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# À Yellowstone, les loups revenus en 1995 sont crédités d'une hausse de 1 500 % du volume des saules, un chiffre que des écologues jugent gonflé
**URL:** https://lepointdujour.fr/sciences/7846-loups-yellowstone-cascade-trophique/
Date: 2026-09-28
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: 31 loups venus du Canada relâchés à Yellowstone en 1995 et 1996 : une étude de 2025 leur attribue l'essor des saules, contesté par ses critiques.
Categories: Sciences et espace
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/loups-yellowstone-cascade-trophique-scaled.jpg
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Des wapitis aux castors, le retour des loups dans le parc américain est devenu un cas d'école, et les écologues se disputent encore sur la force réelle de son effet.
En 1995, quatorze loups capturés au Canada passent dix semaines dans des enclos d'acclimatation installés au cœur de Yellowstone, avant d'être rendus à la vie sauvage. L'espèce avait été éliminée du parc depuis des décennies. Trente ans plus tard, cette poignée d'animaux reste l'un des dossiers les plus disputés de l'écologie.
## Loups de Yellowstone : 14 en 1995, 17 en 1996, 41 au total
Le rapport biennal du Yellowstone Wolf Project pour 1995 et 1996 donne les chiffres exacts : 14 loups en 1995, puis 17 en 1996, capturés au Canada, placés dans des enclos (trois la première année, quatre la seconde) puis libérés en douceur. Selon le [National Park Service](https://www.nps.gov/articles/wolf-restoration-in-yellowstone-reintroduction-to-recovery.htm), 41 loups au total ont été relâchés à Yellowstone : 14 venus d'Alberta, 17 de Colombie-Britannique et 10 du nord-ouest du Montana, ces derniers en 1997.
Des louves ont mis bas dès la première année dans les enclos, et la population a grimpé plus vite que prévu :
- un pic d'environ 174 loups répartis en 16 meutes, à la fin de la phase de colonisation, vers 2008 ;
- une stabilisation autour d'une centaine de loups en une dizaine de meutes les années suivantes ;
- 108 loups en neuf meutes fin décembre 2024, d'après le rapport annuel 2024 du parc ;
- 84 loups en huit meutes fin 2025, selon le décompte officiel communiqué par Dan Stahler, biologiste responsable du projet, et repris par l'International Wolf Center.
## Des wapitis bien moins nombreux, pour plusieurs raisons
En janvier 1994, les gestionnaires ont compté un record de 19 045 wapitis dans le troupeau du nord du parc. En 2013, il n'en restait que 3 915 au décompte. En mars 2024, un comptage par hélicoptère en a relevé 5 597, un chiffre sous-estimé selon le parc, comme tout recensement aérien.
Les loups ne sont pas les seuls responsables. Une synthèse du parc signée Daniel MacNulty, Daniel Stahler et leurs collègues liste les causes du recul :
- la prédation des loups, qui tuent de 18 à 22 wapitis par loup et par an selon la fiche du parc ;
- les ours grizzlis et noirs, dont la part dans la mortalité des faons est passée de 23 % (1987-1990) à jusqu'à 60 % (2003-2005) ;
- les pumas revenus dans le parc, estimés entre 34 et 42 dans le nord de Yellowstone entre 2014 et 2017 ;
- la chasse, avec une saison tardive hors du parc qui a prélevé entre 940 et 2 465 wapitis par an de 1995 à 2002 ;
- la rigueur des hivers.
Le parc résume l'époque en une phrase : avec davantage de carnivores, et d'autres facteurs, les wapitis ont reculé et les bisons ont augmenté. Or les bisons broutent eux aussi les saules.
## Saules, trembles et castors : ce que mesurent les partisans de la cascade
La « cascade trophique » désigne l'effet indirect d'un prédateur sur les plantes : moins d'herbivores, ou des herbivores plus mobiles, laissent repousser jeunes trembles et saules des bords de ruisseaux.
Un bison broute des saules près de Pebble Creek, en mars 2013 : les bisons, en hausse, pèsent aussi sur la végétation des berges. Crédit : NPS/Jim Peaco, domaine public, via Wikimedia Commons.
En février 2025, William Ripple, de l'université d'État de l'Oregon, Robert Beschta et trois coauteurs ont publié dans Global Ecology and Conservation une analyse de données de 25 sites riverains suivis de 2001 à 2020. Leur résultat, présenté [dans le communiqué de l'université](https://phys.org/news/2025-02-predators-ecosystems-yellowstone-wolves-carnivores.html) : une hausse de 1 500 % du volume des houppiers de saules dans le nord du parc, un effet plus fort que 82 % des cascades trophiques recensées dans le monde. Ils l'attribuent à la restauration de l'ensemble des grands carnivores, loups, pumas et ours, et à d'autres facteurs.
Les castors, qui se nourrissent de saules et bâtissent leurs barrages avec, sont l'autre indice. Le National Park Service a compté 49 colonies dans tout le parc lors du premier survol aérien, en 1996, puis 127 en 2007. Depuis, les relevés oscillent entre 51 (2017) et 121 colonies (2024), un retour que le parc lie probablement à la reprise des saules. Leurs barrages remontent la nappe, un mécanisme détaillé dans notre article sur [les réserves d'eau créées par les barrages de castors](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/7744-barrages-castors-reserves-eau-secheresse/).
## Pourquoi d'autres chercheurs parlent de biais de mesure
La critique la plus ancienne porte sur l'échantillonnage. En 2022, Elaine Brice, Eric Larsen et Daniel MacNulty ont montré dans Ecology Letters que l'habitude de mesurer seulement les cinq plus grands jeunes trembles d'un bosquet surestimait la régénération d'un facteur 4 à 7 par rapport à un tirage au hasard.
L'étude sur les saules de 2025 a reçu une réponse du même type. Dans un commentaire publié en 2025 par la même revue, MacNulty, David Cooper et deux collègues relèvent [plusieurs failles de méthode](https://phys.org/news/2025-10-strong-yellowstone-trophic-cascade-wolf.html) :
- la hauteur des saules sert à la fois à calculer leur volume et à le prédire, ce qui rend la relation mécaniquement forte ;
- le modèle hauteur-volume est appliqué à des arbustes très broutés, à la forme déformée ;
- les parcelles de 2001 et de 2020 ne correspondent en grande partie pas entre elles ;
- les comparaisons mondiales supposent un écosystème à l'équilibre, ce que Yellowstone n'est pas.
Ripple, Beschta et Luke Painter ont répliqué en 2026 qu'un calcul corrigé confirme une cascade forte.
Tom Hobbs, de l'université d'État du Colorado, et ses collègues ont mené [une expérience de 20 ans](https://phys.org/news/2024-02-apex-predators-quick-ecosystems-year.html) sur le nord du parc, publiée en 2024 dans Ecological Monographs : des clôtures contre le broutage croisées avec de faux barrages de castors. Les saules n'ont atteint les hauteurs attendues d'un milieu restauré qu'avec les deux à la fois, moins de broutage et une nappe relevée. Les saules témoins ressemblaient à ceux de 21 sites tirés au hasard. Pour les auteurs, les berges ne sont pas restaurées : sans castors pendant près d'un siècle, les ruisseaux se sont enfoncés et les racines des saules ont perdu la nappe.
Le tableau ci-dessous rassemble les chiffres clés cités dans cet article :
IndicateurValeurSource
Loups relâchés à Yellowstone14 (1995), 17 (1996), 10 (1997)Yellowstone Wolf Project, NPS
Loups dans le parc108 fin 2024, 84 fin 2025NPS, International Wolf Center
Wapitis du nord du parc19 045 en 1994, 3 915 en 2013NPS
Colonies de castors49 en 1996, 121 en 2024NPS
Volume des saules, 2001-2020+1 500 % (contesté)Ripple et al., 2025
Surestimation des trembles par les 5 plus grandsfacteur 4 à 7Brice et al., 2022
## Ce que l'histoire des loups de Yellowstone ne dit pas encore
Même les travaux les plus critiques, comme ceux de Brice et MacNulty, décrivent des signes de cascade trophique à Yellowstone. Le désaccord porte sur sa force, sa rapidité et son étendue, l'équipe de Hobbs jugeant que les berges, elles, ne sont pas restaurées. Plusieurs questions restent ouvertes.
L'« écologie de la peur », l'idée que les wapitis évitent les zones risquées et laissent ainsi repousser les berges, a été discutée dès les années 2010. En 2014, dans le New York Times, l'écologue Arthur Middleton estimait que les wapitis sont plus coriaces, et Yellowstone plus complexe, qu'on ne l'avait cru, en citant les ours, la chasse et la sécheresse.
La part de chaque prédateur reste difficile à isoler, puisque loups, pumas et grizzlis sont revenus pendant que la chasse évoluait. Et la crue historique de 2022 a bouleversé des colonies de castors dans le nord.
Enfin, l'idée popularisée par une vidéo virale, des loups qui auraient changé le cours des rivières, dépasse de loin les données : l'effet mesuré est local, variable, et dépend autant de l'eau et des castors que des loups.
## Questions fréquentes
### Combien de loups ont été réintroduits à Yellowstone ?
Quatorze loups en 1995 et dix-sept en 1996, capturés au Canada. Dix loups du nord-ouest du Montana ont suivi en 1997, soit 41 animaux relâchés dans le parc au total.
### Combien de loups vivent aujourd'hui dans le parc ?
Le décompte officiel de fin 2025 donne 84 loups répartis en huit meutes, contre 108 loups en neuf meutes fin 2024.
### Les loups ont-ils vraiment fait revenir les castors ?
Les colonies de castors sont passées de 49 en 1996 à 121 en 2024 dans tout le parc. Le National Park Service relie cette hausse à la reprise des saules, mais n'en fait pas un effet direct des seuls loups.
### Pourquoi le chiffre de 1 500 % est-il contesté ?
Ses critiques reprochent à l'étude de calculer le volume des saules à partir de leur hauteur, puis de le prédire par cette même hauteur, et de comparer des parcelles différentes en 2001 et en 2020.
### Les wapitis ont-ils diminué uniquement à cause des loups ?
Non. Les ours, les pumas, la chasse hors du parc et les hivers rigoureux ont aussi pesé, les ours tuant jusqu'à 60 % des faons au milieu des années 2000.
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