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# Lancé de Guyane le 15 septembre, le satellite FLEX doit mesurer depuis 814 kilomètres une lueur que les plantes émettent sans qu'on la voie

**URL:** https://lepointdujour.fr/sciences/7432-flex-sentinel-3c-fluorescence-vegetation/
Date: 2026-09-17
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Le vol VV30 de Vega-C a mis en orbite FLEX et Sentinel-3C : l'ESA attend des cartes mondiales de fluorescence chaque mois, à 300 mètres près.
Categories: Sciences et espace
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/01-flex-sentinel-3c-fluorescence-vegetation-scaled.jpg
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Reste à comprendre ce que mesure vraiment cette lueur, et pourquoi elle en dit plus sur l'état d'une forêt qu'une image en couleurs naturelles.

Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [le lancement de Biomass, l'autre satellite scientifique européen consacré à la végétation](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/1564-lancement-du-satellite-biomass-un-tournant-dans-la-lutte-contre-le-rechauffement-climatique-01052025/).

## Le satellite FLEX et Sentinel-3C séparés à une heure d'intervalle
Le vol VV30 d'un lanceur Vega-C a quitté le Centre spatial guyanais le **15 septembre 2026 à 03h21**, heure de Paris, soit le 14 septembre à 22h21 en heure locale. Il emportait deux engins qui n'ont ni le même commanditaire ni le même métier : le satellite FLEX, mission scientifique de l'Agence spatiale européenne, et Copernicus Sentinel-3C, satellite opérationnel du programme européen Copernicus.

Sentinel-3C, installé au sommet de la pile, a été injecté en orbite le premier. Le satellite FLEX a suivi environ une heure plus tard. Le Centre européen des opérations spatiales, l'ESOC, installé à Darmstadt en Allemagne, a reçu le premier signal de chacun des deux engins, ce qui confirme leur séparation du lanceur et l'établissement du contact avec le sol.

« Le lancement d'aujourd'hui est l'aboutissement d'années d'innovation scientifique, d'excellence technique et de coopération internationale », a déclaré Simonetta Cheli, directrice des programmes d'observation de la Terre à l'ESA, dans [le communiqué publié après le décollage](https://www.esa.int/Newsroom/Press_Releases/FLEX_and_Sentinel-3C_launched). Elle y présente FLEX comme une mission de recherche, développée dans le programme FutureEO de l'agence.

Les contrôleurs entament désormais la phase dite de lancement et de mise à poste, quelques jours pendant lesquels chaque sous-système est vérifié un à un avant que les instruments ne soient allumés.

## Deux satellites dans une même coiffe, une première pour Vega-C
Le lanceur Vega-C mesure 35 mètres de haut et pèse 210 tonnes sur le pas de tir. Il peut placer 2 300 kilos en orbite basse. Trois étages à propergol solide assurent l'essentiel de l'accélération, puis un quatrième étage à propergol liquide dépose chaque satellite à l'endroit voulu. L'ESA pilote le programme, avec l'industriel italien Avio comme maître d'œuvre et, pour ce vol, comme opérateur du lancement.

![Sentinel-3C emballé de couvertures thermiques noires, fixé au sommet de l'adaptateur Vespa qui contient FLEX, dans le hall d'encapsulation du Centre spatial guyanais](https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/01-flex-sentinel-3c-fluorescence-vegetation-photo2.jpg)Sentinel-3C fixé au sommet de l'adaptateur Vespa, qui renferme FLEX, avant la fermeture de la coiffe de Vega-C au Centre spatial guyanais. Crédit : ESA / M. Pédoussaut, licence standard ESALa difficulté tenait à la cohabitation. Pour loger deux satellites sous la même coiffe, les équipes ont utilisé un adaptateur appelé Vespa : FLEX a été enfermé dans sa partie basse, Sentinel-3C fixé au-dessus. Une fois Sentinel-3C largué, l'adaptateur s'ouvre et libère FLEX. L'ESA présente ce tir comme le **premier double lancement de Vega-C**, et comme la démonstration de sa capacité à desservir deux orbites différentes au cours d'un même vol.

## La lueur que les plantes émettent sans que l'œil la voie
La photosynthèse est le mécanisme par lequel une plante utilise la lumière du Soleil pour transformer de l'eau et du dioxyde de carbone en matière organique. Toute l'énergie captée n'y passe pas. Une fraction infime est réémise sous forme d'un rayonnement très faible, la fluorescence. C'est ce signal, invisible à l'œil nu, que le satellite FLEX doit mesurer depuis l'orbite.

Son instrument s'appelle FLORIS, pour Fluorescence Imaging Spectrometer. Un spectromètre décompose la lumière en longueurs d'onde, comme un prisme, et mesure l'intensité de chacune. FLORIS travaille entre 500 et 780 nanomètres, un nanomètre valant un milliardième de mètre : cela couvre le vert, le rouge et le début du proche infrarouge. Dans les bandes de l'oxygène, entre 759 et 769 nanomètres puis entre 686 et 697 nanomètres, l'échantillonnage descend à **0,1 nanomètre**, une finesse nécessaire pour isoler un signal aussi ténu.

Selon l'ESA, cette mesure donne une indication directe de l'efficacité avec laquelle la végétation convertit la lumière du Soleil et le dioxyde de carbone en énergie. Autrement dit, là où une image classique montre la couleur d'un couvert végétal, FLEX renseigne sur son fonctionnement. L'agence attend de ces données qu'elles aident à évaluer la santé des plantes, la productivité des écosystèmes et les effets du stress environnemental et du changement climatique.

## Pourquoi FLEX vole en formation avec Sentinel-3
Mesurer une fluorescence aussi faible depuis 814 kilomètres d'altitude suppose de savoir ce qui se trouve entre la plante et le capteur. Les nuages, les aérosols et la vapeur d'eau modifient le signal, tout comme la nature de la surface observée. C'est le rôle du tandem : le satellite FLEX orbite 40 à 100 kilomètres devant un satellite Sentinel-3, qui fournit au même moment des mesures sur l'atmosphère, la température de surface et le type de couvert.

Cette formation sera d'abord constituée avec Sentinel-3A, déjà en orbite. Sentinel-3C viendra ensuite prendre sa place, après une série de manœuvres. L'ESA estime que la combinaison des deux jeux de mesures donnera une vue inédite du fonctionnement de la végétation à l'échelle du globe.

Faire parler la végétation depuis l'espace n'a rien d'isolé. Un autre satellite européen s'attaque au même sujet par un tout autre angle, en cherchant [à estimer la masse de bois contenue dans les forêts](https://lepointdujour.fr/actualite/1601-ce-satellite-revolutionnaire-va-peser-les-forets-biomass-entre-en-scene-03052025/).

Les principaux paramètres publiés par l'agence pour la mission tiennent en quelques chiffres :

ParamètreValeur publiée par l'ESACe que cela impliqueAltitude de l'orbite814 kmOrbite héliosynchrone, éclairement comparable à chaque passageRésolution des cartes300 m × 300 mUn point de mesure couvre 9 hectaresCycle de répétition27 joursMoins de deux passages par mois au-dessus d'un même pointÉcart avec Sentinel-340 à 100 kmMesures atmosphériques prises presque au même instantDurée de vie prévue3,5 ansAu moins trois cycles saisonniers de végétation
## Ce que Sentinel-3C prolonge, dix ans après le premier de la série
Le second passager du vol répond à une autre logique. Sentinel-3C est le troisième satellite de la série Sentinel-3, dont le premier exemplaire a été lancé il y a dix ans. Il embarque quatre instruments scientifiques et poursuit une collecte entamée depuis : température de surface des océans et des terres, couleur de l'océan, état de la mer et des glaces, végétation, niveau des eaux continentales.

Une partie de ces données est délivrée en temps quasi réel, ce qui sert à la prévision océanique et météorologique autant qu'au suivi du climat. La gouvernance suit cette double nature : l'ESA assure le développement, puis, la recette terminée, la mission est gérée conjointement avec Eumetsat. Eumetsat exploite le satellite au quotidien et livre les produits marins et atmosphériques rapides, l'ESA fournit ceux qui portent sur les terres, la cryosphère et les eaux continentales.

Ces séries longues pèsent lourd dans la compréhension du climat, un domaine où l'observation depuis l'orbite a déjà changé le diagnostic, par exemple sur [le réchauffement de l'Arctique et ses effets en Europe](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/1919-rechauffement-de-larctique-ces-gros-impacts-sur-le-climat-en-france-et-en-europe-22052025/).

## Une mission courte, et des cartes qui n'arriveront pas tout de suite
Un décollage réussi ne signifie pas que les données sont disponibles. Il faut d'abord terminer la mise à poste, puis une phase de recette de trois mois pendant laquelle l'instrument est étalonné. La durée de vie nominale de FLEX est ensuite de 3,5 ans, un choix dicté par la science plutôt que par la technique : ce laps de temps permet de couvrir au moins trois cycles saisonniers de végétation dans l'hémisphère nord comme dans l'hémisphère sud.

Le statut de la mission mérite lui aussi d'être rappelé. L'ESA la présente comme une mission de recherche, pas comme un service opérationnel : FLEX doit démontrer ce que la fluorescence apporte, il n'alimentera pas en continu un service public de données comme le font les Sentinel. Enfin, le tandem complet reste à construire, puisque le passage de Sentinel-3A à Sentinel-3C demandera des manœuvres qui n'ont pas encore eu lieu. Le détail des paramètres figure dans [la fiche technique de la mission](https://www.esa.int/Applications/Observing_the_Earth/FutureEO/FLEX/Facts_and_figures), et le déroulé du tir dans [la présentation publiée avant le décollage](https://www.esa.int/Applications/Observing_the_Earth/FLEX_and_Sentinel-3C_ready_for_liftoff_on_Vega-C).

Pour suivre les premières cartes de fluorescence et la mise en service des deux satellites, il suffit d'ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google.

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