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# Un mosasaure à pattes de 2,5 mètres trouvé près d'Aix montre que ces prédateurs ont aussi colonisé l'eau douce
**URL:** https://lepointdujour.fr/sciences/8019-mosasaure-eau-douce-provence/
Date: 2026-10-02
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Décrit le 28 septembre par le CNRS, Garamaudo bauciensis vivait il y a 85 millions d'années dans un lac de Provence, et non en pleine mer.
Categories: Sciences et espace
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/10/02-mosasaure-eau-douce-provence-scaled.jpg
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Reste à comprendre comment des paléontologues parviennent à lire un mode de vie entier dans la densité de quelques os.
Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [les quatorze vertèbres de queue qui ont livré le premier Diplodocus connu hors d'Amérique du Nord](https://lepointdujour.fr/sciences/7603-diplodocus-teruel-europe-fossile/).
## Un mosasaure d'eau douce identifié près d'Aix-en-Provence
Le CNRS a annoncé le 28 septembre 2026 [la description d'une nouvelle espèce de mosasaure retrouvée près de l'actuelle Aix-en-Provence](https://www.cnrs.fr/fr/presse/une-nouvelle-espece-de-mosasaure-identifiee-aix-en-provence). L'animal, baptisé Garamaudo bauciensis, mesurait environ 2,5 mètres et a vécu il y a quelque 85 millions d'années, au Santonien. Il n'a pas été exhumé d'un dépôt marin mais d'un ancien milieu lacustre, c'est-à-dire du fond d'un lac.
Les mosasaures sont de grands reptiles prédateurs du Crétacé, longtemps tenus pour exclusivement marins. Le Crétacé supérieur, dernière partie de cette période, s'étend de 100,5 à 66 millions d'années et se termine par l'extinction des dinosaures. C'est l'époque où ces animaux dominent les océans, et c'est précisément ce tableau que le fossile provençal vient compliquer.
Le travail est signé par Nathalie Bardet, chercheuse CNRS au Centre de recherche en paléontologie de Paris, et Alexandra Houssaye, chercheuse CNRS au laboratoire Mécanismes adaptatifs et évolution, avec François-Louis Pelissier, Yves Dutour, Eric Turini et Thierry Tortosa. Il a mobilisé le Muséum départemental du Var, le Muséum d'histoire naturelle d'Aix-en-Provence et la Réserve naturelle nationale Sainte-Victoire, et a été publié le 28 septembre dans la revue PCI Paleontology.
## Des pattes là où les mosasaures marins portent des palettes
La première surprise tient à l'anatomie des membres. Les mosasaures de pleine mer possèdent des palettes natatoires, des membres transformés en rames. L'analyse des restes montre au contraire que cet individu avait **plutôt des pattes, comparables à celles d'un animal terrestre**, et un sacrum, la pièce osseuse qui relie la colonne au bassin et qui disparaît chez les formes entièrement marines.
Un animal muni de pattes et d'un sacrum garde donc, au moins en partie, l'équipement d'un marcheur. Dans le vocabulaire des spécialistes, c'est la conservation d'une condition dite plésiopède et plésiopelvienne, autrement dit l'état de départ du groupe, celui qui précède la transformation complète des membres en organes de nage.
## Des os trop denses pour un animal terrestre
La deuxième surprise contredit la première, et c'est ce qui rend la lecture intéressante. Plusieurs caractères trahissent une vie aquatique, à commencer par des os exceptionnellement compacts, dans les vertèbres et dans l'humérus. Les spécialistes parlent d'ostéosclérose, un épaississement de la matière osseuse.
Cette densité sert de lest. Elle compense en partie la poussée d'Archimède, la force exercée par l'eau qui tend à faire remonter les corps immergés. Les mammifères et les reptiles marins qui ne pratiquent ni la nage rapide ni la plongée profonde présentent souvent des os plus denses que les animaux terrestres : ils flottent moins, descendent plus facilement, se maintiennent à la profondeur voulue et dépensent moins d'énergie sous l'eau. Chez Garamaudo bauciensis, une telle densité est jugée incompatible avec une locomotion terrestre : elle aidait l'animal à rester immergé lors de ses déplacements en eaux peu profondes. Les indices retenus par l'équipe se répartissent ainsi :
Indice relevéCe qu'il indiqueNature de l'observationMembres en forme de pattes et sacrum conservéÉquipement hérité d'un animal marcheurRestes postcrâniens décritsOs compacts dans les vertèbres et l'humérusLestage pour rester immergé en eau peu profondeOstéosclérose mesuréeMollusques d'eau douce dans le même gisementMilieu lacustre, et non marinFaune associée au fossileNiveau santonien, environ 85 millions d'annéesCrétacé supérieur, apogée des mosasaures en merDatation du dépôt
## Un lac, des coquillages, un faisceau d'indices
L'argument décisif ne vient pas de l'os mais de ce qui l'entoure. Le même gisement a livré des fossiles d'espèces d'eau douce, notamment certains mollusques. Un prédateur marin égaré dans un lac resterait une anomalie isolée ; un prédateur retrouvé au milieu d'une faune lacustre cohérente devient un habitant du lieu. C'est ce faisceau qui conduit l'équipe à décrire un animal inféodé au milieu lacustre.
La montagne Sainte-Victoire, au-dessus du bassin d'Aix-en-Provence dont provient le fossile. Crédit : SchiDD, Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)
Le bassin d'Aix-en-Provence est de longue date un terrain de fouilles réputé pour ses dépôts continentaux de la fin du Crétacé, et la Réserve naturelle nationale Sainte-Victoire protège une partie de ces niveaux. La présence d'un mosasaure dans ces couches, aux côtés d'une faune d'eau douce, sort du cadre habituel des découvertes locales.
## Ce que change une lignée partie vers les lacs
La portée dépasse le cas provençal. [L'étude rattache l'animal aux Tethysaurinae](https://www.biorxiv.org/content/10.64898/2025.12.11.693649v6), une sous-famille de mosasaures, et conclut que c'est uniquement dans ce groupe que plusieurs formes d'eau douce ont évolué. La répétition change tout : une incursion isolée serait un accident, plusieurs lignées installées dans les eaux continentales décrivent une stratégie.
Les auteurs y voient un partage de niches, associé au maintien de membres de type ancestral. Les mosasaures qui ont poussé jusqu'au bout la transformation en nageurs de haute mer ont conquis l'océan ; ceux qui ont gardé des pattes ont pu exploiter des milieux peu profonds, lacs et rivières, où une rame est moins utile qu'un appui. L'histoire évolutive du groupe apparaît donc plus ramifiée que le récit d'une conquête unique des océans.
## Un individu, et beaucoup de questions ouvertes
Trois réserves méritent d'être posées. La description repose sur les restes d'un seul individu : aucun effectif, aucune aire de répartition, aucune durée d'occupation du lac ne peut en être déduite. Les 2,5 mètres annoncés valent pour ce spécimen, et rien n'indique qu'ils représentent la taille adulte de l'espèce.
Ensuite, PCI Paleontology publie des travaux évalués par les pairs à partir de prépublications déposées en accès libre, un circuit différent de celui des revues classiques : la description est validée, mais elle attend encore l'épreuve du temps et d'autres fossiles. Enfin, le lien entre os denses et vie en eau peu profonde est une inférence solide, pas une observation directe du comportement de l'animal. La question suivante est celle de la fiabilité des reconstitutions à partir d'os isolés, et notre article de fond sur [le fossile de 150 millions d'années qui a réécrit l'histoire du vol chez les dinosaures](https://lepointdujour.fr/sciences/1961-un-fossile-de-150-millions-d-annees-reecrit-l-histoire-du-vol-chez-les-dinosaures-24052025/) montre à quel point un seul spécimen peut déplacer une certitude. Le même raisonnement vaut sous l'eau, comme le rappelle [cette capsule temporelle préhistorique restée intacte sous la mer](https://lepointdujour.fr/sciences/5048-ces-archeologues-ont-trouve-une-capsule-temporelle-prehistorique-intacte-sous-la-mer-05092025/), et il éclaire aussi notre article récent sur [la tombe de Vix refouillée et ses deux mille fragments oubliés](https://lepointdujour.fr/sciences/7923-vix-tombe-princiere-nouvelle-fouille/). Pour suivre les prochaines publications de cette équipe, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google reste le moyen le plus simple de retrouver nos articles.
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