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# Fermée au public depuis 1965, Surtsey a reçu 74 espèces de plantes en 50 ans, mais sa tomate de 1969 a poussé dans des excréments humains
**URL:** https://lepointdujour.fr/sciences/7985-surtsey-ile-laboratoire-islande/
Date: 2026-10-01
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Née d'une éruption sous-marine au sud de l'Islande en 1963, Surtsey a perdu près de la moitié de sa surface et sert de laboratoire à la vie sauvage.
Categories: Sciences et espace
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/10/surtsey-ile-laboratoire-islande-scaled.jpg
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Comment une île de cendres noires, surgie de l'océan il y a soixante ans, est devenue l'un des terrains d'étude les mieux surveillés de la planète.
Le 14 novembre 1963, au petit matin, les premiers signes d'une éruption apparaissent au large de la côte sud de l'Islande. Sous la surface, le volcan travaillait déjà depuis quelques jours, à 130 mètres de fond. Fin janvier 1964, l'île qui en est sortie culminait à 174 mètres au-dessus des vagues, soit plus de 300 mètres au-dessus du plancher marin.
On l'a appelée Surtsey. Dès 1965, alors que la lave coulait encore, l'Islande en a fait une réserve naturelle fermée au public. L'idée était simple et rare : regarder comment la vie colonise une terre totalement neuve, sans que personne ne vienne fausser l'expérience.
## Surtsey, une île née d'une éruption sous-marine entre 1963 et 1967
Surtsey se trouve à environ 32 kilomètres de la côte sud de l'Islande et à 18 kilomètres de Heimaey, dans l'archipel des Vestmann. Selon la Surtsey Research Society, qui coordonne la recherche sur place, l'éruption a duré jusqu'au début du mois de juin 1967.
À la fin de l'éruption, Surtsey mesurait 2,7 km². C'est sa taille maximale. Depuis, l'océan n'a cessé de la grignoter.
Ce statut d'île interdite a tenu jusqu'à aujourd'hui. Les règles de la réserve sont strictes :
- toute visite exige une autorisation, accordée pour des motifs scientifiques ;
- il est interdit d'introduire un organisme vivant, une graine ou un fragment de plante ;
- aucun déchet ne doit être laissé sur l'île ou à proximité ;
- les armes à feu sont interdites dans un rayon de 2 kilomètres.
L'évaluation de l'UICN pour le patrimoine mondial précise qu'une à trois visites seulement sont autorisées chaque année, avec 10 à 12 visiteurs au maximum par expédition. En 2008, l'UNESCO a inscrit Surtsey sur la liste du patrimoine mondial, précisément pour cette valeur de laboratoire naturel protégé de l'intervention humaine.
## Comment la vie s'est installée, graine après graine
Les premiers colons sont arrivés par la mer. Au printemps 1965, les chercheurs trouvent la première plante à fleurs de l'île, un caquillier (Cakile arctica), plante de bord de mer dont les grosses graines flottent facilement. D'autres espèces côtières suivent, portées par les courants.
À la fin de la première décennie, l'île comptait 10 espèces de plantes vasculaires. Le vrai tournant est venu du ciel.
Les premiers nids sont repérés en 1970 : deux nids de guillemots à miroir et un nid de fulmar. Au milieu des années 1980, des goélands commencent à former une colonie au sud de l'île. Leurs fientes enrichissent le sol, et ils transportent des graines dans leur tube digestif ou accrochées à leurs plumes. D'après l'étude publiée en 2014 dans [Biogeosciences](https://bg.copernicus.org/articles/11/5521/2014/) par Borgþór Magnússon et ses collègues, les oiseaux sont devenus après 1985 la principale voie d'arrivée des plantes. Les espèces dispersées par le vent se sont ensuite installées à partir de 1990.
En 2004, l'île abritait 60 espèces de plantes vasculaires, 75 de mousses, 71 de lichens et 24 de champignons, selon la description retenue par l'UNESCO. Elle accueillait aussi 335 espèces d'invertébrés, et 89 espèces d'oiseaux y avaient été observées. Sur l'ensemble de la période 1965 à 2015, 74 espèces de plantes vasculaires ont été trouvées sur Surtsey.
## Une colonie de goélands qui a changé le paysage
Là où nichent les goélands, la différence saute aux yeux. L'étude de 2014 décrit des prairies denses, avec une couverture végétale, une diversité, une biomasse et un carbone du sol nettement plus élevés que dans le reste de l'île. Ailleurs, la lave et le sable restent presque nus.
Surtsey vue depuis la mer en 2014 : seuls quelques scientifiques peuvent y débarquer chaque année. Crédit : Brian Gratwicke, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.
Le même travail a établi un bilan précis : en 2013, 69 espèces de plantes vasculaires avaient été découvertes sur l'île, 59 étaient encore présentes et 39 avaient formé des populations viables. Les auteurs relevaient un fait inattendu : depuis 2007, l'île perd plus d'espèces qu'elle n'en gagne.
Les relevés récents de l'[Institut islandais d'histoire naturelle](https://www.natt.is/is/frettir/2026/08/surtseyjarleidangur-2026) confirment cette fragilité. En 2023, après plusieurs semaines sans pluie, 58 espèces vivantes ont été comptées, soit 13 % de moins qu'en 2020. Lors de l'expédition du 13 au 16 juillet 2026, il n'en restait que 57, deux de moins que l'année précédente. L'angélique, présente depuis 1997, a disparu.
## La tomate de 1969, un intrus venu des chercheurs
Dans un lieu où l'on interdit d'apporter la moindre graine, la principale entorse est venue des scientifiques eux-mêmes. Selon le récit publié en février 2015 dans le journal local Eyjafréttir et repris par Iceland Review, le botaniste Ágúst Bjarnason, qui suivait alors l'installation des plantes, a découvert à l'été 1969 un plant de tomate de 15 centimètres.
La plante poussait dans des excréments humains, laissés par un visiteur de l'île. Ágúst Bjarnason a tout ramassé dans un sac plastique et l'a emporté, pour ne pas fausser la colonisation naturelle.
Le plan de gestion de la réserve prévoit d'ailleurs qu'une espèce introduite par l'homme soit retirée avant de pouvoir s'étendre.
## L'érosion a déjà emporté près de la moitié de l'île
La houle de l'Atlantique Nord frappe Surtsey sans relâche. Selon les mesures compilées par la [Surtsey Research Society](https://english.surtsey.is/rof/), l'île est passée de 2,7 km² en 1967 à 2,0 km² en 1975, puis à 1,4 km² en 2002, soit 52 % de sa taille maximale.
Le rythme a beaucoup ralenti. Dans les premières années, 3 à 20 hectares disparaissaient chaque année. Plus récemment, la mer avale en moyenne environ un hectare par an. L'expédition de 2026 a dû abandonner deux zones de suivi, l'une submergée par le ressac, l'autre rongée par le recul des falaises.
Les principaux repères chiffrés de l'évolution de l'île, tirés des sources citées :
RepèreValeur
Superficie maximale, fin de l'éruption (1967)2,7 km²
Superficie en 19752,0 km²
Superficie en 20021,4 km², soit 52 % du maximum
Perte annuelle récenteenviron 1 hectare
Plantes vasculaires trouvées de 1965 à 201574 espèces
Plantes vasculaires vivantes en 202657 espèces
## Le palagonite, ce cœur dur qui sauve Surtsey
Une grande partie de Surtsey était faite de téphra, des cendres et fragments volcaniques meubles que les vagues emportent facilement.
Or la chaleur et l'eau de mer circulant dans le volcan ont transformé une partie de ce téphra en tuf palagonitique, une roche compacte. Ce tuf est très dense et présente peu de fissures. Sur la côte ouest, il forme aujourd'hui des falaises de 120 mètres de haut qui résistent bien mieux à la houle que la lave fissurée du sud.
Ce cœur dur dessine l'avenir de l'île :
- les plateaux de lave et les plages de sable continueront de reculer ;
- selon la projection de la Surtsey Research Society, établie à partir de l'érosion mesurée entre 1967 et 2002, il ne restera au bout de 160 ans que le noyau de tuf ;
- ces falaises abruptes devraient ensuite ralentir fortement l'érosion.
Surtsey ressemblera alors probablement à Bjarnarey, une île voisine de l'archipel âgée d'environ 5 000 à 6 000 ans. Ce type de suivi d'un volcan sur la durée rappelle d'autres travaux récents, comme [le suivi d'un volcan du Kamtchatka par le radar NISAR](https://lepointdujour.fr/sciences/7838-nisar-radar-volcan-kamtchatka/).
## Ce que Surtsey ne dit pas encore
Surtsey n'est pas un modèle parfait. Les chercheurs eux-mêmes y laissent des traces, et chaque expédition, même encadrée, dérange un peu l'île.
La baisse récente du nombre de plantes reste difficile à interpréter. Les sécheresses estivales, comme celle de 2023, semblent jouer un rôle, mais quelques années de données ne suffisent pas à trancher entre un effet du climat et des fluctuations naturelles. Enfin, la projection à 160 ans repose sur des mesures anciennes : le rythme réel de l'érosion dépendra des tempêtes à venir. L'[UICN](https://worldheritageoutlook.iucn.org/explore-sites/surtsey) juge toutefois l'état de conservation du site bon.
## Questions fréquentes
### Peut-on visiter Surtsey ?
Non. L'île est fermée au public depuis 1965. Seuls des scientifiques autorisés peuvent y débarquer, lors d'une à trois visites par an.
### Quelle est la superficie de Surtsey aujourd'hui ?
Elle mesurait 1,4 km² en 2002, contre 2,7 km² à la fin de l'éruption. L'île continue de perdre en moyenne environ un hectare par an.
### Surtsey va-t-elle disparaître ?
Pas entièrement. Les parties meubles et la lave reculeront, mais le noyau de tuf palagonitique, très dense, devrait résister longtemps. L'île pourrait finir par ressembler à sa voisine Bjarnarey, vieille de plusieurs milliers d'années.
### Quelle a été la première plante de Surtsey ?
Un caquillier, plante de bord de mer, découvert au printemps 1965. Ses graines étaient arrivées en flottant sur l'océan.
### D'où venait la tomate trouvée sur l'île ?
D'excréments humains laissés sur place. Le botaniste Ágúst Bjarnason a découvert ce plant de 15 centimètres à l'été 1969 et l'a retiré aussitôt, avant de raconter l'histoire en 2015.
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