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# La NASA engage PRIMA, télescope de 1,80 mètre refroidi à 4,5 kelvins, pour 1,2 milliard de dollars et un lancement visé en 2033

**URL:** https://lepointdujour.fr/sciences/7695-prima-telescope-infrarouge-lointain/
Date: 2026-09-25
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Annoncée le 23 septembre, la mission observera entre 24 et 235 micromètres, une fenêtre que ni James Webb ni les radiotélescopes ne couvrent.
Categories: Sciences et espace
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/01-prima-telescope-infrarouge-lointain-scaled.jpg
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Reste à comprendre pourquoi un miroir deux fois plus petit que celui de Herschel promet de révéler ce qu’aucun observatoire n’a encore vu.

Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [le télescope Roman et les 18 kilos d’ergols qui doublent sa durée de vie possible](https://lepointdujour.fr/sciences/7433-roman-telescope-carburant-duree-mission/).

## Le télescope PRIMA passe en phase B, pour un lancement visé en 2033
La NASA a annoncé le mercredi 23 septembre 2026 que la mission PRIMA, pour PRobe far-Infrared Mission for Astrophysics, entrait en phase B. Cette étape correspond à la conception préliminaire et à la maturation des technologies, juste avant la fabrication. Selon [le communiqué de l’agence américaine](https://www.nasa.gov/news-release/nasa-selects-far-infrared-telescope-as-first-in-new-mission-class/), le coût du projet sera plafonné à **1,2 milliard de dollars**, hors lancement et hors dépenses extérieures au projet, pour un décollage visé en 2033 et une durée de mission prévue de cinq ans.

Le télescope PRIMA inaugure une catégorie inédite chez la NASA, celle des Probe Explorers, à l’intérieur du programme Explorer, le plus ancien encore actif de l’agence. Depuis Explorer 1, qui a découvert les ceintures de radiation terrestres en 1958, celui-ci a lancé plus de cent missions, dont Uhuru et COBE, qui ont valu des prix Nobel à leurs responsables scientifiques. Cette classe intermédiaire avait été recommandée par l’enquête décennale publiée en 2020 par les Académies nationales des sciences américaines.

Le principe de cette classe tient en une phrase : combler l’écart entre les petites missions Explorer, comme SPHEREx lancé en mars 2025, et les observatoires amiraux comme le télescope Nancy Grace Roman. « La mission PRIMA est la prochaine fenêtre de l’humanité sur l’Univers profond », a déclaré Nicky Fox, administratrice associée de la direction des missions scientifiques de la NASA.

## Ce que l’infrarouge lointain montre et que le visible ne peut pas voir
L’infrarouge lointain est la portion du spectre où rayonne la matière la plus froide : des grains de poussière à quelques dizaines de degrés au-dessus du zéro absolu, invisibles en lumière visible parce qu’ils n’émettent presque rien dans ce domaine. PRIMA observera de **24 à 235 micromètres**. Pour donner un ordre de grandeur, Caltech compare 24 micromètres au tiers de l’épaisseur d’un cheveu humain et 235 micromètres à l’épaisseur de deux feuilles de papier superposées.

![Nuages de poussière interstellaire orange, verts et bleus occupant tout le cadre, traversés de filaments et parsemés de points brillants](https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/01-prima-telescope-infrarouge-lointain-photo2.jpg)Une région du plan de la Voie lactée où la matière commence à se condenser en étoiles, vue par l’observatoire Herschel à 70 et 160 micromètres (bleu et vert) et entre 250 et 500 micromètres (rouge). Crédit : ESA/NASA/JPL-Caltech (domaine public)Cette gamme est aujourd’hui la moins bien couverte depuis l’espace : elle tombe entre les observatoires infrarouges existants, dont James Webb, et les radiotélescopes. La NASA y voit le moyen d’aborder trois questions, l’origine des planètes hors du Système solaire, la croissance des galaxies et de leurs trous noirs, et l’accumulation de la poussière et des éléments lourds au fil du temps cosmique.

Question suivante : que sait-on déjà de ces trous noirs que PRIMA doit suivre ? Notre article sur [un nouveau type de trous noirs supermassifs repéré par James Webb](https://lepointdujour.fr/sciences/2198-des-decouvertes-majeures-grace-au-telescope-james-webb-un-nouveau-type-de-trous-noirs-supermassifs/) montre à quel point leur croissance reste mal comprise.

## Des détecteurs supraconducteurs imaginés en 1999 autour d’un café
La sensibilité annoncée ne vient pas du miroir mais des capteurs. Les détecteurs de PRIMA dérivent des MKID, des capteurs supraconducteurs à inductance cinétique inventés en 1999 par Jonas Zmuidzinas, professeur de physique à Caltech, et Rick LeDuc, ingénieur au Jet Propulsion Laboratory. Selon [le communiqué de Caltech](https://www.caltech.edu/about/news/nasa-confirms-prima-mission-key-roles-for-caltech-jpl-and-ipac), les deux hommes en ont trouvé le principe dans un café proche du campus, avant de les tester en 2007 à l’observatoire submillimétrique de Caltech, près du sommet du Maunakea.

Un supraconducteur est un matériau qui, refroidi très bas, conduit le courant sans résistance. Cette propriété permet de compter des paquets de lumière très peu nombreux, à condition que l’instrument ne rayonne pas lui-même de chaleur parasite. D’où le refroidissement du télescope et des détecteurs à **4,5 kelvins**, soit près de 269 degrés Celsius sous zéro.

« Dans cette bande de longueurs d’onde peu explorée, l’infrarouge lointain, nous avons une chance de faire un bond en sensibilité d’environ un facteur mille », avance Jonas Zmuidzinas, récompensé en janvier 2026 par la médaille James Craig Watson de l’Académie nationale des sciences des États-Unis. Ce chiffre reste une espérance de performance, pas une mesure en vol.

## Un miroir plus petit que celui de Herschel, et pourtant
Le diamètre du télescope PRIMA, 1,80 mètre, peut surprendre. L’observatoire spatial Herschel, seul grand prédécesseur européen dans ce domaine, embarquait un miroir de 3,50 mètres, le plus grand jamais envoyé dans l’espace à son lancement. Herschel, selon l’Agence spatiale européenne, a décollé de Guyane le 14 mai 2009 par Ariane 5, a observé de 55 à 671 micromètres depuis le point de Lagrange L2, à 1,5 million de kilomètres de la Terre, et s’est arrêté environ quatre ans plus tard, quand l’hélium de son cryostat a été épuisé.

Le pari de PRIMA n’est donc pas la taille du miroir mais le bruit. En descendant à 4,5 kelvins, la mission vise une sensibilité limitée par le seul rayonnement naturel du ciel, d’après [la fiche technique publiée par l’équipe de la mission](https://prima.ipac.caltech.edu/). Deux instruments se partagent le plan focal : FIRESS, un spectromètre couvrant d’un seul tenant 24 à 235 micromètres, et PRIMAger, un imageur polarimètre qui balaie de 25 à 84 micromètres.

Les paramètres annoncés par la NASA et par l’équipe de la mission tiennent en quelques lignes :

ParamètreValeur annoncéeCe que cela impliqueDiamètre du miroir1,80 mMoitié moins que Herschel et ses 3,50 mTempérature du télescope4,5 kelvinsPrès de 269 degrés sous zéro, pour éteindre le rayonnement de l’instrumentDomaine observé24 à 235 micromètresLa bande laissée vide entre James Webb et les radiotélescopesPlafond de coût du projet1,2 milliard de dollarsLancement et dépenses hors projet non comprisLancement visé2033Sous réserve de la revue de confirmationDurée de mission prévue5 ansSans la marge d’une prolongation éventuelle
## La France tient l’imageur PRIMAger
La mission PRIMA sera pilotée par le Jet Propulsion Laboratory, avec les centres Goddard et Marshall. Sept partenaires étrangers y contribuent : le CNES, l’italienne ASI, l’allemande DLR, la canadienne CSA, la coréenne KASI, la japonaise JAXA et l’agence spatiale britannique. Le traitement et l’archivage des données reviendront à l’IPAC de Caltech.

C’est PRIMAger qui porte la part européenne, et la France y occupe une place centrale. [Le point d’étape publié par le Laboratoire d’astrophysique de Marseille](https://www.lam.fr/en/visite-du-site-prima/) précise que la revue finale de phase A de l’instrument s’est tenue au CNES à Toulouse les 2 et 3 juin 2026, après la visite du comité de sélection de la NASA au JPL le 13 mai. Autour du laboratoire marseillais travaillent deux équipes du CEA, l’institut néerlandais SRON et l’université de Cardiff.

Cette répartition rappelle d’autres grands relevés menés en coopération, comme [la mission Euclid et de ses millions de galaxies cataloguées](https://lepointdujour.fr/sciences/1281-la-mission-euclid-de-lesa-une-exploration-cosmique-qui-permet-la-decouverte-de-26-millions-de-galaxies-02042025/). La différence tient au domaine : Euclid travaille dans le visible et le proche infrarouge, PRIMA ira chercher un rayonnement bien plus long.

## Une sélection qui n’est pas encore une confirmation
Le calendrier reste conditionnel. La NASA précise que la mission devra passer une revue de confirmation, portant sur la technique, la programmation et la tenue des coûts, avant de basculer en phase C, celle de la réalisation. Tant que cette revue n’a pas eu lieu, ni la date de 2033 ni le plafond de 1,2 milliard de dollars ne sont définitifs.

Il faut aussi distinguer ce qui est construit de ce qui est espéré. Les prototypes de détecteurs ont été testés au sol et jugés prêts pour un vol, mais aucun n’a encore fonctionné dans l’espace à 4,5 kelvins pendant cinq ans. Le facteur mille cité par les concepteurs décrit une performance visée, non une mesure. Les trois quarts du temps d’observation promis à la communauté, avec près de 200 idées déposées par plus de 400 astronomes, restent eux aussi une intention.

Enfin, un télescope de cette classe ne remplace personne : PRIMA complète une flotte où chaque instrument couvre une bande différente, comme [le télescope Vera Rubin et son relevé répété du ciel](https://lepointdujour.fr/sciences/1335-le-telescope-vera-rubin-va-revolutionner-astronomie-en-2025-10042025/) le fait depuis le sol. Les prochaines étapes, revue de confirmation puis choix du lanceur, seront publiées dans les mois qui viennent : ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google permet de les suivre sans les chercher.

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