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# En 1984, le Minitel 1 se louait 70 francs par mois, mais il était fourni gratuitement là où il remplaçait l'annuaire papier
**URL:** https://lepointdujour.fr/nostalgie/8477-minitel-gratuit-annuaire-papier/
Date: 2026-10-10
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Dans les zones ouvertes à l'annuaire électronique, les Télécommunications proposaient le Minitel 1 sans frais, à la place de l'annuaire papier.
Categories: Nostalgie
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Les documents de l'administration des télécommunications, publiés entre 1984 et 1985, montrent comment un terminal facturé au mois ailleurs a pu entrer gratuitement dans des millions de foyers.
Le 4 février 1983, le service de l'annuaire électronique ouvre officiellement en Ille-et-Vilaine, coup d'envoi de son ouverture sur tout le territoire. Le petit écran ne s'achète pas : il est remis aux abonnés du téléphone. Dans ce seul département, 67 500 Minitel sont distribués gratuitement au cours de l'année 1983.
Le chiffre vient de Jacques Billard, directeur régional des télécommunications de Bretagne de 1978 à 1984, dans un récit cosigné avec Alain Daladoire en 2004.
## Minitel gratuit : la règle écrite par la DGT en 1984
La plaquette commerciale [Les terminaux Minitel, éditée en mai 1984 par la Direction générale des télécommunications](https://www.histelfrance.fr/storage/2025/07/1984.05PlaquetteLesTerminauxMinitel.pdf), fixe les conditions sans ambiguïté. Le Minitel 1 est disponible pour 70 francs par mois en location-entretien, au tarif du 1er avril 1984. Mais dans les zones où le service annuaire électronique est ouvert, les Télécommunications proposent aux abonnés d'en disposer gratuitement, en remplacement de l'annuaire papier.
Plus de 150 000 Minitel sont en service au début de 1984, et la DGT en attend près de trois millions à la fin de 1986. Les conditions varient selon le modèle :
- Minitel 1, écran noir et blanc et petit clavier : 70 francs par mois, ou gratuit dans les zones de l'annuaire électronique ;
- Minitel 10, qui ajoute un téléphone à mémoire de 20 numéros : 120 francs par mois, ramenés à 50 francs dans ces mêmes zones.
Un an plus tard, le supplément de septembre 1985 de la Revue française des télécommunications précise la règle. Le Minitel 1 est mis à disposition sans supplément d'abonnement, dans la limite d'un quota par ligne. Hors de ces zones ou au-delà du quota, la location passe à 85 francs par mois. Le Minitel 10 coûte 60 francs dans les zones de l'annuaire et 145 francs ailleurs.
## Un annuaire papier trop lourd et vite périmé
L'argument de départ n'a rien de futuriste. Le 24 octobre 1979, devant la presse régionale, Jacques Billard présente trois prototypes et annonce une mise en service de l'annuaire électronique avant la fin de 1982 en Ille-et-Vilaine. Le texte publié par [l'association ACONIT dans les actes du colloque de 2004](https://www.aconit.org/histoire/colloques/colloque_2004/billard.pdf) détaille ses raisons :
- une mise à jour pratiquement en temps réel, alors qu'en un an l'annuaire papier compte environ 30 % d'informations erronées ;
- une consommation de papier évaluée à 30 000 tonnes, qui devait passer à 100 000 tonnes en 1985 ;
- près de 14 millions d'abonnés au téléphone, et 34 millions attendus en 1992 selon Jean-Paul Maury, responsable du projet à la DGT.
La Revue française des télécommunications cite aussi un annuaire papier lourd à mettre à jour, tout en insistant sur le volontariat : l'annuaire papier restait disponible pour ceux qui le souhaitaient.
À Saint-Malo, le test mené du 15 juillet au 15 septembre 1980 repose sur 53 appareils, rapporte Jacques Billard. Selon une chronologie de la télématique publiée par l'université Bordeaux Montaigne, Ouest France révèle le 17 janvier 1981 une enquête de la DGT : pendant ce test, une recherche dans l'annuaire électronique demandait trois fois plus de temps qu'avec l'annuaire imprimé.
## Le 11, puis 23 millions d'abonnés à portée de clavier
Le déploiement se fait région par région, à la demande des conseils régionaux, dès 1983, avec l'objectif qu'en 1986 chaque région ait connu un début d'ouverture, selon la revue de la DGT. Le 7 mai 1985 est inaugurée la base nationale de l'annuaire électronique : les 23 millions d'abonnés au téléphone deviennent accessibles en composant le 11, pour le même coût que la recherche autrefois limitée au département de l'abonné.
La base accepte 2 000 interrogations simultanées et enregistre 40 000 mises à jour par jour. Le parc suit : 810 000 Minitel en service au 1er juin 1985, puis 1 000 000 au 1er septembre 1985, dont 30 % utilisés en milieu professionnel.
Pour suivre cette montée en charge d'un coup d'œil :
DateRepèreSource198367 500 Minitel distribués gratuitement en Ille-et-VilaineBillard et Daladoire, 20041er avril 1984Minitel 1 loué 70 francs par mois hors zones de l'annuairePlaquette DGT, mai 1984Début 1984Plus de 150 000 Minitel en servicePlaquette DGT, mai 19841er septembre 19851 000 000 de Minitel en serviceRevue française des télécommunications1992Parc de 6 272 000 MinitelBillard et Daladoire, 200420002,9 milliards de francs reversés aux éditeursRéponse ministérielle, 2002
## Du 11 au 3615 : quand le trafic fait tomber Transpac
L'annuaire gratuit installe le terminal, les services payants le font vivre. Avec la taxation dite kiosque, décrite par la revue de la DGT, l'usager consulte sans abonnement et paie avec sa facture de téléphone. Selon la chronologie de l'université Bordeaux Montaigne, le kiosque réservé à la presse ouvre en février 1984.
En juin 1985, le réseau de transmission Transpac dépasse subitement 2,5 millions d'appels quotidiens. Le 18 juin, il ne répond plus : ses centraux, proches de leur pleine charge, révèlent des défauts de logiciel indétectables à froid, explique [le supplément de septembre 1985 de la Revue française des télécommunications](https://www.histelfrance.fr/storage/2025/07/1985.09TeletelUnPeudHistoireSupplementRFT.pdf). Le 12 juillet, tous les accès au 3615 sont rouverts, et 40 commutateurs au lieu des 33 prévus doivent être en service à la fin de 1985.
La croissance ne s'arrête pas là. En 1992, le parc atteint 6 272 000 Minitel, dont 4 477 000 modèles de base M1 et 1B, selon Jacques Billard. En février 2002, [une réponse ministérielle à une question écrite de Louis Mexandeau](https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/11/questions/QANR5L11QE63889) dresse le bilan :
- un parc de terminaux dédiés monté à 6,5 millions au plus haut, puis ramené à 5,1 millions en 2000 ;
- un trafic de 90 millions d'heures en 1993, tombé à 65 millions d'heures en 2000 ;
- 2,9 milliards de francs reversés aux éditeurs de services en 2000, en baisse de 11,6 % sur un an.
Cette apogée est racontée dans notre article sur [les 6,5 millions de terminaux et les plus de 25 000 services du Minitel](https://lepointdujour.fr/nostalgie/7440-minitel-apogee-declin-arret/).
## 30 juin 2012 : la fin du réseau, mais pas du 3618
La fin est actée par étapes. Selon la réponse ministérielle publiée au Journal officiel le 21 février 2012, France Télécom Orange annonce dès janvier 2010 la fermeture technique de l'offre X25, le réseau qui porte le Minitel. Motifs invoqués : un support obsolète et un nombre d'utilisateurs en constante diminution.
Minitel : La dernière séance, le 29 juin 2012, à La Cantine. Crédit : Nicolas Vigier, CC0, via Wikimedia Commons.
D'abord prévue le 30 septembre 2011, la fermeture technique est repoussée au 30 juin 2012, et la fin de la commercialisation au 1er mars 2012. Le député qui interrogeait le ministre évoquait encore quelque 800 000 terminaux. Aucun arrêt n'était prévu pour le 3618, utilisé par les personnes malentendantes, et les communications de Minitel à Minitel, qui dépendaient d'un autre réseau, devaient être maintenues.
## Ce que les archives ne tranchent pas
La gratuité elle-même mérite une précision : la revue de la DGT parle d'un terminal mis à disposition sans supplément d'abonnement, dans la limite d'un quota par ligne.
Plusieurs chiffres restent fragiles :
- les parcs annoncés pour 1983 et 1984 diffèrent d'une source à l'autre ;
- Jacques Billard décrit les premiers Minitel de grande diffusion avec un clavier en ordre alphabétique, alors que la plaquette de 1984 présente un clavier AZERTY ;
- la revue de la DGT date la panne de Transpac du 18 juin 1985, la chronologie de l'université Bordeaux Montaigne du 24 juin ;
- aucune des sources consultées ne chiffre le papier réellement économisé grâce à l'annuaire électronique.
## Questions fréquentes
### Le Minitel était-il vraiment gratuit ?
Dans les zones où l'annuaire électronique était ouvert, oui : la DGT proposait le Minitel 1 sans frais, à la place de l'annuaire papier. Ailleurs, il se louait 70 francs par mois en 1984, puis 85 francs selon la revue de la DGT de septembre 1985.
### Combien de Minitel ont été distribués en Ille-et-Vilaine ?
Selon Jacques Billard, alors directeur régional des télécommunications, 67 500 Minitel y sont distribués gratuitement en 1983, l'année où le service de l'annuaire électronique y ouvre officiellement, le 4 février.
### Pourquoi vouloir remplacer l'annuaire papier ?
En 1979, la direction régionale de Bretagne estimait qu'environ 30 % de ses informations étaient erronées au bout d'un an. La consommation de papier devait aussi passer de 30 000 à 100 000 tonnes en 1985.
### Que permettait de faire le 11 ?
Le 11 donnait accès à l'annuaire électronique. Depuis l'inauguration de la base nationale, le 7 mai 1985, il permettait de trouver les coordonnées des 23 millions d'abonnés au téléphone de la métropole, pour le prix d'une recherche départementale.
### Quand le Minitel s'est-il arrêté ?
La fermeture technique du réseau a eu lieu le 30 juin 2012, après un report depuis le 30 septembre 2011. Le 3618, utilisé par les personnes malentendantes, devait être maintenu.
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