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# Solar Orbiter a vu pour la première fois le pôle sud du Soleil depuis 17 degrés, et son champ magnétique y mélange pôle nord et pôle sud

**URL:** https://lepointdujour.fr/sciences/8028-solar-orbiter-poles-soleil/
Date: 2026-10-02
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Inclinée à 17° sous l'équateur solaire, la sonde Solar Orbiter (ESA, NASA) a livré les premières images des pôles du Soleil, en plein désordre magnétique.
Categories: Sciences et espace
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/10/solar-orbiter-poles-soleil-scaled.jpg
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Pourquoi un simple changement d'angle de vue, obtenu en frôlant Vénus, bouscule ce que l'on croyait savoir du moteur magnétique de notre étoile.

Le 23 mars 2025, la sonde Solar Orbiter pointe ses télescopes vers le Soleil depuis un endroit où aucun appareil photo n'était jamais allé : 17 degrés sous l'équateur solaire. Dans le cadre apparaît une région que personne n'avait vue de face, le pôle sud de l'astre.

Toutes les images du Soleil prises jusque-là l'avaient été depuis le voisinage de son équateur. La Terre, les autres planètes et les sondes en service tournent dans un même disque aplati, le plan de l'écliptique. De là, les pôles solaires n'apparaissent qu'en biais, écrasés sur le bord du disque.

## Solar Orbiter, première sonde à photographier les pôles du Soleil

Lancée en février 2020, Solar Orbiter est une mission de coopération entre l'Agence spatiale européenne et la NASA, opérée par l'ESA, qui embarque 10 instruments scientifiques. Pour quitter le plan des planètes, elle s'est servie de Vénus : le 18 février 2025, un survol de la planète a fait passer l'inclinaison de son orbite d'environ 7,7 degrés à 17 degrés par rapport à l'équateur du Soleil. Les planètes et les autres observatoires solaires restent, eux, à 7 degrés au plus de cet équateur.

Une seule mission avait déjà survolé les pôles solaires : Ulysses, conduite par l'ESA et la NASA de 1990 à 2009, mais sans aucun instrument d'imagerie. L'ESA a publié les premières vues le 11 juin 2025 dans un [communiqué consacré aux images des pôles](https://www.esa.int/Science_Exploration/Space_Science/Solar_Orbiter/Solar_Orbiter_gets_world-first_views_of_the_Sun_s_poles), où sa directrice scientifique, Carole Mundell, évoque les premières vues d'un pôle du Soleil jamais obtenues par l'humanité.

## Trois instruments, trois regards sur le pôle sud

La première campagne à forte inclinaison a eu lieu les 16 et 17 mars 2025, depuis 15 degrés sous l'équateur, quelques jours avant que la sonde atteigne son angle maximal actuel de 17 degrés. Trois instruments ont produit les images publiées :

- PHI, piloté par l'Institut Max Planck de recherche sur le système solaire (MPS), en Allemagne : il photographie la surface en lumière visible et cartographie son champ magnétique ;

- EUI, piloté par l'Observatoire royal de Belgique : il montre en ultraviolet la couronne, ce gaz électrisé à un million de degrés qui enveloppe l'étoile ;

- SPICE, dirigé par l'Institut d'astrophysique spatiale de Paris : il sépare la lumière de l'hydrogène, du carbone, de l'oxygène, du néon ou du magnésium pour révéler les couches de l'atmosphère solaire.

Le responsable de PHI, Sami Solanki, a résumé la situation : les pôles du Soleil étaient littéralement une « terra incognita ». Sur l'image d'EUI du 23 mars, la moitié basse, autour du pôle sud, paraît plus sombre et plus calme que la bande équatoriale, où les régions actives projettent des boucles de plasma lumineux.

SPICE a aussi mesuré, pour la première fois, la vitesse de paquets de matière grâce à l'effet Doppler, celui qui change le son d'une sirène qui passe. Pour Frédéric Auchère, de l'université Paris-Saclay, ces mesures depuis les hautes latitudes promettent une révolution pour comprendre la naissance du vent solaire.

## Un pôle sud où le nord et le sud magnétiques se côtoient

Un aimant ordinaire possède un pôle nord et un pôle sud bien distincts. Le Soleil aussi, la plupart du temps. Mais au printemps 2025, les mesures de PHI ont montré des champs de polarité nord et de polarité sud côte à côte au pôle sud. Pour l'ESA, le champ y est actuellement en désordre.

![Moitié inférieure du Soleil en ultraviolet avec une grille de coordonnées centrée sur le pôle sud](https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/10/solar-orbiter-poles-soleil-2.jpg)Le pôle sud du Soleil vu par Solar Orbiter le 23 mars 2025, avec la grille des latitudes et longitudes solaires. Crédit : ESA & NASA/Solar Orbiter/EUI Team, D. Berghmans (ROB), CC BY-SA 3.0 IGO.
Ce désordre correspond à un moment précis du cycle d'activité solaire, qui dure environ 11 ans :

- au maximum d'activité, le champ magnétique global s'inverse et les deux polarités se mélangent jusqu'aux pôles ;

- après l'inversion, une seule polarité doit s'installer peu à peu à chaque pôle ;

- au minimum suivant, que l'ESA situait en juin 2025 dans 5 à 6 ans, le champ est le plus ordonné et l'activité la plus faible.

Ce cycle rythme les éruptions et les tempêtes géomagnétiques, à l'origine des [aurores boréales observées jusqu'en France pendant le cycle actuel](https://lepointdujour.fr/sciences/7939-aurores-boreales-france-cycle-solaire/). Or les modèles ne savent toujours pas prédire avec précision quand et avec quelle force le Soleil atteint son pic. Selon Sami Solanki, la façon dont la nouvelle polarité s'accumule aux pôles reste mal comprise, et Solar Orbiter arrive en haute latitude au bon moment pour la suivre.

## Un champ magnétique qui file vers le pôle plus vite que prévu

Le premier résultat publié dans une revue est paru le 5 novembre 2025 dans The Astrophysical Journal Letters. L'équipe de Lakshmi Pradeep Chitta, au MPS, a étudié au pôle sud la supergranulation : d'immenses cellules de plasma chaud, deux à trois fois plus grandes que la Terre, qui repoussent les lignes de champ magnétique vers leurs bords.

Le Soleil fonctionne comme un tapis roulant magnétique : en surface, le plasma transporte le champ de l'équateur vers les pôles, puis revient en profondeur vers l'équateur. Ce circuit règle la cadence du cycle de 11 ans. L'équipe a mesuré que le champ dérive vers le pôle à environ 10 à 20 mètres par seconde en moyenne, presque aussi vite qu'aux latitudes plus basses, alors que les études menées depuis l'écliptique voyaient des dérives beaucoup plus lentes, selon le [communiqué de l'Institut Max Planck](https://www.mps.mpg.de/sun-first-glimpse-of-polar-magnetic-field-in-motion).

Une seconde étude, menée par Daniele Calchetti et 27 coauteurs, livre les [premières mesures du champ magnétique des deux pôles](https://arxiv.org/abs/2512.03611) prises hors de l'écliptique, entre 14,9 et 16,7 degrés de latitude. Le flux magnétique net ne s'y répartit pas de la même manière sur la calotte nord et sur la calotte sud.

## De 17 à 33 degrés : le calendrier de l'ascension

Daniel Müller, responsable scientifique de la mission à l'ESA, parle d'un escalier vers le ciel. Chaque survol de Vénus inscrit au [calendrier publié par l'ESA](https://www.esa.int/Science_Exploration/Space_Science/Solar_Orbiter/Solar_Orbiter_perihelia_and_flybys) doit relever l'orbite.

Les étapes clés de l'inclinaison de Solar Orbiter :

DateÉtapeInclinaison par rapport à l'équateur solaireAvant février 2025Orbite proche du plan des planètesenviron 7,7°18 février 2025Survol de Vénus17°16 et 17 mars 2025Premières images du pôle sud15° (angle de vue)24 décembre 2026Survol de Vénus, début de la phase haute latitude24°10 juin 2029Survol de Vénus33°
Le prochain cap arrive dans moins de trois mois. D'ici le survol du 24 décembre 2026, selon le MPS, la sonde aura observé chaque pôle trois fois de plus depuis 17 degrés. D'autres passages près de Vénus sont prévus le 18 mars 2028, le 10 juin 2029 et le 2 septembre 2030. Cette montée doit permettre de suivre l'installation de la nouvelle polarité pendant que le Soleil redescend vers son minimum, et d'observer les régions où naît le vent solaire rapide, ce flux de particules que des missions comme [le satellite Smile, chargé d'étudier son impact sur la magnétosphère](https://lepointdujour.fr/sciences/7969-smile-magnetosphere-vent-solaire/), étudient au voisinage de la Terre.

## Ce que les premières images ne disent pas encore

Les chercheurs le reconnaissent eux-mêmes, ces résultats restent des débuts :

- un angle de 15 à 17 degrés reste rasant, et la mesure du champ magnétique dépend de l'angle d'observation ;

- les données couvrent quelques jours du printemps 2025, un instantané à l'échelle d'un cycle de 11 ans ;

- le MPS juge encore incertain que le tapis roulant magnétique ne ralentisse vraiment pas près des pôles ;

- la façon dont les processus polaires construisent le champ global du cycle suivant n'est pas établie.

Les observations de 2025 ont saisi les pôles en pleine inversion. Les prochaines, plus inclinées, diront si la nouvelle polarité s'installe comme les modèles le prévoient.

## Questions fréquentes

### Pourquoi n'avait-on jamais photographié les pôles du Soleil ?

La Terre et presque toutes les sondes tournent dans le plan de l'écliptique, proche de l'équateur solaire. De là, les pôles n'apparaissent qu'en biais. La sonde Ulysses les avait survolés, mais sans caméra.

### Comment Solar Orbiter a-t-elle changé d'orbite ?

Par assistance gravitationnelle. En frôlant Vénus le 18 février 2025, elle a porté l'inclinaison de son orbite d'environ 7,7 à 17 degrés.

### Que signifie un champ magnétique « en désordre » au pôle sud ?

Que des polarités nord et sud y coexistent. Ce mélange apparaît à chaque maximum d'activité, quand le champ global s'inverse, avant qu'une seule polarité reprenne le dessus.

### Tous les combien le champ magnétique du Soleil s'inverse-t-il ?

Environ tous les 11 ans, au moment du pic d'activité. Il faut donc deux inversions successives pour que le champ retrouve son orientation de départ.

### Quand Solar Orbiter verra-t-elle les pôles de plus haut ?

Le survol de Vénus du 24 décembre 2026 portera son inclinaison à 24 degrés. À partir du 10 juin 2029, elle tournera autour du Soleil à 33 degrés.

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