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# Un pulsar de 20 km avale le vent d'une étoile 40 fois plus massive que le Soleil, une scène jamais vue avant XRISM
**URL:** https://lepointdujour.fr/sciences/7541-xrism-pulsar-vent-stellaire/
Date: 2026-09-20
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Le satellite XRISM a vu pour la première fois du gaz d'une étoile géante tomber à 540 000 km/h sur GX 301-2, un pulsar situé à 13 000 années-lumière.
Categories: Sciences et espace
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/02-xrism-pulsar-vent-stellaire-scaled.jpg
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Cette observation de seize heures raconte comment une étoile morte se nourrit de sa voisine, et pourquoi il a fallu un détecteur de 36 pixels refroidi presque au zéro absolu pour le voir.
Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [le réveil du trou noir de la Voie lactée confirmé par la NASA](https://lepointdujour.fr/sciences/6230-trou-noir-de-la-voie-lactee-la-nasa-confirme-un-reveil-a-26-000-annees-lumiere/).
## Le pulsar GX 301-2 surpris en train de capter le vent de son étoile
Des astronomes ont observé directement de la matière arrachée à une étoile géante tomber sur un **pulsar**, le cadavre ultradense d'une autre étoile. La scène a été captée par XRISM, un observatoire spatial à rayons X mené par le Japon avec la NASA. Elle explique d'où viennent les violents sursauts de rayons X de ce système.
« Nous n'avions jamais vu auparavant d'indices clairs de plasma issu d'un vent tombant sur un objet compact », résume Roi Rahin, chercheur à l'université du Maryland, comté de Baltimore (UMBC), et au centre Goddard de la NASA. Le plasma est un gaz si chaud que ses atomes ont perdu une partie de leurs électrons.
Les résultats sont publiés le 18 septembre 2026 dans [l'étude parue dans la revue Science Advances](https://www.science.org/doi/10.1126/sciadv.aef6686), sous un titre sans ambiguïté : l'observation spectroscopique directe de matière tombant sur un objet stellaire compact. La NASA les a présentés le même jour dans [son article consacré au pulsar et au vent de sa compagne](https://science.nasa.gov/missions/xrism/xrism-sees-pulsar-gathering-companions-wind/).
## Un couple très mal assorti à 13 000 années-lumière
Le système s'appelle BP Crucis. Il se trouve à environ 13 000 années-lumière, dans la constellation de la Croix du Sud, visible depuis l'hémisphère Sud. Une année-lumière est la distance parcourue par la lumière en un an, soit près de 10 000 milliards de kilomètres. Les astronomes le classent parmi les binaires X de grande masse : deux astres liés par la gravité, dont l'un émet de puissants rayons X.
La première étoile, Wray 977, est une hypergéante bleue. Elle pèse environ **40 fois la masse du Soleil** et mesure 60 fois sa taille. Elle est si grosse, si chaude et si lumineuse que du gaz ionisé s'en échappe en permanence. C'est ce que les astronomes appellent un vent stellaire.
Sa compagne, GX 301-2, est minuscule. C'est une étoile à neutrons, le cœur écrasé d'une étoile qui a explosé en supernova il y a longtemps. Elle concentre plus que la masse du Soleil dans une boule d'une vingtaine de kilomètres de diamètre, à peu près la taille d'une grande ville. Elle tourne sur elle-même en 11 minutes et balaie la Terre d'un faisceau de rayons X, comme un phare. C'est ce balayage qui en fait un pulsar.
## 36 pixels pour mesurer la vitesse d'un gaz
Pour voir ce qui se passe près du pulsar, il faut décomposer sa lumière X en fines raies, comme un prisme décompose la lumière du Soleil en arc-en-ciel. C'est la spectroscopie. Chaque élément chimique laisse sa signature, et le décalage de ces raies trahit le mouvement du gaz.
Un assemblage de miroirs à rayons X de XRISM photographié au centre Goddard de la NASA en 2019 : ses miroirs primaire et secondaire comptent chacun 812 fines feuilles emboîtées. Crédit : Taylor Mickal/NASA (domaine public)XRISM, pour X-ray Imaging and Spectroscopy Mission, a été lancé le 6 septembre 2023. Son instrument Resolve, développé par la NASA et l'agence spatiale japonaise JAXA, est un microcalorimètre. Selon [la fiche technique de l'engin publiée par la NASA](https://science.nasa.gov/mission/xrism/spacecraft/), son détecteur ne compte que 6 pixels sur 6, soit 36 en tout. Quand un photon X le frappe, sa température monte d'un rien. Pour mesurer cet échauffement, il doit être refroidi à environ moins 270 degrés, une fraction de degré au-dessus du zéro absolu.
Le 1er février 2025, l'équipe a pointé XRISM vers BP Crucis pendant environ 16 heures, à la fin de l'un des sursauts les plus intenses. Resolve a enregistré des spectres très détaillés, avec des raies d'émission et d'absorption qui changeaient rapidement. Les raies du fer très ionisé ont livré la vitesse et la direction du gaz proche du pulsar.
Ces raies apparaissaient à des énergies plus basses que dans un laboratoire. Ce décalage, appelé décalage vers le rouge, indique que le gaz s'éloigne de l'observateur, donc qu'il file vers le pulsar. Son ampleur donne la vitesse : environ **540 000 km/h**. À ce rythme, la distance de la Terre à la Lune serait couverte en moins d'une heure.
« Il était clair que ces observations étaient inédites, mais cela signifiait que l'analyse devait être particulièrement minutieuse », raconte Nazma Islam, coautrice, aujourd'hui professeure assistante au Manipal Centre for Natural Sciences, en Inde. Roi Rahin, lui, avait fouillé la littérature scientifique sans trouver d'observation comparable.
## Un disque qui se forme, se brise et repart à l'envers
Le pulsar boucle son orbite autour de l'hypergéante en 41,5 jours. Deux fois par tour, près de ses points le plus proche et le plus éloigné de l'étoile, de forts sursauts de rayons X éclatent pendant plusieurs jours. Les astronomes pensent que la gravité du pulsar façonne dans le vent un courant de plasma particulièrement dense. Quand il le traverse, il en capte une partie. Les sursauts les plus forts se produisent près de l'étoile, là où ce courant est le plus dense.
Le scénario proposé par les chercheurs se déroule en plusieurs temps. En entrant dans le courant, le pulsar ramasse du gaz qui forme un disque épais et turbulent, appelé disque d'accrétion. Ce gaz spirale vers l'étoile à neutrons, chauffe et émet les rayons X des sursauts. Plus loin dans le courant, le disque se disloque, faute d'un mouvement de rotation suffisant, et le plasma tombe alors directement sur l'astre. C'est vers la fin de cette phase que XRISM a observé le système. Enfin, un disque désordonné se reforme brièvement, mais il tourne dans l'autre sens, avant de disparaître à la sortie du courant. La traversée complète dure environ quatre jours.
Les chiffres clés du système BP Crucis, tels que publiés par la NASA, se résument ainsi :
ÉlémentCaractéristiqueValeurBP CrucisDistance à la TerreEnviron 13 000 années-lumièreWray 977Masse et taille40 fois le Soleil en masse, 60 fois en tailleGX 301-2Diamètre et rotationEnviron 20 km, un tour en 11 minutesOrbite du pulsarDurée d'un tour41,5 joursGaz captéVitesse vers le pulsarEnviron 540 000 km/hLes supernovas qui donnent naissance aux étoiles à neutrons restent l'un des phénomènes les plus violents du ciel. Question suivante : que se passe-t-il quand une étoile s'emporte sans exploser ? Réponse dans notre article sur [l'éruption d'une étoile proche capable d'arracher l'atmosphère d'une planète](https://lepointdujour.fr/sciences/6442-des-astronomes-observent-une-etoile-proche-liberer-une-eruption-capable-darracher-latmosphere-dune-planete-entiere/), et sur [la supernova géante attendue par les chercheurs](https://lepointdujour.fr/actualite/1400-la-supernova-geante-a-venir-va-provoquer-un-choc-celeste-majeur-selon-les-chercheurs-19042025/).
## Un laboratoire idéal, mais une seule fenêtre de 16 heures
« Le système BP Crucis est un laboratoire idéal pour étudier l'accrétion d'un pulsar alimenté par un vent », estime Brian Williams, scientifique du projet XRISM au centre Goddard. L'accrétion désigne la capture de matière par un astre sous l'effet de sa gravité.
Il faut pourtant séparer ce qui est mesuré de ce qui est interprété. La vitesse et la direction du gaz sont tirées directement des spectres. Le film complet, avec son disque qui se forme, se brise puis se reconstitue à l'envers, reste une reconstitution des chercheurs. Et l'observation ne couvre qu'une fenêtre de 16 heures, à la fin d'un seul sursaut. D'autres passages du pulsar dans le courant seront nécessaires pour vérifier chaque étape.
Roi Rahin voit d'ailleurs dans ce résultat un point de départ : il permet, selon lui, de tester ces processus avec beaucoup plus de précision. Pour suivre les prochaines observations de XRISM et des étoiles à neutrons, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google permet de ne rien manquer.
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