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# Les aurores boréales vues jusqu'en France venaient de la première tempête G5 depuis 2003, alors que le Soleil a déjà passé le pic de son cycle

**URL:** https://lepointdujour.fr/sciences/7939-aurores-boreales-france-cycle-solaire/
Date: 2026-09-30
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: En mai 2024, une tempête géomagnétique G5, la première depuis 2003, a porté les aurores jusqu'en France. Le cycle solaire 25 amorce sa descente.
Categories: Sciences et espace
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/aurores-boreales-france-cycle-solaire-scaled.jpg
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Des voiles roses au-dessus de l'Alsace aux alertes qui s'allument encore sur les écrans de la NOAA, tout s'explique par un Soleil au sommet de son cycle et par une mécanique magnétique que l'on peut apprendre à lire.

Strasbourg, nuit du 10 au 11 mai 2024. Au-dessus des toits, la flèche de la cathédrale se découpe sur un ciel teinté de rose et de vert, un décor que l'on associe d'ordinaire à la Laponie. Cette nuit-là, à 18 h 54 heure de la côte est américaine, soit 0 h 54 le 11 mai à Paris, le centre de prévision de la météo de l'espace de la NOAA (SWPC) enregistrait les premières conditions de niveau G5, le plus haut de son échelle.

Ces aurores boréales, photographiées aussi au sommet du Salbert, à Belfort, signaient la plus forte tempête géomagnétique depuis plus de vingt ans.

## Pourquoi des aurores boréales ont été vues jusqu'en France en mai 2024

Selon [le bilan de la tempête dressé par la NASA](https://science.nasa.gov/science-research/heliophysics/how-nasa-tracked-the-most-intense-solar-storm-in-decades/), entre le 7 et le 11 mai 2024, deux régions actives du Soleil, numérotées AR 13663 et AR 13664, ont produit une rafale d'éruptions, dont huit de la classe X, la plus puissante. Au moins sept éjections de masse coronale, ces nuages de particules chargées et de champ magnétique, sont parties vers la Terre et sont arrivées quasiment ensemble. Le résultat a atteint le niveau G5, un palier que l'agence américaine n'avait plus observé depuis 2003.

Canalisées par le champ magnétique terrestre, ces particules excitent les gaz de la haute atmosphère, d'ordinaire autour des pôles. Lors d'une tempête extrême, la zone aurorale s'élargit vers l'équateur. La NASA rapporte des observations jusqu'à environ 26 degrés de latitude magnétique, dans le sud des États-Unis et le nord de l'Inde, et qualifie l'épisode de possiblement l'un des plus forts affichages d'aurores enregistrés depuis 500 ans.

Les effets ne se sont pas limités au ciel nocturne :

- le satellite ICESat-2 de la NASA, qui surveille les calottes polaires, est passé en mode de sécurité, probablement à cause du freinage atmosphérique accru ;

- l'Agence spatiale européenne indique, dans [sa foire aux questions sur la tempête de mai 2024](https://www.esa.int/Space_Safety/Space_weather/The_May_2024_solar_storm_your_questions_answered), que l'atmosphère a gonflé, modifiant la traînée subie par les satellites et obligeant les opérateurs à multiplier les manœuvres d'évitement de débris.

## L'indice Kp et l'échelle G1 à G5 : comment lire une alerte

L'indice Kp mesure, de 0 à 9 et par tranches de trois heures, les perturbations du champ magnétique terrestre. Selon la NOAA, il correspond à la moyenne standardisée de 13 observatoires situés entre 44 et 60 degrés de latitude géomagnétique. Le centre allemand GFZ de Potsdam, qui le produit, donne un Kp de 9 dans la nuit du 10 au 11 mai 2024.

La NOAA traduit ce Kp en [cinq niveaux de tempête géomagnétique](https://www.spaceweather.gov/noaa-scales-explanation), avec une fréquence moyenne sur un cycle solaire de onze ans :

Niveau NOAAIndice KpQualificatifFréquence moyenne par cycleG15Mineure1 700 épisodes (900 jours)G26Modérée600 épisodes (360 jours)G37Forte200 épisodes (130 jours)G48, y compris 9-Sévère100 épisodes (60 jours)G59Extrême4 épisodes (4 jours)
Selon la NOAA, c'est à partir de Kp 8 que l'aurore descend nettement vers l'équateur et devient très brillante. Le G5, lui, ne survient en moyenne que quatre jours par cycle.

## Octobre 2024, novembre 2025 : les répliques d'un Soleil très actif

Le 3 octobre 2024, le Soleil a produit une éruption de classe X9.0, la plus puissante du cycle selon la NASA. Le soir du 8 octobre, une éjection de masse coronale rapide, estimée entre 1 200 et 1 300 km/s par la NOAA, est partie vers la Terre. Le SWPC a confirmé des conditions G4 le 10 octobre, avec une possibilité de G5. Les données du GFZ montrent un Kp culminant à 9- ce soir-là, un cran sous le maximum de l'échelle.

![Lueur aurorale rouge et violette au-dessus d'une ligne d'arbres au sommet du Salbert, à Belfort](https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/aurores-boreales-france-cycle-solaire-2.jpg)Aurore observée au sommet du Salbert, à Belfort, le 11 mai 2024 au soir. Crédit : Thomas Bresson, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons.
Le 12 novembre 2025, plus d'un an après le pic, le SWPC annonçait de nouveau le niveau G4, avec un Kp de 9- selon le GFZ.

## Cycle solaire 25 : un pic passé en octobre 2024, une descente qui n'exclut rien

Le 15 octobre 2024, la NASA, la NOAA et le panel international de prévision du cycle solaire ont [annoncé que le Soleil était entré dans sa période de maximum](https://science.nasa.gov/science-research/heliophysics/nasa-noaa-sun-reaches-maximum-phase-in-11-year-solar-cycle/). Le mois exact du pic ne pouvait être fixé qu'avec du recul. Dans les séries publiées par le SWPC, le nombre de taches solaires lissé culmine à 160,9 en octobre 2024.

La prévision de 2019 tablait sur un maximum de 115 en juillet 2025. Depuis, la courbe redescend :

- le nombre lissé tombe à 99,8 en février 2026, dernière valeur lissée disponible ;

- la moyenne mensuelle brute s'établit à 76 en août 2026 ;

- la NOAA situe le début du cycle 26 entre janvier 2029 et décembre 2032.

La NASA soulignait dès 2024 que des tempêtes assez importantes restaient possibles pendant la descente, ce que novembre 2025 a confirmé.

## Pourquoi mars et septembre-octobre favorisent les aurores

Selon la NOAA, les tempêtes géomagnétiques sont plus probables autour des équinoxes. L'explication la plus citée remonte à un article publié en 1973 dans le Journal of Geophysical Research par Christopher Russell et Robert McPherron.

Le vent solaire transporte un champ magnétique. Quand celui-ci est orienté vers le sud par rapport au champ terrestre, l'énergie pénètre plus facilement dans la magnétosphère. Or l'inclinaison de l'axe magnétique terrestre face au flux solaire varie au fil de l'année, et autour des équinoxes elle rend cette composante sud plus efficace. C'est l'effet Russell-McPherron.

## Surveiller le ciel et comprendre pourquoi le téléphone voit plus que l'œil

Les sources officielles sont gratuites :

- le SWPC de la NOAA publie les alertes G1 à G5, l'indice Kp estimé et une prévision d'aurore à 30 minutes ;

- le réseau de services de météo de l'espace de l'ESA diffuse l'état géomagnétique à l'échelle européenne ;

- le GFZ de Potsdam met à disposition l'indice Kp officiel et son historique.

Côté pratique, la NOAA conseille de s'éloigner des lumières de la ville, de chercher une vue dégagée vers le nord, depuis une hauteur si possible, et de viser la tranche 22 h à 2 h, heure locale. Les mêmes réflexes valent pour les [étoiles filantes des Orionides, visibles en octobre](https://lepointdujour.fr/sciences/7917-orionides-etoiles-filantes-halley/).

Si le téléphone montre plus que le ciel, c'est que l'œil, explique la NASA, n'accumule la lumière que pendant une fraction de seconde, quand un capteur reste exposé bien plus longtemps. Les capteurs, y compris ceux des téléphones, sont aussi bien plus sensibles aux couleurs des aurores qu'autrefois, au point d'en enregistrer d'invisibles à l'œil nu.

## Ce qu'on ne sait pas encore

La prévision reste l'angle mort. Une éjection de masse coronale est repérée dès son départ du Soleil, mais son orientation magnétique, qui décide de sa puissance géomagnétique, n'est mesurée qu'au passage devant les satellites de surveillance placés à environ un million de miles (1,6 million de kilomètres) de la Terre. La NOAA le rappelle dans ses bulletins : les caractéristiques exactes du nuage ne sont confirmées qu'à ce moment-là, peu avant son arrivée.

Le pic observé du cycle 25 a dépassé nettement le maximum annoncé en 2019. L'effet Russell-McPherron ne décrit qu'une tendance statistique, et rien ne permet de dire si la France reverra un épisode G5 avant la fin du cycle.

## Questions fréquentes

### Peut-on encore voir des aurores boréales en France en 2026 ?

C'est possible mais rare. Les aurores de mai 2024 accompagnaient une tempête G5, un niveau atteint en moyenne quatre jours par cycle. La phase décroissante produit encore des tempêtes sévères, comme l'a montré le niveau G4 du 12 novembre 2025.

### Quel indice Kp faut-il pour voir une aurore depuis la France ?

La NOAA ne publie pas de seuil propre à la France. Selon le GFZ, les aurores photographiées à Strasbourg dans la nuit du 10 au 11 mai 2024 coïncidaient avec un Kp de 9- à 9, celles de Belfort, le soir du 11 mai, avec un Kp de 7+. Selon la NOAA, c'est à partir de Kp 8 que l'aurore descend nettement vers l'équateur.

### Le Soleil a-t-il vraiment passé son maximum ?

Les données lissées publiées par le SWPC placent le pic en octobre 2024, à 160,9 taches. La courbe baisse depuis, jusqu'à 99,8 en février 2026.

### Pourquoi mon téléphone montre-t-il des couleurs que je ne vois pas ?

Le capteur accumule la lumière pendant plusieurs secondes, l'œil pendant une fraction de seconde. Les capteurs récents sont aussi très sensibles aux couleurs des aurores, selon la NASA.

### Pourquoi parle-t-on d'une saison des aurores en automne ?

Les tempêtes géomagnétiques sont statistiquement plus fréquentes autour des équinoxes de mars et de septembre. L'effet Russell-McPherron, décrit en 1973, relie ce phénomène à l'orientation du champ magnétique terrestre face au vent solaire.

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