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# Quatorze vertèbres de queue trouvées près de Teruel révèlent le premier Diplodocus connu hors d'Amérique du Nord

**URL:** https://lepointdujour.fr/sciences/7603-diplodocus-teruel-europe-fossile/
Date: 2026-09-22
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Des paléontologues de Teruel ont identifié un Diplodocus d'environ 25 mètres, vieux de 150 millions d'années, dans le gisement espagnol de La Tejería.
Categories: Sciences et espace
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/02-diplodocus-teruel-europe-fossile-scaled.jpg
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Une poignée d'os de queue suffit à changer la carte de ce dinosaure célèbre, à condition de comprendre comment on reconnaît un genre à partir de quelques vertèbres.

Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [le fossile de 150 millions d'années qui réécrit l'histoire du vol chez les dinosaures](https://lepointdujour.fr/sciences/1961-un-fossile-de-150-millions-d-annees-reecrit-l-histoire-du-vol-chez-les-dinosaures-24052025/).

## Un Diplodocus identifié à El Castellar, en Espagne
Le **Diplodocus** n'était pas seulement américain. Des paléontologues de la Fondation Conjunto Paleontológico de Teruel-Dinópolis ont identifié des fossiles de ce géant dans l'est de l'Espagne. Leurs travaux paraissent dans la revue scientifique Journal of Vertebrate Paleontology, et ont été annoncés le 14 septembre 2026 par l'éditeur Taylor & Francis, puis le lendemain par la fondation.

Les os proviennent du gisement de La Tejería, sur la commune d'El Castellar, dans la province de Teruel. L'équipe y a dégagé **14 vertèbres caudales**, c'est-à-dire des vertèbres de la queue, issues de sa partie médiane et arrière, ainsi que plusieurs chevrons. Ces petits os en forme de V s'articulent sous les vertèbres de la queue. L'animal vivait il y a environ 150 millions d'années, à la fin du Jurassique.

La portée tient en une phrase. Jusqu'ici, tous les Diplodocus confirmés venaient de la formation Morrison, un ensemble de couches rocheuses de l'ouest des États-Unis. Selon [le communiqué de Taylor & Francis](https://newsroom.taylorandfrancisgroup.com/first-ever-find-of-a-diplodocus-outside-of-north-america/), le spécimen espagnol est la première preuve de ce genre en dehors de l'Amérique du Nord, et l'un des squelettes de diplodocidés les plus complets jamais trouvés en Europe.

## Quatre indices lus dans une queue
Identifier un dinosaure à partir de sa queue peut surprendre. Pourtant, chez le Diplodocus, cette partie du corps porte une signature précise. Les diplodocidés, famille à laquelle il appartient, se distinguent justement par des queues extrêmement longues. Les sauropodes, plus largement, sont ces herbivores à quatre pattes, au long cou, à la longue queue et à la tête minuscule par rapport au corps.

Les chercheurs ont relevé quatre caractères sur les fossiles d'El Castellar : de grandes cavités pneumatiques dans les vertèbres, c'est-à-dire des creux remplis d'air à l'origine, des sillons longitudinaux profonds sous les os de la queue, des chevrons fourchus d'une forme particulière, et des corps vertébraux allongés dépourvus de crêtes latérales.

L'anatomie ne suffisait pas. L'équipe a aussi mené des analyses phylogénétiques, qui reconstruisent l'arbre de parenté des espèces, en combinant deux méthodes statistiques, le maximum de parcimonie et l'inférence bayésienne. Les résultats convergent : le fossile appartient au genre Diplodocus et se place près de Diplodocus hallorum, une espèce nord-américaine. Sergio Sánchez Fenollosa, doctorant de la fondation et premier auteur, résume ainsi la démarche : « à chaque nouveau résultat, l'image devenait plus nette : nous avions affaire à un Diplodocus ».

Ce que l'on sait du Diplodocus d'El Castellar, comparé à ses cousins américains :

ÉlémentDiplodocus d'El CastellarDiplodocus nord-américainsLieu de découverteGisement de La Tejería, Teruel, EspagneFormation Morrison, ouest des États-UnisDate cléPublication en 2026Découverte en 1878Longueur estiméeEnviron 25 mètresJusqu'à 25 mètresFossiles étudiés14 vertèbres de la queue et plusieurs chevronsSquelettes dont les moulages sont exposés dans les grands musées
## Un passage entre deux continents
La découverte pose une question de géographie. Comment un même genre de dinosaure a-t-il pu vivre des deux côtés de l'Atlantique ? Les auteurs parlent du proto-Atlantique, l'ancêtre de l'océan actuel à la fin du Jurassique.

D'après le communiqué de l'éditeur, des dinosaures ont pu migrer entre l'Amérique du Nord et l'Europe à la fin du Jurassique, sans doute par des ponts terrestres temporaires. Ces passages seraient apparus lors de phases de régression, quand le niveau de la mer baissait. Sergio Sánchez Fenollosa y voit l'une des preuves paléontologiques les plus solides de ces épisodes de dispersion et d'échange de faune entre les deux continents.

Question suivante : que sont devenus ces géants, et leur déclin a-t-il commencé bien avant l'astéroïde ? Réponse dans notre article sur [le déclin des dinosaures, illusion ou réalité](https://lepointdujour.fr/sciences/1358-un-declin-des-dinosaures-illusion-ou-realite-14042025/), et, pour un autre fossile du même âge, sur [le fossile australien de 150 millions d'années qui rebat les cartes de l'évolution](https://lepointdujour.fr/sciences/6415-ce-fossile-de-150-millions-dannees-en-australie-rebat-les-cartes-de-levolution/).

## Teruel, une terre de géants du Jurassique
Le Diplodocus d'El Castellar mesurait environ 25 mètres de long, une taille comparable à celle de ses parents américains, soit à peu près deux autobus standards de 12 mètres mis bout à bout. Alberto Cobos, directeur général de la fondation et coauteur, le range parmi les grands sauropodes géants du Jurassique espagnol, aux côtés d'autres espèces de Teruel très différentes des diplodocidés, comme Turiasaurus et Losillasaurus.

![Vallon de terre grise et de roches claires entouré de collines couvertes de pins, sous un ciel bleu, dans la commune d'El Castellar](https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/02-diplodocus-teruel-europe-fossile-photo2.jpg)Les paysages de la commune d'El Castellar, dans la province de Teruel, où se trouve le gisement de La Tejería. Crédit : Juan Emilio Prades Bel, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0La région a livré de nombreux autres fossiles, de sauropodes, mais aussi de théropodes, les dinosaures carnivores, de stégosaures et d'ornithopodes. Pour les chercheurs, ces anciens milieux côtiers abritaient des écosystèmes complexes et variés.

Le public peut voir les os. Selon [le communiqué de la Fondation Dinópolis](https://fundaciondinopolis.org/un-descubrimiento-paleontologico-excepcional-en-teruel-espana-el-iconico-dinosaurio-diplodocus-tambien-habito-europa/), les fossiles originaux sont exposés dans la salle des dinosaures du Museo Aragonés de Paleontología, à Dinópolis, dans la ville de Teruel, située à peu près entre Madrid et Valence. Des répliques de certains os sont aussi présentées à El Castellar, la commune d'origine.

Le symbole est fort. Découvert aux États-Unis en 1878, le Diplodocus est devenu dès le début du XXe siècle une vedette des musées d'histoire naturelle, où des moulages de son squelette sont exposés à travers le monde. Il est aussi l'un des dinosaures les plus présents dans les expositions et les documentaires. Dans la même veine, notre article sur [le fossile tanzanien qui rajeunit les plus anciens dinosaures supposés](https://lepointdujour.fr/sciences/7467-dinodontosaurus-tanzanie-fossile-dinosaures/) montre combien une réinterprétation peut déplacer les repères.

## Une queue, pas encore un squelette complet
La prudence reste de mise. Le spécimen se limite à une partie de la queue : il est classé Diplodocus sp., une notation qui signifie que le genre est identifié mais pas l'espèce. La proximité avec Diplodocus hallorum ressort des analyses de parenté, sans que le fossile soit attribué à cette espèce.

La longueur de 25 mètres est une estimation tirée de quelques os, pas une mesure sur un squelette entier. Quant au scénario des ponts terrestres, il reste l'explication la plus probable avancée par les auteurs, et non un passage observé directement. L'article complet, publié dans [le Journal of Vertebrate Paleontology](https://www.tandfonline.com/doi/10.1080/02724634.2026.2718423), détaille les comparaisons anatomiques qui fondent ces conclusions.

Pour suivre les prochaines découvertes des gisements de Teruel et d'ailleurs, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google permet de ne rien manquer.

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