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# Pour une pièce de 1 nouveau franc, le Scopitone projetait dans les bars l'un des 36 films de son barillet
**URL:** https://lepointdujour.fr/nostalgie/8515-scopitone-juke-box-cameca/
Date: 2026-10-12
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Son brevet est déposé le 31 août 1959, et l'appareil sorti des ateliers Cameca de Courbevoie aligne 36 bobines de film 16 mm sur un barillet rotatif.
Categories: Nostalgie
Tags: Loisirs et vie collective, Objets cultes du quotidien
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/10/12-scopitone-juke-box-cameca-hero-scaled.jpg
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Reste à comprendre comment une armoire de 182 centimètres allait chercher le bon film, et pourquoi deux documents de la même institution ne donnent pas la même date de fin de fabrication.
Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [le premier Walkman et ses deux prises casque](https://lepointdujour.fr/nostalgie/8144-walkman-sony-tps-l2-deux-prises/).
## Le Scopitone, un juke-box qui ajoutait l'image au son
La machine a sa fiche au catalogue des appareils de la Cinémathèque française. La [notice du modèle ST 16](https://www.cinematheque.fr/fr/catalogues/appareils/collection/projecteur-de-film-16-mm-sonoreap-13-2827.html) le dit en une phrase empruntée à la revue La Technique cinématographique, en 1961 : « Le Scopitone, réalisé et construit en série par la compagnie Caméca, **renouvelle la formule du juke-box en ajoutant l'image à la voix** ». Une autre référence de 1961 reprise par la notice, signée Moline, le décrit autrement : « Le Scopitone remplit la fonction d'un projecteur cinématographique, sous l'aspect d'un récepteur de télévision ». Deux manières de décrire le même appareil.
L'appareil est français. Le constructeur est Cameca, installé 103 boulevard Saint-Denis à Courbevoie, le distributeur portant la même raison sociale au 79 boulevard Haussmann à Paris. La notice rattache l'appareil au brevet français n° 1 243 461, déposé le 31 août 1959 et délivré le 5 septembre 1960, au nom de Frédéric Mathieu. Selon la même notice, qui cite ici l'historien Jean-Charles Scagnetti, la Cameca présente officiellement l'appareil aux professionnels de l'automatique à la Foire de Paris, du 14 au 29 mai 1960, avec les huit premiers titres du catalogue.
## Un barillet de 36 bobines et une pièce de 1 nouveau franc
Le principe tient dans un mot de la notice : le barillet. Trente-six bobines de film 16 mm à piste magnétique, d'une cinquantaine de mètres chacune, sont montées sur un tambour rotatif à axe vertical. Le client fait sa sélection, la lecture se déclenche à la pièce, et le film défile en continu. Sur le ST 16, la projection est assurée par une lampe de 400 watts et un objectif de 50 millimètres, le son par un amplificateur de 8 watts, et l'ensemble tient dans une caisse de 110 centimètres de long, 100 de large et 182 de haut.
Photo d'illustration : un Scopitone de fabrication américaine, construit sous licence par Tel-A-Sign Incorporated à Chicago, photographié en 2009 derrière un commerce du quartier de Georgetown, à Seattle.. Crédit : Joe Mabel, via Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0
La mise en marche se fait par une pièce de 100 F ou de 1 NF, précisent les deux notices, un détail qui date l'objet : [le nouveau franc valait cent anciens francs depuis le 1er janvier 1960](https://lepointdujour.fr/nostalgie/7882-nouveau-franc-conversion-anciens-francs/). Sur [le ST 36 de 1963](https://www.cinematheque.fr/fr/catalogues/appareils/collection/projecteur-de-film-16-mm-sonoreap-14-2925.html), la sélection se fait au clavier, le rebobinage est automatique, et l'image passe par un miroir incliné avant d'arriver sur l'écran. La caisse a grandi : 115 centimètres de long, 87 de large, 205 de haut.
Sur la taille de l'écran, les chiffres cités par la notice ne mesurent pas tous la même chose. La fiche technique de la Cinémathèque, pour le ST 16 comme pour le ST 36, donne un écran de 30,5 sur 40,5 centimètres, et son exposition en ligne reprend le même chiffre. La citation de la Revue du son, en novembre 1961, parle d'une diagonale de 54 centimètres, mais elle décrit l'appareil de 1961, celui de la génération du ST 16. L'historien Jean-Charles Scagnetti, cité par la même notice, écrit pour le ST 36 que la taille de l'écran de projection atteignit 65 centimètres de diagonale, tout en décrivant deux lignes plus loin un simple écran de Plexiglas de 54 sur 42 centimètres. La notice ne commente pas ces écarts.
Les deux appareils conservés sont des exemplaires numérotés : le ST 16 porte le numéro de série 0034 et l'inscription Cameca, 79 bd Haussmann Paris, le ST 36 le numéro de fabrication 4692 et un objectif Benoist Berthiot. La notice du second détaille ce que contenait la caisse, lecteur de son magnétique, haut-parleur, ventilateur, filtre anticalorifique et coffre-fort intérieur, et signale que des films sont encore enroulés sur ses bobines. D'après l'auteur Jean-Charles Scagnetti, cité par cette notice, le ST 36 remplace le ST 16 à la fin de l'année 1963.
## Des films tournés par de jeunes réalisateurs
Le Scopitone a fait travailler des équipes entières. Dans [l'exposition en ligne que la Cinémathèque française lui consacre](https://artsandculture.google.com/story/igVR8vSiTptNLw), Andrée Davis-Boyer, productrice puis réalisatrice de Scopitones, est donnée à l'origine de plus de 500 clips, ce qui lui vaudra le surnom de Mamy Scopitone. La même exposition cite, parmi les réalisateurs qui ont commencé par ce support, Claude Lelouch, auteur de plus de 80 de ces films, François Reichenbach, Jean-Christophe Averty et Gérard Sire. La notice du ST 36 date précisément l'un de ces tournages, celui de Scopitone Party par Claude Lelouch, en mai et juin 1964.
Le rythme de fabrication suit. En 1965, la revue La Technique cinématographique, citée par la notice du ST 16, écrit que l'appareil « sort à la cadence de **160 par mois** des ateliers de Courbevoie ». L'année précédente, selon Jean-Charles Scagnetti, cité par la notice du ST 36, 1964 marque la consécration de l'appareil en France, pendant que la société Scopitone Inc. s'installe sur le marché américain.
## Trois appareils, deux barillets et deux formats de film
Les fiches de la Cinémathèque permettent de mettre les machines côte à côte, chacune avec son nombre de bobines, son format de film et sa hauteur :
AppareilAnnéeBobines et formatHauteurScopitone ST 16, Cameca196136 bobines de film 16 mm à piste magnétique182 cmScopitone ST 36, Cameca196336 bobines de film 16 mm à piste magnétique205 cmCinematic 50, SMC197750 bobines de film super 8 sonore magnétique216 cm
Le troisième appareil n'est plus un Scopitone, mais la [notice du Cinematic 50](https://www.cinematheque.fr/fr/catalogues/appareils/collection/projecteur-de-film-super-8-mm-sonoreap-13-2826.html) le décrit comme un projecteur de ce type. Il est fabriqué en 1977 par la Société des Machines Cinematic, à Montreuil-sous-Bois, et passe au super 8. Les films, eux, ne sont plus tournés pour la machine : la notice indique qu'à partir de 1977 les clips étaient achetés au Royaume-Uni à la firme de production Rank TV, tournés en vidéo 2 pouces Ampex, transférés par laser sur pellicule 35 millimètres, puis tirés en super 8.
## 1970 ou 1974, deux dates pour une même fin
Reste la question de l'arrêt, et c'est là que les documents divergent. La notice du Cinematic 50 reproduit des précisions fournies en 2018 par un témoin, Jean-Philippe Dauchy, selon lesquelles Cameca, filiale de la CSF, avait cessé toute fabrication du Scopitone en 1970, son catalogue ayant ensuite été racheté. L'exposition en ligne de la Cinémathèque, elle, écrit que la société Caméca a cessé sa production en 1974.
Quatre ans d'écart, deux documents de la même institution, et aucun moyen de trancher depuis l'extérieur. La notice ne présente d'ailleurs pas ce passage comme sa propre recherche : elle le donne sous la mention « précisions apportées par M. Jean-Philippe Dauchy, 26 novembre 2018 », c'est-à-dire un témoignage recueilli, dont elle ne dit pas s'il a été recoupé. Le plus prudent est donc de retenir les deux dates telles qu'elles sont publiées, sans en choisir une. Le même témoignage date la suite : la Société des Machines Cinematic a cessé son activité en 1979.
Il reste de cette histoire des bobines dans des collections privées et des appareils inventoriés dans un musée du cinéma. Ces machines rejoignent nos [pages consacrées aux objets cultes d'autrefois](https://lepointdujour.fr/tag/objets-cultes/) et notre [dossier sur les loisirs et la vie collective](https://lepointdujour.fr/tag/loisirs-vie-collective/), aux côtés d'une [machine de l'ORTF qui fabriquait les images des Shadoks](https://lepointdujour.fr/nostalgie/8347-shadoks-animographe-ortf/). Question suivante : que valent aujourd'hui les disques que ces films accompagnaient ? Réponse dans notre article sur [les vinyles français recherchés par les collectionneurs](https://lepointdujour.fr/actualite/1122-ces-disques-vinyles-francais-se-revendent-une-fortune-aupres-des-collectionneurs-15032025/). Pour la suite de ces explorations, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google reste le moyen le plus direct.
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