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# Neige en mars, pluies d'Amazonie en avril : le centre de masse de la Terre oscille de quelques millimètres, deux fois moins que ce que l'on pensait

**URL:** https://lepointdujour.fr/sciences/7540-centre-masse-terre-saisons/
Date: 2026-09-20
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Selon une étude menée par le JPL de la NASA, la neige, les pluies et l'air déplacent chaque saison le centre de masse de la Terre de quelques millimètres.
Categories: Sciences et espace
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/01-centre-masse-terre-saisons-scaled.jpg
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Derrière ces quelques millimètres se joue la fiabilité des repères invisibles qui servent à positionner les satellites, à cartographier le relief et à guider aussi bien les porte-conteneurs que les machines agricoles.

Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [le capteur quantique de la NASA conçu pour mesurer la gravité terrestre depuis l'espace](https://lepointdujour.fr/sciences/1498-ce-capteur-quantique-de-la-nasa-fait-tres-fort-pour-lire-la-gravite-depuis-lespace-une-revolution-scientifique-en-marche-27042025/).

## Le centre de masse de la Terre se déplace au rythme des saisons
Au fil de l'année, la neige s'accumule, les fleuves gonflent, les océans se remplissent puis se vident, et l'air froid s'alourdit au-dessus des continents. Ces masses qui voyagent suffisent à faire bouger le **centre de masse de la Terre** de quelques millimètres par rapport à son centre géométrique.

Une équipe conduite par le Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la NASA, en Californie, propose une nouvelle façon de mesurer ce va-et-vient avec une grande précision. Ses résultats sont parus le 14 septembre 2026 dans [l'étude publiée dans Geophysical Journal International](https://academic.oup.com/gji/article/247/2/ggag314/8793649), présentée deux jours plus tard par [l'article du JPL relayé par la NASA](https://www.nasa.gov/science-research/earth-science/nasa-watches-earths-weight-finds-center-of-mass/).

Leur conclusion principale tient en une phrase. « Nous estimons désormais l'ampleur du mouvement annuel du centre de masse de la Terre à environ la moitié de ce que nous pensions il y a huit ans », explique Donald Argus, géophysicien au JPL et premier auteur. Autrement dit, les masses d'eau et d'air qui changent d'hémisphère seraient moins importantes que prévu.

Le travail associe l'équipe de détermination des orbites du JPL, l'université du Nevada, l'université du Montana et le Centre Helmholtz de géosciences, en Allemagne.

## Des boules à facettes en orbite depuis 1976
Comment localiser un point enfoui au cœur de la planète ? Grâce aux satellites, qui tournent naturellement autour du centre de masse de la Terre. Suivre très précisément leur distance aux stations au sol révèle donc les déplacements de ce centre.

![Satellite LAGEOS : une sphère métallique dorée couverte de centaines de prismes réfléchissants ronds, photographiée sur fond noir](https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/01-centre-masse-terre-saisons-photo2.jpg)Le satellite LAGEOS 1, lancé en 1976 : ses prismes renvoient vers le sol les tirs laser qui servent à mesurer sa position. Crédit : NASA/Marshall Space Flight Center (domaine public)L'idée n'est pas neuve. Deux satellites ont même été lancés uniquement pour cela, en 1976 et en 1992 : LAGEOS 1 et LAGEOS 2, pour Laser Geodynamics Satellites. Ce sont des sphères de métal dense de 408 kilos, hérissées de prismes réfléchissants. Des stations réparties dans plus de 20 pays leur envoient des tirs laser et chronomètrent le retour de la lumière.

Cette technique, la télémétrie laser, a pourtant une faiblesse : les stations au sol sont inégalement réparties sur le globe. La méthode de Donald Argus corrige ce biais de deux façons. Elle ajoute le suivi GPS et les orbites de plusieurs satellites en orbite basse, ce qui multiplie les cibles. Elle tient compte aussi d'un détail souvent négligé : le poids de l'eau et de la glace déforme la croûte terrestre et emporte avec lui les stations de mesure elles-mêmes.

## Centre de masse et centre de figure, deux points qui ne coïncident pas
Pour comprendre l'enjeu, il faut distinguer deux centres. Le centre de figure est le centre géométrique de la planète, défini par sa forme. Le centre de masse est le point d'équilibre de toute sa matière. Si la Terre était une bille rigide et homogène, les deux se confondraient.

Or la planète s'affaisse et se déforme sous le poids de l'eau, de la glace et de l'air. Résultat : son centre de masse tourne sans cesse autour de son centre géométrique, avec un écart qui peut atteindre plusieurs millimètres.

Or les méthodes existantes divergent. Les deux dernières estimations internationales, réalisées en 2017 et en 2023, diffèrent de **7 millimètres**, à peu près l'épaisseur de trois pièces de monnaie empilées. Cet écart est presque aussi grand que le mouvement qu'elles cherchent à mesurer.

Selon le résumé de l'étude, le suivi par satellites laissait penser jusqu'ici à une oscillation environ deux fois plus ample que celle déduite des missions GRACE, qui pèsent l'eau de la planète en mesurant les variations de son champ de gravité. Les deux estimations de l'équipe concordent désormais à 2,5 millimètres près avec la référence internationale ITRF2020 et avec les valeurs tirées de GRACE.

## Neige, Amazonie, mousson : le calendrier d'une planète qui bascule
L'étude explique aussi les causes, réparties en trois familles : les océans, l'atmosphère et l'eau des continents, qui regroupe la glace, la neige, les lacs, les rivières, l'humidité des sols et les nappes souterraines.

Le cycle commence en hiver dans l'hémisphère Nord. La neige accumulée en Amérique du Nord et en Eurasie atteint son maximum en mars. Elle tire alors le centre de masse d'environ 3 millimètres vers le pôle Nord. Un mois plus tard, en avril, l'eau de pluie du bassin de l'Amazone culmine à **2 400 gigatonnes**, soit 2 400 milliards de tonnes. Le centre de masse glisse alors de 2,2 millimètres vers l'Amérique du Sud.

Cette eau finit par rejoindre la mer. Entre août et octobre, les océans gonflés par la fonte et les pluies attirent le centre de masse vers le Pacifique Sud. En novembre, la mousson d'Asie du Sud-Est atteint à son tour un maximum de 600 gigatonnes et s'ajoute légèrement à l'oscillation.

L'air compte aussi. Grâce à un modèle du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme, les chercheurs montrent que l'air d'hiver, froid et dense, fait pencher la balance au-dessus de l'Arabie, de l'Asie et de l'Afrique du Nord vers le 21 décembre, puis au-dessus de l'Amérique du Sud et de l'Afrique australe vers le 21 juin.

Les principaux moteurs de cette oscillation, décrits par la NASA et l'étude, se résument ainsi :

PériodeMasse en mouvementEffet sur le centre de masseMarsNeige d'Amérique du Nord et d'Eurasie à son maximumEnviron 3 mm vers le pôle NordAvrilEau de l'Amazonie, 2 400 gigatonnes2,2 mm vers l'Amérique du SudAoût à octobreOcéans gonflés par la fonte et les pluiesVers le Pacifique SudNovembreMousson d'Asie du Sud-Est, 600 gigatonnesLéger renfort de l'oscillationVers le 21 décembreAir d'hiver froid et denseVers l'Arabie, l'Asie et l'Afrique du NordLa glace fait partie de ces masses continentales, comme le montre notre article sur [la reprise surprenante de la glace en Antarctique](https://lepointdujour.fr/sciences/1795-la-glace-en-antarctique-connait-une-reprise-surprenante-15052025/).

## Pourquoi quelques millimètres comptent
À l'échelle d'une planète entière, quelques millimètres semblent dérisoires. Pourtant, le centre de masse de la Terre sert de point de référence à la navigation par satellite et aux mesures d'altitude. S'il bouge à notre insu, toutes les positions qui en dépendent héritent de l'erreur.

« Même si ces mouvements peuvent sembler minuscules, notre monde moderne repose sur des mesures de position extrêmement précises », souligne Felix Landerer, coauteur de l'étude au JPL. Des repères plus justes profiteront, selon lui, à la cartographie comme à la navigation, de la logistique maritime à l'agriculture de précision.

Ces calculs s'accordent avec les observations de la mission [GRACE-FO, menée par la NASA et le centre allemand GFZ](https://gracefo.jpl.nasa.gov/). Lancée en 2018, elle repose sur deux satellites jumeaux qui volent en formation serrée. Au-dessus d'une masse dense, comme un bassin fluvial gorgé d'eau, l'attraction supplémentaire modifie très légèrement la distance entre les deux, ce qui permet de suivre chaque mois les déplacements d'eau.

Question suivante : que change l'éloignement progressif de la Lune ? Réponse dans notre article sur [la Lune qui s'éloigne de 3,8 cm par an et l'allongement des jours sur Terre](https://lepointdujour.fr/sciences/6524-lune-elle-seloigne-de-38-cm-par-an-les-jours-sallongent-et-les-marees-faiblissent-sur-terre/).

## Une mesure resserrée, pas encore un point final
Cette étude ne clôt pas le dossier : elle réduit l'écart entre techniques sans le faire disparaître. Il faut aussi distinguer ce qui est mesuré de ce qui est modélisé : les positions des satellites et des stations sont observées, mais la part de l'atmosphère repose sur un modèle météorologique, et la correction des déformations de la croûte dépend elle aussi de calculs.

La prochaine étape viendra en partie de l'espace. La mission GRACE-Continuity, dite GRACE-C, doit être lancée fin 2028 pour prolonger une série de mesures de la gravité terrestre longue de près de 25 ans. De quoi vérifier, saison après saison, si l'oscillation du centre de masse de la Terre reste bien deux fois plus modeste qu'on ne le pensait.

Pour suivre les prochains résultats de GRACE-C et les nouvelles mesures de notre planète vue d'en haut, il suffit d'ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google.

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