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# Vingt-cinq éléphants de mer et 133 598 plongées révèlent un océan Austral agité jusqu’à 500 m toute l’année

**URL:** https://lepointdujour.fr/sciences/7696-elephants-mer-ocean-austral/
Date: 2026-09-25
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Le CNRS a exploité des plongées effectuées entre 2014 et 2020 dans le secteur indien, sur une zone d’environ 2 000 par 9 000 kilomètres.
Categories: Sciences et espace
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/02-elephants-mer-ocean-austral-scaled.jpg
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Reste à comprendre pourquoi ces tourbillons de quelques kilomètres sont plus vifs sous la couche de mélange qu’à l’intérieur, et ce qu’ils déplacent.

Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [les 10 927 mètres de la fosse des Mariannes et la marge d’erreur qui subsiste](https://lepointdujour.fr/sciences/7572-challenger-deep-mesure-profondeur/).

## Des éléphants de mer transformés en sondes de l’océan Austral
Le 22 septembre 2026, le CNRS a rendu publics les résultats d’une campagne de mesures peu ordinaire. Vingt-cinq **éléphants de mer** ont été équipés de balises mesurant la température, la salinité et la pression toutes les deux secondes, pendant plusieurs mois. Selon [le communiqué de CNRS Terre et Univers](https://www.insu.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/les-elephants-de-mer-revelent-la-dynamique-profonde-de-locean-austral), ces animaux ont rapporté **133 598 plongées** entre 2014 et 2020 dans le secteur indien de l’océan Austral.

Le dispositif porte un nom, l’observatoire MEMO, pour mammifère échantillonneur du milieu océanique, soutenu par le CNRS, le CNES et l’Institut polaire français. Les balises relaient des profils dits CTD, du nom des trois grandeurs mesurées en plongée : conductivité, qui donne la salinité, température et profondeur. Chaque animal a ainsi rapporté plusieurs milliers de profils, au fil de voyages alimentaires qui atteignent sept mois avant le retour à terre pour la mise bas.

## La sous-mésoéchelle, ces structures de quelques kilomètres
Les océanographes appellent sous-mésoéchelle les structures qui mesurent de quelques kilomètres à une vingtaine de kilomètres : des filaments, des fronts, de petits tourbillons. Assez fines pour échapper aux relevés classiques, elles font pourtant circuler la chaleur, le carbone et les nutriments entre la surface et les couches profondes.

![Jeune éléphant de mer gris progressant sur la lande rase des Kerguelen, une plaque de neige et des rochers sombres en arrière-plan](https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/02-elephants-mer-ocean-austral-photo2.jpg)Un jeune éléphant de mer du Sud sur la lande des Kerguelen, en novembre 2020. Crédit : Antoine Lamielle, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia CommonsJusqu’ici, ces structures étaient surtout observées dans la couche de mélange, la tranche superficielle que le vent et les vagues brassent en permanence et dont la température reste à peu près uniforme. Ce qui se passe en dessous restait une inconnue, faute de mesures assez rapprochées. Les trajets des éléphants de mer offrent une résolution horizontale inférieure au kilomètre, avec un intervalle médian de 18 minutes entre deux plongées.

## Plus intenses sous la couche de mélange qu’à l’intérieur
Le résultat principal, publié dans [la revue Nature Communications](https://doi.org/10.1038/s41467-026-77299-1) par L. Siegelman, M. H. Alford, B. Picard et leurs collègues, tient en deux constats. Ces mouvements de petite échelle sont présents partout et toute l’année jusqu’à **au moins 500 mètres**. Et ils sont plus intenses sous la couche de mélange qu’à l’intérieur de celle-ci, alors que l’attention se portait jusqu’ici sur la tranche de surface.

Pour y parvenir, l’équipe a examiné les gradients horizontaux de flottabilité, puis les écarts de température et de salinité entre eaux froides et peu salées et eaux plus chaudes et plus salées. Ce double regard permet de séparer ce qui relève des ondes internes, des oscillations qui parcourent l’océan sans transporter d’eau sur de longues distances, et ce qui relève de véritables courants de petite échelle.

Question suivante : ces couches profondes bougent-elles aussi ailleurs sur la planète ? Notre article sur [les changements inattendus mesurés dans les océans par la NASA](https://lepointdujour.fr/sciences/1761-changements-inattendus-dans-les-oceans-la-nasa-alerte-sur-des-bouleversements-majeurs-13052025/) donne la mesure de ce qui échappe encore aux modèles.

## Un pic au printemps austral, un creux en automne
L’activité profonde suit un cycle saisonnier net. Elle culmine au printemps austral, de septembre à novembre, et retombe à son minimum en automne, de mars à mai. Entre 170 et 500 mètres, son intensité suit de très près l’énergie des tourbillons de surface mesurée par altimétrie satellitaire, la technique qui déduit les courants des bosses et des creux du niveau de la mer : le coefficient de corrélation moyen atteint **0,86**.

Cette valeur appuie une explication connue sous le nom de frontogenèse. Les tourbillons de moyenne échelle, bien plus larges, étirent et resserrent les contrastes de densité jusqu’à former des fronts étroits, qui engendrent à leur tour les structures plus fines observées par les balises. Une corrélation n’est pas une preuve de cause, mais elle va dans le sens de ce mécanisme.

## Des flux verticaux probablement sous-évalués
La conséquence tient à la mécanique de ces structures : elles s’accompagnent de vitesses verticales importantes. Si elles sont présentes partout et toute l’année jusqu’à 500 mètres, comme le montrent les profils des éléphants de mer, alors les échanges verticaux de chaleur et de nutriments dans cette région sont vraisemblablement bien plus importants que ce que retiennent les estimations actuelles.

Les repères chiffrés du jeu de données tiennent en quelques lignes :

ÉlémentValeurCe qu’elle apporteAnimaux équipés25Des plongeurs autonomes là où les navires vont peuPlongées exploitées133 598Collectées entre 2014 et 2020Zone couverteEnviron 2 000 sur 9 000 kmLe secteur indien de l’océan AustralIntervalle médian entre deux plongées18 minutesUne cadence hors de portée d’un navireRésolution horizontaleMoins de 1 kmAssez fine pour voir des structures de quelques kilomètresCorrélation entre 170 et 500 m0,86Lien étroit avec l’énergie des tourbillons de surface
## Ce que ces plongées ne disent pas encore
Plusieurs limites méritent d’être posées. Les données viennent d’un seul secteur, l’océan Indien austral, et d’éléphants de mer qui choisissent eux-mêmes leur route en fonction de leur nourriture : l’échantillonnage n’est pas aléatoire, il suit la biologie. Les 500 mètres cités sont une limite d’observation, pas une limite physique des structures.

L’ampleur des flux verticaux, elle, reste déduite et non mesurée : les balises enregistrent des propriétés de l’eau, pas des vitesses. La suite passera par le croisement de ces profils avec les mesures du satellite [SWOT, consacré à la topographie des eaux de surface](https://swot.jpl.nasa.gov/), afin de reconstituer ces processus en trois dimensions. Le contraste reste frappant avec [des abysses explorés à 1 % seulement](https://lepointdujour.fr/sciences/1831-un-defi-scientifique-impressionnant-a-la-decouverte-des-abysses-a-99-inexplores-17052025/), ou avec [les 91 % d’espèces marines encore inconnues](https://lepointdujour.fr/sciences/6238-abysses-oceaniques-91-des-especes-marines-restent-inconnues-et-posent-un-defi-cle-pour-la-protection-en-haute-mer/).

Les prochains résultats croisés entre balises et satellites diront si ce mécanisme vaut pour tout l’océan Austral : ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google évite de passer à côté de la suite.

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