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# Refouillée en 2019, la tombe de Vix a rendu près de 2 000 fragments oubliés qui rajeunissent la sépulture d'au moins une génération

**URL:** https://lepointdujour.fr/sciences/7923-vix-tombe-princiere-nouvelle-fouille/
Date: 2026-09-29
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Le tamisage de 72 big bags de remblais de la fouille de 1953 a livré des fibules, du corail et une dent qui déplacent la date du décès.
Categories: Sciences et espace
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/01-vix-tombe-princiere-nouvelle-fouille-scaled.jpg
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Reste à comprendre comment des éclats de bronze de quelques millimètres suffisent à rajeunir une sépulture princière et à retourner le sens de son objet le plus célèbre.

Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [le rempart gaulois retrouvé sous l'Hôtel-Dieu à Paris](https://lepointdujour.fr/sciences/7793-rempart-lutece-hotel-dieu-paris/).

## La tombe de Vix a été refouillée soixante-six ans après sa découverte

L'Inrap a mis en ligne le 28 septembre 2026 [un entretien avec Bastien Dubuis sur la nouvelle fouille de la tombe de Vix](https://www.inrap.fr/la-tombe-de-la-dame-de-vix-n-pas-dit-son-dernier-mot-20920), en Côte-d'Or. La sépulture avait été dégagée en janvier 1953 par René Joffroy et Maurice Moisson. L'archéologue de l'institut y est retourné en 2019, soit soixante-six ans plus tard, pour une opération d'un genre particulier : fouiller une fouille.

La campagne de 1953 s'était limitée à la chambre funéraire et à une courte tranchée dans le tumulus, le tertre qui recouvrait l'ensemble et n'a donc jamais été étudié pour lui-même. La tranchée d'accès, longue de neuf mètres, a bien été retrouvée en 2019, mais à l'ouest de la tombe, là où Joffroy la situait au nord sur son plan.

Au fond, presque rien. Le socle rocheux avait été gratté avec soin, et la pompe utilisée contre la présence d'eau avait vraisemblablement aspiré objets et fragments, retrouvés ensuite dans les remblais remis en place à l'époque.

## Soixante-douze big bags passés au tamis de trois millimètres

Dès les premiers coups de mini-pelle, du matériel est apparu. Le remplissage présentait une stratigraphie inversée : la moitié inférieure, riche en pierres, correspondait aux niveaux supérieurs traversés en 1953, tandis que la partie haute, pleine de mobilier brassé, venait de la fouille du dépôt funéraire.

L'équipe a donc choisi de ne rien jeter. Les remblais de la tombe et de la tranchée ont rempli **72 big bags d'environ un mètre cube**, soit un peu plus d'une tonne de sédiment chacun, expédiés à la station de tamisage de l'Inrap installée dans une carrière à Pont-à-Mousson. Le sédiment tombe sur une grille de trois millimètres de maille, il est lessivé à la lance à incendie, et il reste à trier le refus de tamis, c'est-à-dire tout ce qui n'est pas passé au travers.

Le rendement est spectaculaire en nombre, modeste en objets entiers : **près de 2 000 fragments inédits**, surtout des morceaux de tôle décorative, des clous et des pièces d'assemblage du char à quatre roues. Deux crochets de bronze complètent un lot d'une soixantaine de pièces identiques trouvées en 1953, que Joffroy lisait comme les restes d'une bâche. La question suivante est celle de ce qu'un terrain déjà retourné peut encore livrer, et notre article de fond sur [les trésors mis au jour sur une colline volcanique hongroise](https://lepointdujour.fr/sciences/1733-tresors-oublies-decouvertes-archeologiques-fascinantes-sur-une-colline-volcanique-hongroise-11052025/) donne une idée de ce que les fouilles anciennes laissent derrière elles.

## Des fibules qui rajeunissent la sépulture d'une génération

Le lot le plus parlant tient dans les fibules, ces broches qui fermaient un vêtement. Leur nombre a doublé, de huit à seize, avec des exemplaires presque complets qui forment de nouvelles paires. Deux d'entre elles portent encore un cabochon de corail.

![Frise de bronze du cratère de Vix montrant un quadrige et un hoplite casqué portant un bouclier](https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/01-vix-tombe-princiere-nouvelle-fouille-photo2.jpg)La frise de quadriges et d'hoplites qui orne le haut du cratère de Vix, au musée du Pays Châtillonnais. Crédit : GO69, Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)
Une fibule est un objet de mode, porté et fabriqué peu avant le décès. Plusieurs des nouveaux exemplaires ont un pied libre et vertical, forme caractéristique du passage entre la fin du premier âge du Fer et le début du second. Or la tombe servait jusqu'ici de référence pour le Hallstatt D3, la dernière étape du premier âge du Fer, mais placée au début de cette étape, vers 500 avant notre ère à dix ans près, sur la foi des vaisselles importées.

Les tessons attiques retrouvés au tamisage appartiennent notamment à une coupe de Droop, un type à figures noires daté vers 520 à 510. Joffroy puis Claude Rolley avaient accordé peu de poids aux petits objets celtiques locaux, pourtant les plus récents et les mieux datants. En les remettant au centre, l'étude place le décès **au moins en 470 avant notre ère**.

## Un manche de trois centimètres en fer, en or et en argent

Le tamisage a aussi rendu des fragments de bracelets en roche noire fossile, la sapropélite, un matériau semi-précieux prisé des élites de l'âge du Fer. Bertrand Ligouis, de l'université de Tübingen, en situe la provenance sur le rivage du Dorset. C'est exactement la source du brassard du prince de [la tombe princière de Lavau, dans l'Aube](https://www.inrap.fr/la-tombe-princiere-et-le-complexe-funeraire-monumental-de-lavau-zac-du-moutot-19965).

Plus surprenant, un manche d'ustensile de trois centimètres, en fer, orné d'ambre et de filets jaunes et blancs. Recouvert de corrosion, il ressemblait à un clou. Le sablage a révélé un scalptorium, un instrument de soin des cuticules. Les analyses de Maryse Blet-Lemarquand, à l'Iramat d'Orléans, montrent que les filets jaunes sont en or et les blancs en alliage d'argent et d'or. L'argent, rare alors, est justement le matériau principal de la phiale de Vix, la coupe cérémonielle déposée dans la tombe.

## La statuette du couvercle ne verse rien du tout

Le coup de théâtre tient dans un éclat de sept millimètres. En triant des centaines de restes de tôle plate, Bastien Dubuis a isolé un fragment portant de fines rainures parallèles : les doigts de la main gauche de la statuette qui trône au centre du couvercle du cratère. Le pouce, lui aussi manquant, a ensuite été retrouvé dans les réserves du musée.

Jusque-là, cette femme voilée était décrite comme une prêtresse faisant le geste de l'offrande, versant peut-être du vin. Une fois les doigts remontés, le constat change : les deux mains sont ouvertes et tendues, et ne tiennent rien. Le geste devient celui de la salutation, de l'accueil, ou du signal du départ. D'autres statuettes entouraient la scène, dont il ne reste que la trace des pieds.

Une pastille de corail d'un peu plus d'un centimètre, repérée dans un refus de tamis, s'emboîte dans les loges creusées au cœur des volutes des anses, vides depuis 1953. Ce serait la plus ancienne attestation de corail dans cette partie de la vallée de la Seine, arrivée avec le cratère lui-même, produit vers 540 avant notre ère. Placé de part et d'autre des têtes de gorgones, ce rouge évoque le sang pétrifié de Méduse.

Le détail de ces gains tient en quelques lignes :

Élément du dossierÉtat avant 2019Après le tamisageFibules8 exemplaires16 exemplairesDate du décèsVers 500 avant notre èreAu moins 470 avant notre èreFrise du cratèreUn bas de pattes de quadrige manquantFrise complèteMain gauche de la statuetteAbsente, geste d'offrande supposéDoigts et pouce remontés, mains videsLoges des ansesVides, matériau indéterminéPastille de corail d'environ un centimètre

## Une relecture solide, des interprétations encore ouvertes

Deux limites tempèrent l'enthousiasme. La première tient au matériau : les remblais de 1953, mélangés aux terres de labour, sont contaminés. Le mobilier retrouvé ne dit plus rien de sa position d'origine, et tout le potentiel bioarchéologique de la tombe est perdu sans retour.

La seconde tient aux analyses chimiques. Les fragments attribués au cratère montrent de la poix, une résine chauffée, et du raisin noir, mais sans les marqueurs de fermentation qui signeraient du vin. Ces tessons ayant été lavés à grande eau pendant le tamisage, la fiabilité du résultat reste incertaine. À Lavau, où la question avait été anticipée, le laboratoire Nicolas Garnier a identifié poix, vin rouge et cire d'abeille.

L'origine du cratère n'est pas tranchée non plus : Stéphane Verger le rapproche d'un atelier de Poseidonia, en Grande Grèce, quand l'archéologue allemande Hilde Hiller penche pour l'Ionie du Nord, vers Phocée. De cette seconde piste découle une lecture avancée par Antoine Hermary, qui verrait dans la statuette la prêtresse Aristarchè donnant le signal du départ vers Marseille. Séduisant, mais invérifiable en l'état. Reste la certitude du réseau : les amphores à vin de Vix sont massaliotes, et la vallée de la Seine était déjà branchée sur la Méditerranée, comme le montre [l'atelier monétaire gaulois fouillé à Corent](https://lepointdujour.fr/sciences/7634-corent-atelier-monetaire-arvernes/). Ces relectures de données anciennes progressent vite, à l'image du [logiciel qui a révélé 100 000 kilomètres de routes romaines inconnues](https://lepointdujour.fr/actualite/6409-logiciel-revele-100-000-km-de-routes-romaines-jusqualors-inconnues-en-europe/).

La suite passera par les tombes voisines, à commencer par celle de Sainte-Colombe-sur-Seine. Pour suivre ces campagnes, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google reste le moyen le plus simple de retrouver nos articles.

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