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# Un rover d'essai a parcouru 220 mètres dans le désert de Tabernas, piloté depuis Turin à 1 200 kilomètres
**URL:** https://lepointdujour.fr/sciences/8343-rover-rosalind-franklin-desert-tabernas/
Date: 2026-10-08
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Pendant huit jours de septembre, le prototype Charlie a répété en Andalousie les journées martiennes du rover Rosalind Franklin, attendu sur Mars en 2030.
Categories: Sciences et espace
Tags: Mars
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/10/02-rover-rosalind-franklin-desert-tabernas-scaled.jpg
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Reste à voir ce qu'un exercice de huit jours en Andalousie peut réellement apprendre à une équipe qui devra, un jour, décider à distance et sans possibilité de revenir en arrière.
Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [la 39e année martienne entamée le 30 septembre et la saison des tempêtes de poussière](https://lepointdujour.fr/sciences/8121-annee-martienne-saisons-tempetes/).
## Le rover Rosalind Franklin a répété ses journées martiennes dans un désert espagnol
L'Agence spatiale européenne a raconté le 6 octobre 2026 un exercice mené en septembre dans le désert de Tabernas, dans le sud-est de l'Espagne. Un prototype de rover baptisé **Charlie** y a parcouru 220 mètres en huit jours, en exécutant les commandes d'une équipe scientifique installée à quelque 1 200 kilomètres de là. Environ cent scientifiques et ingénieurs venus de toute l'Europe ont participé à la manoeuvre.
Un rover est un véhicule à roues conçu pour se déplacer seul sur un autre corps du Système solaire, sous le contrôle lointain d'opérateurs. Celui que prépare l'Europe, le **rover Rosalind Franklin**, doit se poser sur Mars en 2030 et chercher des traces d'une activité microbienne ancienne. Charlie, construit par Airbus, fait tourner le même logiciel de guidage, de navigation et de contrôle que celui qui permettra au vrai rover de rejoindre une cible en évitant les obstacles.
Le lieu a été choisi en partie pour sa ressemblance avec un paysage martien. Elliot Sefton-Nash, scientifique des planètes, explique dans le communiqué que le décor est surtout connu pour Indiana Jones et les westerns spaghetti, mais que l'équipe est venue y construire un scénario appuyé sur la géologie et la minéralogie locales, assez réaliste pour mettre à l'épreuve ses procédures d'interprétation et de décision.
## Ce qui était testé n'était pas seulement la machine
L'exercice portait au moins autant sur la chaîne humaine que sur le véhicule. Les scientifiques travaillaient depuis le Rover Operations Control Centre, le centre de contrôle des opérations du rover installé à Turin, en Italie, et exploité par la société ALTEC. Ils disposaient des images, du radar de sous-surface et des analyses spectrales envoyées par l'engin pour choisir les endroits les plus prometteurs.
Gros plan géologique pris dans le désert de Tabernas par la caméra CLUPI, sur le sommet de la formation appelée Robson ridge. Crédit : ESA/SSO/Space Exploration Institute/CLUPI team
Le scénario met les équipes en situation de travail à distance, ce que le communiqué présente comme une mise à l'épreuve réaliste. Pendant que le rover envoyait depuis le terrain ses paramètres de localisation, ses mesures et ses images, planificateurs et scientifiques du centre de contrôle travaillaient sans interruption pour préparer la journée suivante, comme ils le feront pendant la mission réelle. Jorge Vago, scientifique du projet ExoMars, résume l'enjeu dans le communiqué de l'agence : il n'y aura pas le luxe du temps, et chaque journée passée sur Mars devra compter.
## Quand les données annoncent un éléphant et le terrain une souris
L'intérêt d'une répétition tient à ses ratés. Un jour, l'évaluation de la raideur d'une pente a divisé l'équipe scientifique et les opérateurs présents sur le terrain. Chiara Lombardi, ingénieure système du rover et de l'atterrisseur d'ExoMars, décrit l'écart par une formule que l'ESA rapporte en anglais et qui se traduit ainsi : là où l'équipe croyait voir un éléphant, les opérateurs présents dans le désert ne voyaient qu'une souris. Les équipes ont d'abord opté pour la prudence, avant qu'une carte numérique d'altitude ne confirme une pente douce.
Un autre jour, la pluie a interrompu les essais, ce qui a obligé à replanifier et à redistribuer les priorités. Le sixième jour, à l'inverse, l'engin a été laissé seul. Luc Joudrier, responsable des opérations du rover Rosalind Franklin, indique qu'il a franchi **plus de 60 mètres sans aucun opérateur aux commandes, avec moins de 1 pour cent d'erreur de navigation**.
Les chiffres publiés par l'agence tiennent en quelques lignes :
Élément de l'exerciceValeur annoncée par l'ESACe que cela prépareDistance parcourue par Charlie220 mètres en 8 joursLe rythme réel d'avancée sur MarsÉloignement de l'équipe scientifiqueEnviron 1 200 kilomètresLa conduite sans vue directeTrajet autonome du sixième jourPlus de 60 mètres, moins de 1 pour cent d'erreurLa navigation sans opérateurParticipantsEnviron 100 scientifiques et ingénieursLa coordination entre équipesDurée de la campagne d'essais20 joursLa répétition complète des opérations
## Les instruments qui devront reconnaître une trace de vie
Les données venaient du prototype de la panoplie scientifique de Rosalind Franklin. L'ESA en cite quatre éléments : PanCam, un jeu de caméras pour les vues lointaines et les grands angles, CLUPI, une caméra de gros plan, Enfys, un spectromètre, c'est-à-dire un instrument qui décompose la lumière pour identifier la composition d'une roche, et WISDOM, un radar capable de sonder le sous-sol. Ces instruments sont conçus pour détecter des indices d'une activité microbienne ancienne.
Le partage industriel est lui aussi fixé. Thales Alenia Space est le maître d'oeuvre industriel de la mission et développe le module rover, dont la foreuse, le laboratoire d'analyse et le logiciel de gestion de mission. Airbus fournit le véhicule, la plateforme d'atterrissage et le logiciel de guidage, de navigation et de contrôle. L'essai espagnol a été organisé par Airbus UK, l'Open University pilotant l'activité au centre de contrôle italien. La question suivante est celle de ce que les engins déjà posés savent lire du sol martien, et notre article de fond sur [la roche trouée mise au jour par Perseverance](https://lepointdujour.fr/sciences/1266-perseverance-met-au-jour-une-roche-trouee-tres-intrigante-sur-mars-31032025/) montre à quoi ressemble ce travail d'interprétation une fois sur place. L'ensemble de nos articles sur la planète est réuni dans [notre dossier consacré à Mars](https://lepointdujour.fr/tag/mars/).
## Une répétition, pas encore une mission
Trois précautions s'imposent. La première tient au statut de l'exercice : il s'agit d'un essai de terrain, pas d'une étape de qualification du véritable rover. Rien dans le communiqué n'indique que le calendrier de la mission s'en trouve modifié.
La deuxième tient au terrain lui-même. Le désert de Tabernas a été retenu en partie pour sa ressemblance avec un paysage martien, ce qui n'en fait pas un équivalent. La gravité, la pression, la poussière et le froid martiens ne se reproduisent pas en Andalousie, et la pluie qui a interrompu une journée d'essais rappelle, à sa manière, que le décor reste terrestre.
La troisième porte sur la suite. L'ESA annonce un prochain essai de terrain à l'été 2027, qui ajoutera de la complexité, notamment des contraintes venues de l'orbite martienne avec la sonde ExoMars Trace Gas Orbiter. Les détails de la campagne figurent dans [le communiqué de l'ESA du 6 octobre 2026](https://www.esa.int/Science_Exploration/Human_and_Robotic_Exploration/European_rover_trains_for_Mars_in_the_desert) et dans [la série d'images publiée par l'agence](https://www.esa.int/ESA_Multimedia/Images/2026/10/Geology_close-up_in_Tabernas_desert), pendant que [le retour de Starliner vers la Station spatiale sans équipage](https://lepointdujour.fr/sciences/8174-starliner-vol-inhabite-propulseurs/) occupe l'autre bout du calendrier spatial. Pour suivre l'essai de 2027 et les étapes qui mèneront à l'atterrissage, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google reste le moyen le plus direct de retrouver nos articles.
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