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# Sous les cours de l’Hôtel-Dieu, un rempart gaulois conservé sur 20 mètres et daté entre 200 et 10 avant notre ère relance l’énigme de Lutèce

**URL:** https://lepointdujour.fr/sciences/7793-rempart-lutece-hotel-dieu-paris/
Date: 2026-09-27
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Le mur de pierre et de bois porte les traces d’un incendie, avec un fer de lance gaulois à son pied et des graines carbonisées à proximité.
Categories: Sciences et espace
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/03-rempart-lutece-hotel-dieu-paris-scaled.jpg
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Reste à comprendre pourquoi vingt mètres de maçonnerie brûlée suffisent à rouvrir un débat vieux de plus d’un siècle sur l’emplacement de la cité des Parisii.

Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [l’atelier monétaire gaulois de Corent et la fabrication de la monnaie arverne](https://lepointdujour.fr/sciences/7634-corent-atelier-monetaire-arvernes/).

## Un rempart gaulois mis au jour sous l’Hôtel-Dieu
Le 23 septembre 2026, l’Institut national de recherches archéologiques préventives et le ministère de la Culture ont annoncé la découverte d’un mur de pierre et de bois dans deux cours de l’Hôtel-Dieu, sur l’île de la Cité, à Paris. D’après [le communiqué de l’Inrap](https://www.inrap.fr/le-rempart-de-la-lutece-gauloise-retrouve-sous-l-hotel-dieu-ap-hp-paris-20946), ce **rempart gaulois** est conservé sur une vingtaine de mètres.

La fouille a commencé en février 2026. Elle est menée par le service archéologique de la Ville de Paris et l’Inrap, sous la responsabilité scientifique de David Couturier, avant la construction de deux nouveaux bâtiments hospitaliers par l’Assistance publique, Hôpitaux de Paris. Une fouille préventive de ce type est prescrite par l’État quand un chantier risque de détruire des vestiges : elle précède les travaux et ne les arrête pas.

Le mur a été dégagé au cours de l’été 2026. Mi-septembre, la commission territoriale de la recherche archéologique a validé un avis de découverte d’importance exceptionnelle, ce qui, dans le vocabulaire administratif, autorise des recherches complémentaires et protège le vestige le temps de l’étudier.

## Pierre et bois, la signature d’une fortification de la fin de l’âge du Fer
Ce qui frappe les spécialistes, c’est la technique. Le mur associe des blocs de pierre à des éléments de bois disposés à l’horizontale, une manière de bâtir caractéristique des fortifications gauloises de la fin de l’âge du Fer. Le principe est simple : une armature de poutres croisées, hourdie de terre et de pierres, absorbe les coups mieux qu’une maçonnerie rigide.

![Maquette en coupe d’un rempart gaulois montrant un parement de pierres et des poutres de bois horizontales enfouies dans un remblai](https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/03-rempart-lutece-hotel-dieu-paris-photo2.jpg)Maquette du murus gallicus de Lyon, qui montre l’imbrication des poutres horizontales et du parement de pierre. Crédit : Nicolas Hirsch, Service archéologique de la Ville de Lyon, CC BY-SA 4.0Derrière le mur, les archéologues ont repéré une plateforme de sables et de graviers rapportés, épaisse de près de deux mètres. Déplacer un tel volume de matériaux suppose un chantier organisé et une main-d’œuvre nombreuse, ce qui distingue un ouvrage collectif d’une simple clôture d’exploitation agricole.

La face extérieure du mur porte les traces d’un violent incendie. À proximité ont été retrouvés des graines carbonisées, indice d’un stockage, et les restes d’un bâtiment en bois brûlé. Au pied de la maçonnerie gisait un **fer de lance gaulois**.

## Ce que dit le carbone 14, et ce qu’il ne dit pas
Les datations obtenues au carbone 14 placent l’ensemble entre 200 et 10 avant notre ère. Cette méthode mesure la décroissance d’un isotope radioactif présent dans toute matière organique, ici les bois et les graines, et rend un intervalle plutôt qu’une date.

Deux siècles de fourchette, c’est beaucoup à l’échelle d’un événement militaire. L’intervalle recouvre plusieurs générations, et il ne permet pas à lui seul de rattacher la destruction du mur à un épisode précis. Les archéologues devront affiner la chronologie par l’étude du mobilier, des remblais et, si les bois le permettent, par la dendrochronologie, qui lit les cernes de croissance des arbres.

## Cinq observations, trois niveaux de certitude
Les éléments publiés par l’Inrap et le ministère de la Culture se répartissent entre mesures et hypothèses :

ÉlémentObservationStatutLe murConservé sur environ 20 mètres, pierre et bois horizontauxMesuréLa plateforme arrièreSables et graviers rapportés, près de 2 mètres d’épaisseurMesuréLa datationEntre 200 et 10 avant notre ère, au carbone 14Mesuré, fourchette largeL’incendieFace extérieure brûlée, bâtiment en bois ruiné, graines carboniséesObservéLe lien avec 52 avant notre èreRempart de l’oppidum de Lutèce détruit lors de la campagne de CésarHypothèse
## Une capitale des Parisii longtemps introuvable
L’enjeu dépasse un mur. Jules César décrit Lutèce comme une ville des Parisii installée sur une île de la Seine, et ses écrits situent en 52 avant notre ère l’affrontement qui aboutit à l’incendie des installations gauloises. Or, malgré des décennies de fouilles, aucun vestige de cette Lutèce gauloise n’avait été identifié avec certitude sur l’île de la Cité.

Le ministère de la Culture estime que l’ensemble ferait le lien, pour la première fois de manière aussi directe, entre le Paris d’aujourd’hui, le site antique et la cité décrite par César. « Nous sommes peut-être face à l’un des vestiges les plus importants jamais découverts pour comprendre la Lutèce gauloise », déclare Catherine Pégard, ministre de la Culture, dans [le communiqué du ministère](https://www.culture.gouv.fr/presse/communiques-de-presse/decouverte-archeologique-le-rempart-de-lutece-gauloise-retrouve-sous-l-hotel-dieu-ap-hp-a-paris). Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, y voit un rappel du « ralliement des Parisii à Vercingétorix ».

La question suivante est celle du territoire autour de cette île, et l’archéologie a montré ces dernières années qu’elle savait le reconstituer : un logiciel a ainsi permis de [révéler 100 000 kilomètres de routes romaines jusque-là inconnues en Europe](https://lepointdujour.fr/actualite/6409-logiciel-revele-100-000-km-de-routes-romaines-jusqualors-inconnues-en-europe/). Fouiller sous une ville habitée reste toutefois un exercice particulier, comparable à celui mené en Chine où [des archéologues ont révélé un réseau de tunnels sous une ville antique](https://lepointdujour.fr/sciences/6259-tunnels-geants-en-chine-des-archeologues-revelent-un-reseau-cache-sous-une-ville-antique/).

## La suite se jouera en laboratoire, pas sur le chantier
La direction régionale des affaires culturelles d’Île-de-France a émis une prescription complémentaire. Il s’agit d’établir la fonction exacte du mur, la chronologie de sa construction comme de son abandon, et d’explorer la plateforme ainsi que les éventuelles occupations sous-jacentes. [La Ville de Paris](https://www.paris.fr/pages/cette-decouverte-archeologique-exceptionnelle-pourrait-changer-l-histoire-de-paris-36514) annonce de son côté un moulage en vue d’une reconstitution, une documentation numérique par photogrammétrie et restitution en trois dimensions, puis la présentation d’une portion du rempart dans un musée parisien.

La prudence reste de mise sur le point qui intéresse le plus le public. Rien, à ce stade, ne relie formellement cet incendie à l’année 52 avant notre ère : la fourchette de datation est trop large, et un mur de bois et de terre peut brûler pour bien d’autres raisons qu’une guerre. Les institutions parlent d’hypothèse, pas de démonstration.

Deux inconnues resteront ouvertes un moment. La première est l’étendue réelle de l’ouvrage, puisque seuls une vingtaine de mètres ont été dégagés dans deux cours, sous un hôpital toujours en activité. La seconde tient au calendrier : les fouilles préventives sont liées au chantier hospitalier, et la surface accessible dépendra de ce que les travaux autorisent.

Pour suivre les prochaines étapes de ce dossier, de la datation fine du rempart jusqu’à la présentation publique du moulage, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google reste la façon la plus simple de retrouver nos articles.

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