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# Avec deux récepteurs modélisés par IA, INRAE a deviné la phéromone de la noctuelle du lys avant de la trouver

**URL:** https://lepointdujour.fr/sciences/7735-noctuelle-lys-pheromone-recepteurs/
Date: 2026-09-25
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Publiée le 21 septembre dans BMC Biology, l’étude remonte de l’odorat du mâle jusqu’à la molécule émise par la femelle, jamais identifiée.
Categories: Sciences et espace
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/02-noctuelle-lys-pheromone-recepteurs-scaled.jpg
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Reste à comprendre pourquoi cette inversion de méthode intéresse autant les spécialistes de la protection des cultures que les généticiens.

Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [l’intelligence artificielle appliquée au décodage de la communication animale](https://lepointdujour.fr/actualite/1783-l-intelligence-artificielle-au-service-de-la-communication-animale-le-reve-devient-accessible-14052025/).

## La noctuelle du lys a livré sa phéromone sexuelle à une équipe d’INRAE
Le 21 septembre 2026, INRAE a annoncé l’identification de la phéromone sexuelle de la noctuelle du lys, un papillon de nuit dont la chenille dévore les lis. Selon [le communiqué de l’institut](https://www.inrae.fr/actualites/protection-cultures-nouvelle-methode-comprendre-communication-sexuelle-insectes), la communication sexuelle de cette espèce, présente en Asie et en Océanie, restait jusque-là inconnue. Les travaux ont été menés avec l’université Côte d’Azur et l’université d’agriculture de Nankin, en Chine, et publiés dans la revue [BMC Biology](https://doi.org/10.1186/s12915-026-02717-1).

Une phéromone sexuelle est une molécule odorante émise par un individu pour attirer un partenaire de son espèce. Chez les papillons de nuit, c’est la femelle qui émet et le mâle qui capte, grâce à des récepteurs olfactifs logés dans ses antennes. La molécule identifiée ici porte un nom de chimiste, le **(Z,E)-9,11-tétradécényl acétate**, et constitue le composant majoritaire du mélange émis par les femelles.

## Partir de la serrure et non de la clé
L’identification classique d’une phéromone suit le sens du signal : on part de l’émetteur. Il faut disposer d’insectes vivants, connaître le moment exact où la femelle produit sa molécule, extraire, puis trier des dizaines de composés chimiques avant de tester lesquels attirent réellement les mâles. Le procédé est long et bute sur toutes les espèces difficiles à élever.

*La chenille de la noctuelle du lys, stade responsable des dégâts sur les plantes hôtes. Crédit : Tanya137, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0L’équipe a pris le problème dans l’autre sens : commencer par le récepteur, c’est-à-dire par la serrure, pour en déduire la clé. En analysant le génome de la noctuelle du lys et en le comparant à celui d’espèces voisines, les chercheurs ont présélectionné **deux récepteurs olfactifs candidats**, équivalents des récepteurs baptisés OR5 et OR75 déjà décrits chez deux autres noctuelles, Spodoptera litura* et *Spodoptera littoralis*.

La structure en trois dimensions de ces deux récepteurs a ensuite été prédite par intelligence artificielle. Des molécules volatiles ont alors été confrontées à ces modèles par amarrage moléculaire, une méthode informatique qui calcule comment deux molécules peuvent s’emboîter et interagir. Une seule candidate ressortait pour les deux récepteurs.

## De la prédiction informatique à l’antenne du mâle
Une prédiction ne vaut que par sa vérification, et l’équipe en a empilé quatre. Les récepteurs sélectionnés ont d’abord été exposés en laboratoire aux molécules prédites, confirmant qu’ils les détectaient bien. Des analyses par chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse, réalisées sur des extraits de glandes de femelles, ont ensuite montré que le composé prédit était bien présent, et majoritaire.

L’électrophysiologie a pris le relais : en mesurant la réponse électrique des antennes des mâles, les chercheurs ont vérifié que la molécule déclenchait un signal nerveux. Enfin, des tests comportementaux ont confirmé son pouvoir attractif sur les mâles. Autrement dit, la chaîne complète a été refermée, du gène jusqu’au comportement.

L’étude apporte au passage un élément d’histoire évolutive : elle éclaire la façon dont cette famille particulière de récepteurs de phéromones est apparue par duplication de gènes, puis a gagné en spécificité. Une question proche de celles que soulèvent d’autres découvertes récentes sur les limites du vivant, comme [l’amibe californienne capable de se diviser à 63 degrés](https://lepointdujour.fr/sciences/7665-amibe-record-chaleur-eucaryotes/).

## Ce que la confusion sexuelle change au champ
Connaître la phéromone d’un ravageur ouvre deux usages concrets, tous deux classés dans le biocontrôle, l’ensemble des méthodes de protection des cultures fondées sur des mécanismes naturels plutôt que sur des molécules de synthèse toxiques. Le premier est la confusion sexuelle : en saturant l’air d’une parcelle avec la molécule, on brouille la piste et les mâles ne retrouvent plus les femelles. Le second est le piégeage, qui sert à estimer la densité de population ou à en abaisser le niveau.

Ces deux leviers sont déjà employés, en particulier en France, sur des ravageurs dont la phéromone est connue. Leur limite est justement là : sans molécule identifiée, aucun des deux n’est possible. Les étapes suivies par l’équipe se résument ainsi :

ÉtapeMoyen employéCe qu’elle établitAnalyse du génomeComparaison avec des espèces voisinesDeux récepteurs candidats, proches d’OR5 et OR75ModélisationPrédiction de structure par intelligence artificielleLa forme en trois dimensions des récepteursAmarrage moléculaireCalcul d’emboîtement informatiqueUne molécule candidate, le (Z,E)-9,11-tétradécényl acétateTest fonctionnelRécepteurs exposés à la moléculeLa détection est réelleChromatographie et spectrométrieExtraits de glandes de femellesLe composé est bien émis, et majoritaireTest comportementalMâles placés en présence de la moléculeL’attraction est confirmée
## Une espèce absente de France, une méthode qui ne l’est pas
La noctuelle du lys n’est pas présente en France métropolitaine et n’y figure donc pas parmi les espèces surveillées. Elle pose en revanche problème dans de nombreuses régions du monde, en particulier dans les jardins privés, les parcs publics et les jardins botaniques, où l’usage des produits phytosanitaires est interdit. Ce sont précisément les lieux où une méthode fondée sur une odeur, et non sur un insecticide, trouve sa place.

L’intérêt principal du travail est ailleurs. Il tient à la preuve de concept : montrer qu’un couple récepteur et phéromone peut être trouvé par le calcul chez une espèce qui n’avait jamais été étudiée sous cet angle. Si la démarche se généralise, elle pourrait raccourcir l’identification des phéromones de ravageurs émergents ou envahissants, ceux dont on ne sait rien au moment où ils arrivent.

La comparaison vaut avec d’autres travaux où la mesure indirecte remplace l’observation directe, du [satellite FLEX qui traque la lueur invisible émise par les plantes](https://lepointdujour.fr/sciences/7432-flex-sentinel-3c-fluorescence-vegetation/) aux expériences de terrain sur [les termites transplantés dans des forêts dégradées](https://lepointdujour.fr/actualite/1729-ces-raisons-qui-poussent-les-scientifiques-a-transplanter-des-termites-dans-les-forets-11052025/).

## Une preuve de concept, pas encore un piège prêt à poser
Il faut mesurer ce qui reste à faire. L’étude porte sur une seule espèce, dans des conditions de laboratoire, et rien n’indique encore que la méthode fonctionnera aussi bien chez des insectes dont les récepteurs ressemblent moins à ceux de leurs cousins déjà décrits. La présélection des deux récepteurs candidats reposait justement sur cette parenté.

Entre une molécule identifiée et un dispositif utilisable au champ, il reste par ailleurs la synthèse à l’échelle industrielle, les dosages, l’homologation et les essais en plein air, où le vent et les autres odeurs compliquent tout. Les travaux ont été menés dans le cadre du projet Invoria, soutenu par [le programme EXPLOR’AE](https://explorae.inrae.fr/fr) confié à INRAE par le ministère chargé de la recherche, un dispositif qui finance des recherches à risque assumé.

Pour suivre les prochaines espèces auxquelles cette méthode sera appliquée, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google permet de retrouver nos articles au fil de leur publication.

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