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# Anne-Claire Le Berre prélèvera l’eau du large au retour de la Route du Rhum pour lire l’ADN du phytoplancton

**URL:** https://lepointdujour.fr/sciences/7788-phytoplancton-adn-environnemental-haute-mer/
Date: 2026-09-26
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: L’Ifremer et MerConcept testeront sur l’Ocean Fifty UpWind un préleveur allégé, dont les échantillons seront comparés à ceux de 2025.
Categories: Sciences et espace
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/02-phytoplancton-adn-environnemental-haute-mer-scaled.jpg
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Reste à comprendre ce qu’un bidon d’eau de mer ramené par un trimaran de course apprend qu’un satellite ne sait pas mesurer.

Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [comment vingt-cinq éléphants de mer ont révélé un océan Austral agité jusqu’à 500 mètres de profondeur](https://lepointdujour.fr/sciences/7696-elephants-mer-ocean-austral/).

## Le phytoplancton du large sera lu par son ADN
Le 24 septembre 2026, l’Ifremer a annoncé que la skippeuse Anne-Claire Le Berre réaliserait des prélèvements d’eau en haute mer lors de son convoyage retour de la Route du Rhum, Destination Guadeloupe, à bord de l’Ocean Fifty UpWind by MerConcept. Selon [le communiqué de l’institut](https://www.ifremer.fr/fr/presse/route-du-rhum-science-participative-prelevements-en-haute-mer-pour-mesurer-l-evolution-du), ces échantillons serviront à extraire de l’ADN environnemental pour évaluer la diversité du **phytoplancton**.

Le phytoplancton désigne les microalgues qui dérivent dans la couche éclairée de l’océan. Invisibles à l’œil nu prises une à une, elles se signalent en masse quand elles prolifèrent : l’eau change alors de couleur, en rouge, en brun ou en vert. Ces épisodes portent le nom de blooms, ou efflorescences.

L’ADN environnemental, souvent abrégé en ADNe, est l’ensemble des fragments génétiques qu’un organisme laisse derrière lui dans son milieu. Filtrer quelques litres d’eau, puis séquencer ce qui reste sur le filtre, revient à établir la liste des espèces présentes sans en attraper une seule.

## Un préleveur taillé pour un trimaran de course
Le matériel scientifique embarqué sur un bateau de course n’a rien d’anodin : chaque kilo compte et chaque geste prend du temps sur le pont. L’Ifremer et MerConcept ont donc mis au point ensemble un dispositif de prélèvement plus léger, pensé pour les contraintes de la course au large, et cette campagne sera sa première utilisation à bord de l’Ocean Fifty.

![Personne en blouse blanche observant un échantillon au microscope relié à une caméra et à un écran, dans un laboratoire carrelé](https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/02-phytoplancton-adn-environnemental-haute-mer-photo2.jpg)L’observation et le comptage du phytoplancton au laboratoire côtier de l’Ifremer à Concarneau, après fixation des échantillons. Crédit : Gregory Rocher, Ifremer, CC BY 4.0« Nos bateaux naviguent dans des zones rarement accessibles aux scientifiques », résume Pauline Gérardin, chargée de projet RSE chez MerConcept. Le projet UpWind by MerConcept est porté par son partenaire fondateur 11th Hour Racing.

L’intérêt est d’abord géographique. Les stations côtières de l’Ifremer surveillent des points fixes, à quelques milles du rivage. Un convoyage transatlantique traverse au contraire des milliers de kilomètres de plein océan, là où aucun laboratoire n’a de bouée.

Un convoyage retour est le trajet de rapatriement du bateau une fois la course terminée, sans classement ni chronomètre. Le rythme y est moins tendu qu’en régate, ce qui laisse le temps de manipuler des flacons, de noter une position et une heure, et de conserver correctement les échantillons jusqu’au port.

## Ce que le satellite voit, et ce qu’il ne dit pas
Les efflorescences sont déjà cartographiées, par les satellites qui mesurent la couleur de l’eau et par les signalements de promeneurs. Ce suivi optique, rappelle l’institut, ne montre que la partie émergée de l’iceberg : il dit où l’eau change de teinte, pas quelles espèces la colorent.

Concrètement, la teinte perçue depuis l’orbite tient aux pigments des microalgues, pas à leur identité. Deux espèces très différentes peuvent colorer l’eau de la même façon, et seule l’analyse en laboratoire permet de les séparer. C’est aussi pour cela que les efflorescences se ressemblent sur une carte alors que leurs conséquences écologiques varient beaucoup.

C’est la limite que l’ADNe doit lever. En couplant l’image macroscopique du bloom à la liste génétique des microalgues qui le composent, les chercheurs espèrent relier ce que l’on voit depuis l’espace à ce qui se passe réellement dans quelques millilitres d’eau.

« Les données récoltées en haute mer vont nous permettre d’étendre nos recherches bien au-delà de notre zone d’observation littorale habituelle », explique Jean-Côme Piquet, coordinateur du projet Phenomer et responsable de la station Ifremer de Concarneau.

## Phenomer, un réseau de signalements depuis 2013
Ces prélèvements viennent nourrir un programme de sciences participatives déjà ancien, dont [le site public](https://www.phenomer.org/) affiche les compteurs :

IndicateurValeurCe qu’il recouvreLancement du projet2013Signalements citoyens d’eaux coloréesSignalements enregistrés502Épisodes rapportés par l’applicationPersonnes inscrites627Observateurs volontairesRelais locaux146Structures qui sensibilisent sur le terrainPart du planctonPrès de 90 %De la biomasse marine, selon le rapport cité par l’IfremerPhenomer est porté par l’Ifremer avec Nantes Université, soutenu par la SNSM et le ministère de la Transition écologique, et financé par l’Union européenne. Le même site rappelle que le phytoplancton produit la moitié de l’oxygène que nous respirons et constitue la base des chaînes alimentaires marines.

## Deux transats à comparer, un climat entre les deux
La campagne de 2026 n’est pas la première. En 2025, des prélèvements avaient déjà été réalisés lors du convoyage retour de la Transat Café L’Or. Disposer de deux jeux d’échantillons pris au même endroit à un an d’intervalle permet de tenter une comparaison, ce que l’institut présente comme l’occasion d’analyser l’effet d’une année climatique **particulièrement anormale** sur la composition des communautés planctoniques.

Comprendre qui vit dans ces eaux reste un chantier immense : la question suivante est celle de l’inventaire global, et elle est loin d’être réglée, comme le montre le constat que [91 % des espèces marines restent inconnues](https://lepointdujour.fr/sciences/6238-abysses-oceaniques-91-des-especes-marines-restent-inconnues-et-posent-un-defi-cle-pour-la-protection-en-haute-mer/). Les surprises ne manquent pas non plus dans la circulation elle-même, où [une anomalie océanique a déjà remis en cause un siècle de certitudes](https://lepointdujour.fr/actualite/1578-une-anomalie-oceanique-remet-en-question-un-siecle-de-certitudes-scientifiques-02052025/).

Un volet pédagogique accompagne l’opération. Le 1er octobre 2026, les équipes d’UpWind by MerConcept et de l’Ifremer de Concarneau recevront deux classes de primaire pour montrer comment se font les prélèvements et faire observer au microscope ce plancton habituellement invisible.

## Quelques flacons ne font pas une série statistique
Il faut garder la mesure de ce que ces échantillons pourront dire. Un convoyage fournit des prélèvements ponctuels, sur une route et à une saison données, quand la description d’un écosystème demande des séries répétées. La comparaison annoncée entre 2025 et 2026 porte sur deux campagnes, pas sur une chronique longue.

L’institut ne communique d’ailleurs ni le nombre d’échantillons prévus, ni le calendrier des analyses, ni la date de publication des premiers résultats. Ce qui est acquis à ce stade tient à l’outil : un préleveur assez léger pour tenir sur un trimaran de course, et des marins prêts à s’en servir. Le reste viendra des laboratoires.

Pour suivre la suite de cette campagne, du convoyage retour jusqu’aux premières analyses génétiques, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google reste le moyen le plus simple de retrouver nos articles.

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