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# La NASA renvoie Starliner vers la Station spatiale sans équipage dès décembre, et ne vise le retour d'astronautes à bord qu'en 2028
**URL:** https://lepointdujour.fr/sciences/8174-starliner-vol-inhabite-propulseurs/
Date: 2026-10-04
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Après 61 recommandations issues de l'enquête sur le vol d'essai de 2024, la NASA et Boeing visent un vol sans équipage en décembre ou en janvier.
Categories: Sciences et espace
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/10/01-starliner-vol-inhabite-propulseurs-une-scaled.jpg
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Reste à comprendre ce que la NASA attend vraiment de ce vol sans personne à bord, et ce qu'elle ne pourra toujours pas vérifier à cette occasion.
Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [le record européen de sortie dans l'espace signé par Sophie Adenot](https://lepointdujour.fr/sciences/7834-adenot-station-spatiale-record/).
## Starliner repartira vers la Station spatiale sans équipage
Le 28 septembre, la NASA et Boeing ont publié conjointement [un point d'étape sur le vaisseau Starliner](https://www.nasa.gov/news-release/nasa-boeing-share-update-on-commercial-starliner-development-plans/). L'agence américaine y annonce qu'elle lèvera les options prévues pour un cinquième et un sixième vol vers la Station spatiale internationale, et qu'elle travaillera avec Boeing et United Launch Alliance pour certifier une nouvelle fusée au transport d'équipage.
La prochaine étape porte un nom sobre, **Starliner-1**, et une particularité : personne ne sera à bord. Ce vol peut partir en décembre 2026 ou en janvier 2027. La NASA le présente comme une mission d'évaluation d'ingénierie, c'est-à-dire un vol dont le but n'est pas de transporter quelque chose mais de mesurer le comportement réel du véhicule. Trois objectifs sont cités : vérifier que l'environnement thermique du vaisseau a bien été amélioré, récolter les données de performance nécessaires à la qualification du système, et identifier le risque résiduel avant d'y installer un équipage.
Jared Isaacman, administrateur de la NASA, explique que l'agence partira de ce vol sans équipage pour valider les améliorations apportées, poursuivra la mise en oeuvre des actions correctives identifiées par son équipe d'enquête, puis terminera les essais et la certification exigés pour un vol habité. Le plan actuel, précise-t-il, est de ramener des astronautes avec **Starliner-2 d'ici 2028**.
## Soixante et une recommandations après un vol de 93 jours
Pour comprendre cette prudence, il faut revenir au premier vol habité du vaisseau. Il a décollé le 5 juin 2024 pour une mission prévue entre huit et quatorze jours. Elle en a duré 93. Starliner est finalement revenu seul sur Terre en septembre 2024, et ses deux passagers, Butch Wilmore et Suni Williams, ne sont rentrés qu'en mars 2025 à bord d'un vaisseau SpaceX de la mission Crew-9.
Le module d'équipage de Starliner assemblé à un module de service neuf, en mars 2022. Crédit : NASA (domaine public)
La NASA a ouvert une enquête en février 2025 et a classé l'événement en incident de type A, son niveau le plus élevé. Le rapport a été finalisé en novembre 2025, puis [ses conclusions ont été rendues publiques le 19 février 2026](https://www.nasa.gov/news-release/nasa-releases-report-on-starliner-crewed-flight-test-investigation/). Au total, l'équipe d'enquête adresse **61 recommandations** à l'agence. Elle ne décrit pas une panne isolée mais un enchaînement : des défaillances matérielles, des lacunes dans la qualification des pièces, des erreurs d'arbitrage et des défauts de culture interne. L'administrateur de la NASA reconnaît que l'objectif programmatique de disposer de deux transporteurs d'astronautes a pesé sur des décisions techniques.
Un mot mérite d'être posé. La qualification, dans l'aérospatial, est la série d'essais au sol qui démontre qu'une pièce tient dans toutes les conditions qu'elle rencontrera en vol, avec une marge. Dire qu'un organe a fonctionné hors de sa qualification revient à dire qu'il a travaillé dans un domaine où personne n'avait prouvé qu'il savait travailler.
## La chaleur du module de service, cause centrale
Le rapport désigne précisément les coupables : les propulseurs de contrôle d'attitude du module de service. Le module de service est la partie cylindrique située sous la capsule, qui emporte l'énergie, les ergols et les petits moteurs d'orientation, et qui est larguée avant le retour dans l'atmosphère. Ce sont ces petits moteurs qui ont fonctionné hors de leur qualification, ce qui a entraîné la perte de contrôle constatée pendant le vol d'essai.
Après de longs essais au sol et des analyses, la NASA et Boeing ont conclu que la défaillance venait d'une combinaison de facteurs, parmi lesquels l'environnement thermique et des caractéristiques propres à la conception des propulseurs. Autrement dit, ce n'est pas une pièce défectueuse qui a lâché, c'est un ensemble qui chauffait trop dans une configuration que les essais au sol n'avaient pas reproduite.
Boeing a donc modifié le comportement thermique du module de service, et la NASA évaluera le résultat en vol sur Starliner-1. Les deux partenaires ont par ailleurs décidé ensemble une modification supplémentaire : la conception du clapet d'alimentation des propulseurs. Le problème visé porte un nom technique, l'extrusion du joint de clapet, qui désigne un joint souple déformé par la pression et la température jusqu'à gêner le passage des ergols, donc la poussée.
## Ce que la NASA et Boeing changent avant la certification
Le point d'étape du 28 septembre détaille les éléments retouchés et le moment où chacun arrive :
Élément du vaisseauCe qui est annoncéÉchéance indiquéeModule de serviceModifications thermiques déjà réaliséesÉvaluées en vol sur Starliner-1Clapets des propulseursNouvelle conception contre l'extrusion du jointAprès le vol Starliner-1Propulseurs du module d'équipageInstallation de propulseurs neufsEn appui de la certificationBatteriesRemplacementEn appui de la certificationParachutesModifications mineures de performance et de fiabilitéEn appui de la certification
Dana Weigel, responsable du programme orbite basse de la NASA, résume la méthode : la sécurité de l'équipage de la station et celle du public restent la priorité, et le système de propulsion sera donc testé au moyen d'objectifs de démonstration ciblés et de contrôles opérationnels stricts. Elle insiste sur le point qui commande tout le reste, la validation des performances thermiques du vaisseau, qu'elle décrit comme un élément clé de la certification.
## Un changement de fusée se prépare en coulisses
L'autre annonce du 28 septembre est passée plus discrètement. Starliner a toujours volé sur une fusée Atlas V d'United Launch Alliance. Ce lanceur arrive en fin de carrière, et la NASA indique qu'elle certifiera avec Boeing et United Launch Alliance la fusée Vulcan pour le transport d'équipage, après le dernier vol d'Atlas V. Changer de lanceur n'est pas un détail administratif : il faut refaire la démonstration que les vibrations, les accélérations et les séquences de séparation restent compatibles avec un vaisseau habité.
La question suivante est celle de la place de l'Europe dans cette affaire de capsules. Elle avance de son côté, avec des projets de véhicules de retour comme celui que nous avions suivi lors du [premier vol de la capsule Nyx](https://lepointdujour.fr/sciences/1711-decollage-revolutionnaire-de-la-capsule-nyx-nouvel-elan-pour-le-spatial-europeen-10052025/), et elle fournit déjà des éléments essentiels aux programmes américains.
## Deux transporteurs, un calendrier qui s'allonge
Il faut regarder le calendrier en face. Le programme Commercial Crew avait été conçu pour disposer de deux transporteurs indépendants vers l'orbite basse, afin qu'une immobilisation de l'un ne coupe pas l'accès à la station. Dans les faits, un seul fonctionne régulièrement depuis 2020. Le second ne reprendra pas de passagers avant 2028 selon le plan annoncé, soit près de quatre ans après son vol d'essai habité.
Ce retard arrive au plus mauvais moment, puisque la Station spatiale internationale approche de la fin de son exploitation et que la NASA prépare le passage à des stations commerciales. L'agence présente d'ailleurs ce travail comme indispensable pour conclure proprement les opérations de la station, et pour que les astronautes continuent d'y mener des expériences comme [l'horloge atomique installée à bord pour tester la relativité générale](https://lepointdujour.fr/sciences/1462-une-horloge-atomique-pour-tester-la-relativite-generale-dans-la-station-spatiale-internationale-24042025/). En parallèle, les équipes américaines préparent déjà [les instruments scientifiques de la future base lunaire](https://lepointdujour.fr/sciences/8015-base-lunaire-prism-glace-tubes/), un chantier qui suppose lui aussi des véhicules habités fiables.
Rien n'est acquis pour autant. Starliner-1 doit encore décoller, et son objectif déclaré est précisément de mesurer un risque résiduel, pas de le faire disparaître. Ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google permet de suivre la date de ce vol sans équipage et les conclusions que la NASA en tirera pour la suite.
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