Rallumé le 18 septembre après cinq mois d’arrêt, le troisième télescope de l’observatoire Swift travaille à 325 kilomètres, pour quelques semaines

Le télescope à sursauts gamma a repris ses détections le 18 septembre et ses pointages automatiques le 21, cinq mois après avoir été éteint.

Dossier : Sciences et espace

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Reste à comprendre pourquoi cette remise en service, techniquement réussie, ramène la mission à quelques semaines de son point de rupture.

Pour aller plus loin, lire notre article dédié : ce que le télescope XRISM a vu d’un pulsar avalant le vent d’une étoile géante.

L’observatoire Swift a rallumé son télescope à sursauts gamma

Le 25 septembre 2026, la NASA a annoncé que l’observatoire Swift avait remis en service son troisième instrument scientifique, le Burst Alert Telescope. D’après la note publiée par l’agence américaine, l’appareil a été recalibré et détectait de nouveau des rayons gamma le 18 septembre. Trois jours plus tard, le 21 septembre, les contrôleurs ont autorisé le satellite à repointer seul ses deux autres télescopes vers les éclairs qu’il repère.

Les rayons gamma sont la forme de lumière la plus énergétique. Le Burst Alert Telescope surveille 16 % du ciel à la fois, ce qui en fait la sentinelle du satellite : il ne fabrique pas de belles images, il déclenche l’alerte. C’est ce déclenchement qui manquait depuis le printemps.

Le mode de travail habituel de la mission tient en une phrase. L’équipe de vol, installée à l’université d’État de Pennsylvanie, à University Park, envoie chaque jour un plan d’observation. Quand le Burst Alert Telescope repère un sursaut, Swift interrompt ce plan et braque son télescope ultraviolet et visible puis son télescope à rayons X sur le point du ciel concerné. Cette bascule automatique porte un nom technique, le slew, et c’est elle qui vient de reprendre.

Une extinction volontaire pour gagner du temps

L’instrument n’était pas en panne. Il avait été éteint en avril 2026 pour réduire la consommation électrique du satellite, afin que les panneaux solaires puissent être orientés dans la position qui freine le moins l’engin. Un satellite en orbite basse traverse encore quelques molécules d’atmosphère, et cette traînée le fait descendre, d’autant plus vite que sa surface exposée est grande.

Traînée blanche d’une fusée en ascension dans un ciel bleu voilé, au-dessus d’un pas de tir
Le lancement de Swift depuis le complexe 17A de Cape Canaveral, le 20 novembre 2004, à bord d’une fusée Delta II. Crédit : NASA/KSC (domaine public)

Le renoncement avait commencé plus tôt. Dès décembre 2025, l’équipe scientifique a remplacé environ un quart des cibles prévues par des points du ciel qui plaçaient le satellite dans une position moins pénalisante. En février 2026, elle est passée entièrement à cette méthode, ce qui revenait à supprimer les pointages déclenchés par les sursauts. Autrement dit, Swift observait encore, mais il avait cessé de faire ce pour quoi il avait été conçu : réagir en quelques dizaines de secondes.

Le rehaussement d’orbite qui n’a pas eu lieu

Toutes ces économies visaient un rendez-vous. La NASA avait confié à l’entreprise Katalyst Space le soin de remonter Swift à une altitude plus confortable, avec un engin de service robotisé baptisé LINK. L’opération a été ramenée à un simple essai technique en raison de problèmes de contrôle d’attitude sur LINK, c’est-à-dire de maîtrise de son orientation dans l’espace.

Katalyst a tout de même exploité le vaisseau. Selon le point d’étape publié le 4 septembre, l’entreprise a relevé l’orbite de LINK pour l’aligner sur celle de Swift, déployé ses trois bras robotisés et allumé simultanément ses trois propulseurs électriques au xénon. LINK s’est approché jusqu’à 12 à 15 kilomètres du télescope, distance qui restera la plus courte de sa mission, avant une rentrée dans l’atmosphère attendue deux à trois semaines plus tard.

Sans ce coup de pouce, la mécanique orbitale reprend ses droits. Swift a recommencé à collecter des données en août, puis à observer normalement en septembre, et sa chute s’est accélérée d’autant.

Neuf mois de décisions résumés en six dates

La chronologie publiée par la NASA tient en quelques étapes, chacune motivée par le même calcul entre science et altitude :

Date Décision ou événement Effet recherché
Décembre 2025 Un quart des cibles remplacées par des pointages moins freinants Ralentir la descente
Février 2026 Bascule complète, fin des pointages déclenchés par les sursauts Gagner des semaines d’orbite
Avril 2026 Extinction du Burst Alert Telescope Réduire la consommation électrique
Août 2026 Reprise de la collecte de données Retour à la science
18 septembre 2026 Le Burst Alert Telescope détecte de nouveau des rayons gamma Instrument recalibré
21 septembre 2026 Retour des pointages automatiques Swift peut de nouveau interrompre son plan

Vingt-cinq kilomètres qui décident de la suite

Le satellite se trouve aujourd’hui à environ 325 kilomètres d’altitude, soit l’équivalent d’un Paris-Dijon posé à la verticale. En dessous de 300 kilomètres, prévient la NASA, la conduite de l’engin devient nettement plus difficile et les observations scientifiques cesseront vraisemblablement. L’équipe situe le franchissement de ce seuil entre le début et le milieu du mois d’octobre.

Vingt-cinq kilomètres séparent donc la mission de son arrêt probable, et ils se consomment en quelques semaines seulement. Plus l’engin descend, plus l’air résiduel est dense, et plus la chute s’accélère : la courbe n’est pas une pente régulière mais un effondrement progressif.

La question qui vient ensuite est celle du ciel qu’il faudra continuer de surveiller sans lui. Les grandes explosions cosmiques ne préviennent pas, comme l’a montré une gigantesque libération d’énergie repérée depuis un endroit inattendu de l’Univers, et l’orbite basse est déjà un environnement encombré, peuplé par les 130 millions de débris qui gravitent autour de la Terre.

Vingt-deux ans de veille, pour une mission prévue pour deux

Swift n’est pas un satellite récent. La fiche de mission de la NASA rappelle qu’il a été lancé le 20 novembre 2004 et qu’il embarque trois télescopes travaillant dans le visible, l’ultraviolet, les rayons X et les rayons gamma. Au départ, l’agence tablait sur deux ans d’activité et sur l’observation de plus de deux cents sursauts gamma.

Ces sursauts sont les explosions les plus puissantes connues dans l’Univers. Ils durent de quelques millisecondes à quelques minutes, et leur lueur résiduelle, l’afterglow, s’éteint très vite : sans réaction immédiate, il ne reste rien à mesurer. C’est précisément cette réactivité qui a fait la réputation de la mission, rebaptisée en l’honneur de l’astrophysicien Neil Gehrels, et qui explique que l’agence ait tenu à rallumer l’instrument même tardivement.

Une remise en marche qui ne rallonge pas la mission

Il faut mesurer ce qui vient d’être obtenu. Le retour du Burst Alert Telescope et des pointages automatiques rend à Swift sa fonction d’alerte, mais ne change rien à sa trajectoire. La NASA le dit sans détour : la reprise des observations a relancé la descente du satellite. La mission a donc récupéré sa pleine capacité au moment précis où elle en perd l’usage.

Deux inconnues subsistent. La date exacte du franchissement des 300 kilomètres dépend de l’activité solaire, qui gonfle ou contracte la haute atmosphère, et l’agence ne donne qu’une fourchette. Et aucune autre solution de rehaussement n’est annoncée après la réduction de la démonstration de Katalyst. Tant que ces deux points ne sont pas tranchés, chaque sursaut capté par Swift relève du sursis.

Pour suivre les prochaines étapes de cette mission, du franchissement du seuil des 300 kilomètres jusqu’à la rentrée du satellite, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google reste la façon la plus simple de retrouver nos articles.

Crédit photo © LePointDuJour

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