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# Dans NGC 7129, Webb montre une cavité d'environ 3,5 années-lumière creusée par une étoile sans fusion
**URL:** https://lepointdujour.fr/sciences/8396-ngc-7129-jets-protoetoiles-webb/
Date: 2026-10-09
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: La NASA a diffusé le 6 octobre 2026 cette image de NGC 7129, pouponnière d'étoiles à environ 3 300 années-lumière où deux âges stellaires se côtoient.
Categories: Sciences et espace
Tags: James Webb
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/10/02-ngc-7129-jets-protoetoiles-webb-scaled.jpg
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Reste à lire l'image dans le bon ordre, car ses deux moitiés ne racontent pas le même âge.
Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [ce que le télescope James Webb a repéré dans la nébuleuse d'Orion](https://lepointdujour.fr/sciences/1402-ces-revelations-stupefiantes-reperees-par-le-telescope-james-webb-dans-la-nebuleuse-orion-20042025/).
## NGC 7129, une pouponnière d'étoiles à environ 3 300 années-lumière
La NASA a diffusé le 6 octobre 2026 une image de **NGC 7129** prise par la caméra proche infrarouge du télescope spatial James Webb. Selon le [communiqué de l'équipe Webb du centre Goddard](https://science.nasa.gov/missions/webb/nasas-webb-captures-commotion-from-nebulas-stellar-jets/), cette pouponnière d'étoiles se situe à environ 3 300 années-lumière de la Terre et abrite de nombreuses étoiles jusque-là cachées par la poussière.
Une pouponnière d'étoiles est un nuage moléculaire, c'est-à-dire une région froide et dense de gaz et de poussière où naissent les étoiles. Ces cocons poussiéreux rendent les astres jeunes à peu près invisibles pour les instruments qui ne captent pas l'infrarouge. La sensibilité infrarouge de Webb permet au contraire de regarder à travers cette poussière et d'observer le début du cycle de vie stellaire. Dans l'image, le gaz d'hydrogène atomique chaud apparaît en doré, et l'hydrogène moléculaire plus froid, bousculé par des protoétoiles enfouies, apparaît en rouge.
## Une cavité dorée creusée avant que l'étoile n'allume sa fusion
L'objet le plus massif de l'amas, et le plus avancé, est l'étoile centrale lumineuse de la région, LkHα 234. C'est elle qui porte le motif de diffraction le plus marqué de l'image, ces pointes en étoile produites par l'optique du télescope. Elle pèse environ 5 à 8 fois la masse du Soleil et appartient à la catégorie des étoiles de pré-séquence principale.
Le terme mérite une phrase. Une étoile de pré-séquence principale a pour l'essentiel fini d'accumuler sa matière, et elle se contracte sous l'effet de la gravité, ce qui fait monter sa température. Elle n'a donc pas encore commencé à fusionner son hydrogène, ce qu'elle fera avec le temps, comme le fait le Soleil aujourd'hui.
Le miroir primaire assemblé du télescope spatial James Webb au centre Goddard de la NASA. Crédit : NASA/Goddard/Chris Gunn (domaine public)
À la gauche de cette étoile s'ouvre une cavité dorée qui s'étend sur environ **3,5 années-lumière**. C'est la plus grande marque laissée par l'astre central. Des flots de matière émis à un stade antérieur de sa vie ont creusé le nuage moléculaire d'hydrogène dense. Ces flots et la lumière de l'étoile excitent le gaz, qui se met à briller. Une grande partie de cet hydrogène est soufflée, mais une quantité importante est aussi comprimée, ce qui réunit les conditions nécessaires à la formation d'autres étoiles.
Quelques-unes de ces étoiles sont visibles à l'intérieur de la cavité. Plusieurs sont elles aussi en pré-séquence principale et émettent des vents stellaires. Les arcs de gaz comprimé qui apparaissent près d'elles, appelés chocs d'étrave, se forment quand ces vents poussent le gaz énergisé et creusent à leur tour de plus petites cavités.
## À droite de l'étoile centrale, des protoétoiles encore enfouies
La partie droite de l'image raconte une autre histoire, tout aussi agitée. La matière grumeleuse représentée en rouge dissimule des objets bien plus jeunes que ceux de gauche : des protoétoiles. Le stade de protoétoile précède celui de pré-séquence principale et survient après que les nuages moléculaires de gaz et de poussière se sont comprimés puis fragmentés.
À mesure qu'elles accumulent de la matière et gagnent en masse, ces protoétoiles éjectent des flots de matière surchauffée. Ces jets interagissent avec la matière dense et translucide dans laquelle les astres sont emmaillotés, créent des chocs qui donnent à la scène son aspect texturé, et produisent une partie de la lueur rouge. Plusieurs flots issus de plusieurs étoiles se superposent de notre point de vue, ce qui explique l'allure désordonnée de cette moitié de l'image. Les grandes étapes lisibles dans l'image se résument ainsi :
StadeOù le voir dans l'imageCe qui s'y passeProtoétoileMatière grumeleuse rouge, à droite de l'étoile centraleL'astre accumule de la masse et éjecte des flots de matière surchaufféePré-séquence principaleÉtoiles visibles dans la cavité doréeLa masse est presque acquise, l'astre se contracte et chauffeLkHα 234Le motif de diffraction le plus marquéEnviron 5 à 8 masses solaires, la fusion de l'hydrogène reste à venirRégion de photodissociationLa crête nette au sommet de la cavité doréeLes molécules d'hydrogène se cassent en atomes
## La frontière où les molécules d'hydrogène se cassent
L'étoile centrale et les astres enfouis forment ensemble la crête nette visible au sommet de la cavité dorée. Leur lumière crée un environnement chaud qui pousse contre le gaz moléculaire plus froid et plus dense resté à l'extérieur, et dessine une frontière que les astronomes appellent région de photodissociation. Dans cette zone, les molécules d'hydrogène se cassent en atomes.
L'intérêt dépasse l'esthétique. En agissant sur la température et la chimie de la région, cet ensemble d'étoiles donne une idée de la façon dont ces nuages moléculaires s'éroderont progressivement sur des millions d'années. En haut à gauche de l'image complète diffusée par la NASA, hors du cadrage retenu ici, d'autres flots de protoétoiles apparaissent près d'une nébuleuse bleutée dont le centre abrite une protoétoile entourée d'un disque de matière en forme d'anneau. Ce disque projette une ombre sur la nébuleuse voisine, qui rappelle une structure déjà observée par le télescope spatial Hubble et surnommée l'ombre de la chauve-souris.
## Ce que Spitzer montrait déjà, et ce que Webb ajoute
La région n'est pas inconnue. Le télescope spatial Spitzer, aujourd'hui retiré, avait observé le gaz et la poussière de NGC 7129. La résolution améliorée de Webb fait apparaître des filaments de gaz et de poussière plus détaillés, ainsi que de nombreuses galaxies d'arrière-plan. Webb s'appuie ainsi sur les travaux antérieurs de Spitzer, précise la NASA.
Webb est un programme international mené par la NASA avec l'ESA et l'Agence spatiale canadienne. [Dans sa version du communiqué](https://esawebb.org/news/weic2620/), l'agence européenne rappelle qu'elle a fourni le service de lancement avec Ariane 5, le spectrographe NIRSpec et la moitié de l'instrument pour l'infrarouge moyen MIRI. Les autres images de la mission sont réunies dans notre [dossier consacré au télescope James Webb](https://lepointdujour.fr/tag/james-webb/).
## Une image, pas encore une mesure
Deux précautions s'imposent. Les couleurs ne sont pas celles que verrait un œil humain : elles traduisent des longueurs d'onde infrarouges, le doré pour l'hydrogène atomique chaud, le rouge pour l'hydrogène moléculaire plus froid. Et la superposition des flots vient de notre point de vue, pas d'une proximité réelle entre les objets.
Ensuite, le communiqué annonce un programme de travail plutôt qu'un résultat : les astronomes continueront d'utiliser ces données pour étudier comment les étoiles et les protoétoiles de la région influencent le gaz et la poussière alentour. La question suivante est celle des conditions qui freinent ou accélèrent la naissance des étoiles, et notre article de fond sur [ce qui empêche la formation d'étoiles au cœur de la Voie lactée](https://lepointdujour.fr/sciences/1354-le-telescope-james-webb-a-trouve-la-raison-qui-empeche-la-formation-etoiles-au-coeur-de-la-voie-lactee-13042025/) éclaire l'autre versant de la question. Pour le reste, les instruments en préparation, comme [le télescope infrarouge lointain PRIMA](https://lepointdujour.fr/sciences/7695-prima-telescope-infrarouge-lointain/), et les campagnes récentes de Webb, telles que [l'inventaire de 21 disques de débris extrêmes](https://lepointdujour.fr/sciences/8071-disques-debris-extremes-webb/), dessinent la suite. Ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google permet de retrouver nos prochains articles sur cette mission.
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