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# Sous la calotte du Groenland, 1 943 vallées cartographiées dont un tiers inédites, et leur alignement rectiligne reste une énigme
**URL:** https://lepointdujour.fr/sciences/7876-groenland-vallees-socle-cartographie/
Date: 2026-09-28
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Un article paru dans Geophysical Research Letters déduit le relief caché des bosses que la glace dessine en surface au-dessus de lui.
Categories: Sciences et espace
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/01-groenland-vallees-socle-cartographie-scaled.jpg
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Reste à saisir comment un satellite laser arrive à décrire un paysage enfoui sous trois kilomètres de glace, et ce que ce relief annonce pour la suite.
Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [la carte du relief de l’Antarctique une fois la glace retirée](https://lepointdujour.fr/sciences/1159-la-carte-hallucinante-de-lantarctique-sans-glace-la-decouverte-de-secrets-geologiques-19032025/).
## Un réseau de 1 943 vallées cartographié sous la calotte du Groenland
L’observatoire de la Terre de la NASA a mis en ligne le 28 septembre 2026 [une nouvelle carte du socle rocheux qui dort sous la calotte du Groenland](https://science.nasa.gov/earth/earth-observatory/uncovering-the-valleys-hidden-below-greenlands-ice/). Elle accompagne un article conduit par l’agence américaine et signé par A. M. Chartrand et ses collègues, paru dans la revue Geophysical Research Letters sous le titre [A Vast Valley Network Beneath the Greenland Ice Sheet](https://doi.org/10.1029/2026GL122028).
La calotte groenlandaise couvre **1,7 million de kilomètres carrés**, soit environ trois fois la superficie de la France métropolitaine, et dépasse trois kilomètres d’épaisseur en son point le plus épais. Sous cette masse se cache un paysage qu’aucun œil humain n’a jamais vu directement.
En appliquant leur méthode, les chercheurs ont dessiné à la main **1 943 vallées sous-glaciaires**. Une vallée sous-glaciaire est simplement un creux du socle rocheux, comblé et recouvert par la glace. Beaucoup de ces creux se sont formés bien avant que la glace n’arrive, ce qui fait de cette carte un document sur l’histoire géologique de l’île autant qu’un outil de glaciologie.
## La glace de surface trahit le relief qu’elle recouvre
La technique porte le nom d’analyse des perturbations de l’écoulement de la glace. Le principe tient en une phrase : quand la glace s’écoule par-dessus une vallée ou une crête, le relief laisse une signature ténue à la surface, sous forme de bosses et de creux de quelques mètres. Les satellites mesurent cette surface avec une grande finesse, et les scientifiques remontent ensuite à la forme du paysage enseveli.
Un fjord du sud-est du Groenland photographié depuis l’avion P-3B de la NASA le 9 avril 2013, pendant une campagne de survol des glaciers. Crédit : NASA / Jim Yungel (domaine public)
Les mesures de surface viennent du satellite [ICESat-2 et de son instrument ATLAS](https://science.nasa.gov/mission/icesat-2/), un altimètre laser qui envoie des impulsions vers le sol et chronomètre leur retour pour en déduire l’altitude. Les données ont ensuite été confrontées à BedMachine Greenland, le jeu de données de référence sur le terrain caché sous la calotte, que ce travail vise justement à améliorer.
Autrement dit, la carte ne résulte pas d’un forage ni d’un sondage point par point. Elle résulte d’une déduction, nourrie par des millions de mesures d’altitude prises depuis l’orbite.
## Un tiers de ces vallées n’avait jamais été cartographié
Sur les 1 943 vallées relevées, **environ un tiers étaient inconnues**. Le deuxième résultat est peut-être plus parlant encore : la moitié environ des vallées déjà présentes dans BedMachine Greenland, surtout près des bords de la calotte, s’enfoncent en réalité beaucoup plus loin vers l’intérieur, parfois de plusieurs centaines de kilomètres.
Une partie de ce que montre la carte confirme ce que les géologues supposaient. Beaucoup de vallées démarrent dans les hautes terres du sud et de l’est, là où la calotte est censée s’être formée en premier. Près des hauteurs orientales apparaît une chaîne de montagnes enfouie, avec des vallées reliées entre elles et un relief qui se creuse en approchant de la côte.
Ces formes de type alpin pourraient avoir traversé sous la glace au moins le Pliocène, la période géologique qui s’achève il y a environ 2,6 millions d’années. La glace, dans ce cas, aurait moins rasé le paysage qu’elle ne l’aurait protégé.
## Des tracés rectilignes qui posent une énigme
D’autres traits de la carte se laissent moins bien expliquer. Dans le centre-ouest de l’île, l’analyse fait apparaître de nombreuses vallées longues, droites et toutes orientées du sud-ouest vers le nord-est. Une telle régularité suggère une influence tectonique, c’est-à-dire des fractures anciennes du socle qui auraient offert à l’eau des chemins préférentiels.
Joe MacGregor, spécialiste de la cryosphère à la NASA et coauteur de l’étude, présente ce point comme une énigme pour l’équipe. Il rappelle que le Groenland est d’ordinaire traité comme un bloc rigide de roche ancienne, déplacé en bloc au gré des mouvements des plaques voisines, et non comme un terrain travaillé de l’intérieur.
Un second indice pousse dans une autre direction. L’angle auquel les vallées se ramifient est plutôt large, ce qui ne ressemble pas au travail de la seule eau de surface. Les auteurs penchent pour un réseau d’eau souterraine étendu, remontant vers le haut et rongeant la roche autour de lui, avant même que la calotte existe.
Les ordres de grandeur publiés par la NASA tiennent en quelques lignes :
Ce que décrit la carteChiffre publiéCe qu’il faut en retenirSurface de la calotte groenlandaise1,7 million de km²Environ trois fois la France métropolitaineÉpaisseur maximale de la glacePlus de 3 kilomètresLe socle reste inaccessible à l’observation directeVallées sous-glaciaires relevées1 943Tracé manuel, à partir de la surface de la glacePart de vallées inéditesEnviron un tiersSoit quelques centaines de creux nouveauxVallées de BedMachine prolongéesEnviron la moitiéJusqu’à plusieurs centaines de kilomètres vers l’intérieur
## Pourquoi les vallées commandent l’écoulement de la glace
L’intérêt de cette carte ne tient pas seulement au passé. La glace ne s’écoule pas uniformément : elle se concentre dans les vallées, où elle forme des glaciers qui finissent par vêler dans les fjords, ces bras de mer creusés dans la roche par l’action glaciaire. Le mécanisme s’auto-entretient, puisqu’une glace canalisée devient plus épaisse, qu’une glace plus épaisse s’écoule plus vite, et qu’un écoulement plus rapide creuse davantage la vallée.
Le résultat se lit sur la côte occidentale, que Joe MacGregor compare à un paysage de Yosemite répété à l’infini, parois après parois. La question suivante est celle du stock de glace lui-même, et notre article de fond sur [les icebergs géants qui dérivaient autrefois au large de l’Europe](https://lepointdujour.fr/sciences/1572-des-icebergs-titanesques-a-la-derive-au-large-de-l-europe-une-plongee-dans-le-passe-glaciaire-01052025/) montre à quoi ressemble la suite du voyage, une fois la glace détachée.
Pour l’avenir, le raisonnement des auteurs est simple. Si la calotte recule, l’écoulement continuera de se concentrer là où les vallées existent déjà. Mieux connaître ces chemins aujourd’hui, c’est se donner une idée du visage de l’île dans plusieurs décennies, quand l’accélération de la glace aura gagné l’intérieur des terres.
## Une carte déduite, et non une mesure directe
Deux limites méritent d’être gardées en tête. La première tient à la méthode : le relief est inféré à partir de la surface, non mesuré sous la glace, et la NASA présente ce travail comme une contribution destinée à améliorer les futures versions de BedMachine Greenland, pas comme leur remplacement. La seconde tient à l’interprétation : l’influence tectonique évoquée pour les vallées rectilignes du centre-ouest reste une piste, pas une démonstration.
L’agence ne publie pas non plus la profondeur ni la largeur de ces vallées, ni la marge d’erreur de leur tracé. Sur ces points, il faudra attendre les prochaines versions de la carte et les mesures radar qui viendront la confronter au terrain. Le satellite qui observe la Terre depuis l’orbite reste un outil jeune pour ce type de question, comme le rappelle [la mission FLEX lancée le 15 septembre pour mesurer la lueur des plantes](https://lepointdujour.fr/sciences/7432-flex-sentinel-3c-fluorescence-vegetation/).
Pour suivre les prochaines versions de cette carte du socle groenlandais, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google reste le moyen le plus simple de retrouver nos articles.
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