, sont plus dispersés : en 1842, Doyère voit Macrobiotus hufelandi tolérer 120 à 125 °C quelques minutes, en 1921 Rahm rapporte 110 à 151 °C pendant 30 minutes, et au début des années 2000, Ramløv et Westh ne voient aucun Richtersius coronifer desséché survivre à 100 °C.

En 2020, R. C. Neves et ses collègues de l'université de Copenhague ont testé Ramazzottius varieornatus dans Scientific Reports. Pour les animaux actifs, la température qui tue la moitié d'entre eux en 24 heures est estimée à 37,1 °C, et à 37,6 °C après une courte acclimatation ([étude de l'université de Copenhague sur la tolérance à la chaleur](https://www.nature.com/articles/s41598-019-56965-z)). Desséchés, ils tiennent mieux : 82,7 °C pour une exposition d'une heure, mais 63,1 °C seulement sur 24 heures. Les auteurs voient dans les hautes températures le talon d'Achille des tardigrades. Nous avons récemment raconté le cas d'une [amibe californienne observée en train de se diviser à 63 °C](https://lepointdujour.fr/sciences/7665-amibe-record-chaleur-eucaryotes/).

Les principaux résultats de ces études :

ÉpreuveRésultat mesuréÉtude
Vide et rayonnement complet de l'espaceun peu plus de 2 % de survivants chez Milnesium tardigradumJönsson et al., 2008
Congélation à moins 20 °C2 individus et 1 œuf revenus à la vie après 30,5 ansTsujimoto et al., 2016
Rayons gamma, animaux hydratésmoitié tuée en 48 heures à 5 000 grays, stérilité au-delà de 1 000 graysHorikawa et al., 2006
Chaleur, animaux actifs, 24 heuresmoitié tuée à 37,1 °CNeves et al., 2020
Chaleur, animaux desséchésmoitié tuée à 82,7 °C en 1 heure, à 63,1 °C en 24 heuresNeves et al., 2020
Impact à grande vitessesurvie jusqu'à 0,9 km/s, soit 1,14 gigapascalTraspas et Burchell, 2021

## Survie en laboratoire et animal indestructible : ce que ces études ne disent pas

À l'université du Kent, Traspas et Burchell ont aussi tiré au canon à gaz des Hypsibius dujardini congelés en tonnelet sur une cible de sable. Ils survivent jusqu'à 0,9 kilomètre par seconde, soit 1,14 gigapascal, mais pas au-delà. Pour les auteurs, une arrivée sur Terre par impact de météorite n'est probablement pas un moyen de transfert viable. D'autres limites reviennent d'une étude à l'autre :

- les records de résistance au vide, à la chaleur et à la durée concernent des animaux desséchés ou congelés, pas des tardigrades actifs ;

- survivre ne veut pas dire rester en bonne santé, comme le montre la stérilité au-delà de 1 000 grays ;

- les échantillons sont parfois minuscules : le record de 30,5 ans repose sur deux individus et un œuf ;

- chaque expérience porte sur une ou deux espèces parmi environ 1 300 décrites ;

- la protéine Dsup a été testée sur des cellules humaines en culture, pas sur des personnes.

Enfin, la fourchette de moins 272 °C à plus 150 °C reprise par l'ESA ne se retrouve pas dans l'étude danoise de 2020. Chaque record vaut pour une espèce, un état et une durée donnés, ce qui est très différent d'une résistance à tout.

## Questions fréquentes

### Qu'est-ce que la cryptobiose chez le tardigrade ?

C'est un état où l'animal, privé d'eau, passe en tonnelet. Selon Traspas et Burchell, il expulse alors plus de 90 % de son eau et son métabolisme tombe à 0,01 % de la normale. Il reprend son activité une fois réhydraté.

### Les tardigrades ont-ils vraiment survécu dans l'espace ?

Oui, lors de la mission Foton-M3 en septembre 2007, pendant dix jours à environ 270 kilomètres d'altitude. Le vide seul n'a pas causé de pertes notables. Avec le rayonnement complet de l'espace, un peu plus de 2 % des Milnesium tardigradum ont survécu.

### Combien de temps un tardigrade peut-il rester congelé ?

Le cas publié en 2016 dans Cryobiology porte sur 30,5 ans à moins 20 °C, dans une mousse prélevée en Antarctique en 1983. Deux individus et un œuf ont repris vie, et certains se sont ensuite reproduits.

### Pourquoi la chaleur est-elle leur point faible ?

L'étude de l'université de Copenhague publiée en 2020 estime à 37,1 °C la température qui tue la moitié des tardigrades actifs en 24 heures. Desséchés, la moitié meurt à 82,7 °C en une heure, et dès 63,1 °C en 24 heures.

### La protéine Dsup protège-t-elle les humains des radiations ?

Rien ne le montre. L'étude de 2016 a seulement observé que des cellules humaines cultivées exprimant Dsup subissaient environ 40 % de dommages en moins à l'ADN après une exposition aux rayons X.

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