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# Depuis 747 kilomètres, le radar NISAR a suivi en dix-sept images la lave du Krasheninnikov, volcan russe muet depuis environ 1550

**URL:** https://lepointdujour.fr/sciences/7838-nisar-radar-volcan-kamtchatka/
Date: 2026-09-28
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: La NASA a publié le 24 septembre une animation radar montrant la coulée sortie du cratère nord entre décembre 2025 et le mois d’août 2026.
Categories: Sciences et espace
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/03-nisar-radar-volcan-kamtchatka-scaled.jpg
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Reste à saisir ce qu’un radar voit d’une éruption que les caméras optiques auraient manquée la plupart du temps.

Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [le satellite FLEX, qui doit mesurer depuis 814 kilomètres une lueur invisible émise par les plantes](https://lepointdujour.fr/sciences/7432-flex-sentinel-3c-fluorescence-vegetation/).

## NISAR a suivi pendant huit mois une éruption du Kamtchatka

Le 24 septembre 2026, la NASA a mis en ligne [une animation construite à partir des données du satellite NISAR](https://www.nasa.gov/missions/nisar/us-india-satellite-captures-time-lapse-video-of-volcanic-eruption/). Elle assemble **dix-sept images radar** prises entre décembre 2025 et la mi-août 2026 au-dessus du Krasheninnikov, une paire de volcans de la péninsule du Kamtchatka, dans l’Extrême-Orient russe.

La séquence montre la lave remplir la caldeira intérieure du cône nord, déborder dans un cratère plus large, puis s’étaler vers l’est en éventail. Une seconde coulée part vers le nord-ouest. Sur les images, le champ de lave apparaît plus clair que les surfaces qui l’entourent, parce qu’une roche fraîche et rugueuse renvoie davantage de signal radar qu’un sol lisse ou enneigé.

NISAR est un satellite commun à la NASA et à l’agence spatiale indienne ISRO. Son nom est l’abréviation de radar à synthèse d’ouverture NASA-ISRO. Il a été lancé le 30 juillet 2025 depuis le centre spatial Satish Dhawan, en Inde, et travaille à **747 kilomètres d’altitude**. Ses données sont devenues exploitables à partir du 25 décembre 2025, ce qui explique que l’animation commence à cette date.

## Un radar fabrique sa propre lumière

La différence avec un satellite d’observation classique tient à la source d’éclairage. Un capteur optique enregistre la lumière du Soleil réfléchie par le sol : il lui faut du jour et un ciel dégagé. Un radar, lui, envoie ses propres impulsions dans le domaine des micro-ondes et mesure l’écho qui revient. Il travaille donc de nuit comme de jour, et à travers les nuages.

Le Kamtchatka est précisément l’un des endroits où cette différence compte. La péninsule est couverte de nuages une grande partie de l’année et les journées d’hiver y sont courtes. Une éruption longue de plusieurs mois y serait, en optique, une suite de trous dans le suivi.

La synthèse d’ouverture désigne une astuce de calcul. Une antenne de douze mètres ne suffirait pas à distinguer des détails de dix mètres depuis l’orbite. Mais comme le satellite avance, les échos successifs peuvent être combinés comme s’ils venaient d’une antenne bien plus longue. C’est ce traitement, et non la taille réelle de l’antenne, qui donne la finesse des images.

## Un volcan réveillé après près de cinq siècles

Le Krasheninnikov n’était pas entré en éruption depuis environ 1550, selon la NASA. Il s’est réveillé quelques jours après le séisme de magnitude 8,8 survenu le 30 juillet 2025 au large du Kamtchatka, le même jour que le lancement de NISAR. L’agence relève la proximité des deux faits sans en tirer de mécanisme établi.

![Volcans enneigés d’une péninsule côtière vus de haut, avec un cône régulier au centre et la mer sombre à gauche](https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/03-nisar-radar-volcan-kamtchatka-photo2.jpg)Les stratovolcans de la péninsule du Kamtchatka photographiés depuis la Station spatiale internationale en novembre 2010, avec le cône du Kronotski au centre. Crédit : NASA/équipage de l’Expédition 25 (domaine public)
Cette péninsule compte parmi les régions volcaniques les plus actives de la planète, mais aussi parmi les moins peuplées et les moins équipées en capteurs au sol. Poser et entretenir des instruments sur un cône enneigé, loin de toute route, coûte cher et reste dangereux. L’observation depuis l’orbite comble une partie de ce vide.

Pour Matthew Pritchard, géophysicien à l’université Cornell et membre de l’équipe scientifique de la mission, c’est la régularité du passage qui fait la valeur de l’exercice. Il souligne que des volcans du monde entier se trouvent désormais observés comme ils ne l’avaient jamais été, y compris ceux qu’aucun réseau local ne surveille.

## Deux passages tous les douze jours, dans deux directions

Le satellite survole chaque point des terres émergées et des glaces deux fois tous les douze jours, une fois en remontant du sud vers le nord, une fois en redescendant. Cette double vue compte autant que la répétition : un même relief éclairé sous deux angles opposés ne renvoie pas le même signal, ce qui aide à séparer ce qui a réellement changé de ce qui n’est qu’un effet de pente.

La comparaison de deux images radar du même lieu permet aussi de mesurer des déplacements du sol de quelques centimètres, voire moins. C’est cette capacité qui intéresse les volcanologues : un terrain qui gonfle avant une éruption signale une remontée de magma. La question qui vient ensuite est celle des autres usages du radar depuis l’orbite, et notre article de fond sur [la mission Biomass, qui doit peser les forêts depuis l’espace](https://lepointdujour.fr/actualite/1591-laudacieuse-mission-du-satellite-biomass-qui-va-peser-les-forets-02052025/), montre que ces ondes servent aussi à sonder ce que l’œil ne traverse pas.

Le principe s’étend au-delà du radar. Mesurer la Terre depuis l’orbite est devenu un domaine à part entière, comme le montre [le capteur quantique conçu par la NASA pour lire la gravité depuis l’espace](https://lepointdujour.fr/sciences/1498-ce-capteur-quantique-de-la-nasa-fait-tres-fort-pour-lire-la-gravite-depuis-lespace-une-revolution-scientifique-en-marche-27042025/).

## Ce que NISAR emporte, en cinq chiffres

Les caractéristiques publiées par la NASA expliquent à elles seules la nature des images obtenues :

CaractéristiqueValeurCe que cela permetAltitude747 kilomètresCouvrir presque toutes les terres émergées et les glacesRéflecteur d’antenne12 mètres déployés, 64 kilogrammesCapter un signal assez fin pour le traitementTaille d’un pixelenviron 10 mètres sur 10Distinguer une coulée de la pente voisineFréquence de passagedeux fois tous les douze joursComparer deux images du même lieuLongueurs d’onde24 centimètres et 9,4 centimètresVoir le sol sous le couvert végétal ou la végétation elle-même
Le réflecteur mérite une mention. D’après [la fiche publiée par le Jet Propulsion Laboratory](https://images.nasa.gov/details/PIA26612), ce tambour de toile métallique mesurait 0,6 mètre replié et s’est ouvert jusqu’à douze mètres en trente-sept minutes, le 15 août 2025, sous le contrôle conjoint des équipes de Pasadena et du réseau de l’ISRO à Bangalore. Il s’agit du plus grand réflecteur d’antenne radar jamais déployé dans l’espace par la NASA.

## Ce que l’image radar ne dit pas

Il faut lire ces images pour ce qu’elles sont. Une carte d’intensité radar montre où la surface a changé de rugosité, pas la température de la lave, ni son volume, ni sa composition. Les dix-sept vues publiées racontent une extension, pas un bilan de l’éruption.

Deux limites restent en suspens. La NASA ne donne ni la surface couverte par la coulée ni le débit mesuré, et la mission est encore jeune : la plupart des usages annoncés, du suivi des nappes d’eau souterraine à la fonte des calottes, reposent sur des séries qui n’existeront qu’après plusieurs années de passages. Les données de la bande de 24 centimètres sont diffusées par le centre d’archivage de l’Alaska, celles de la bande de 9,4 centimètres par le portail indien Bhoonidhi, et c’est leur accumulation qui fera la différence.

Pour suivre les prochaines images de cette mission, de l’éruption du Kamtchatka aux premiers relevés de déformation du sol, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google reste la façon la plus simple de retrouver nos articles.

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