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# Au théâtre ce soir semblait joué en direct, mais chaque pièce était montée à partir de deux ou trois représentations au théâtre Marigny

**URL:** https://lepointdujour.fr/nostalgie/8395-au-theatre-ce-soir-marigny/
Date: 2026-10-09
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Les pages de l'INA donnent près de 400 pièces, un répertoire en recense 411 émissions et 416 pièces, et la série s'arrête en 1984 ou en 1986.
Categories: Nostalgie
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/10/11-au-theatre-ce-soir-marigny-scaled.jpg
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Reste à comprendre comment une émission filmée devant un public pouvait passer pour du direct, et pourquoi les archives elles-mêmes hésitent sur son décompte.

Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [les Shadoks et le courrier des téléspectateurs de l'ORTF](https://lepointdujour.fr/nostalgie/8304-shadoks-ortf-courrier-telespectateurs/).

## Au théâtre ce soir, de 1966 au milieu des années 1980, sur les chaînes publiques

La fresque de l’Institut national de l’audiovisuel pose le cadre. Dans son [parcours consacré au théâtre à la télévision](https://fresques.ina.fr/en-scenes/parcours/0008/le-theatre-a-la-television.html), l'INA écrit que la série est créée par **Pierre Sabbagh et Georges Folgoas**, et qu'elle est diffusée sur la première et la deuxième chaîne de l'ORTF, celles qui deviendront TF1 et Antenne 2. La page de la même fresque consacrée aux conditions d'enregistrement écrit qu'Au théâtre ce soir sera diffusé de 1966 à 1984 et qu'il bénéficiera rapidement du passage à la couleur, avec entre parenthèses la date du 1er octobre 1967. Cette date est celle du passage à la couleur de la deuxième chaîne ; l'INA ne dit pas à partir de quand l'émission elle-même a été diffusée en couleur.

Le guide des sources de l’inathèque le dit sans détour : jamais en direct, les enregistrements pouvaient s’étaler sur plusieurs jours. Le principe tient en une phrase : une pièce de théâtre jouée sur une vraie scène devant de vrais spectateurs, puis portée dans les foyers. L'INA rappelle que, dans les années 1950, les dramatiques télévisuelles, ces fictions jouées par des comédiens et captées par la télévision, étaient enregistrées en noir et blanc dans les studios des Buttes-Chaumont. Avec cette série, la captation quitte le studio pour la salle.

## Le direct qui n'en était pas un

C'est le point le plus souvent simplifié quand on se souvient d'Au théâtre ce soir. L'INA l'écrit sans détour : les pièces, même filmées en direct et en public, ne sont jamais retransmises telles quelles. Pierre Sabbagh ou Georges Folgoas réalisent des captations à partir de **deux ou trois représentations**, avant de monter les meilleures prises et de les diffuser. Le téléspectateur ne voyait donc pas une soirée, mais la meilleure version de deux ou trois soirées.

Le dispositif reposait pourtant sur la réaction authentique de la salle. Dans un reportage de la collection Micros et caméras, diffusé le 26 novembre 1966 sur l'ORTF, un intervenant demande au public de Marigny de tenir son rôle : s’il a envie de rire, qu’il rie largement et franchement, s’il veut applaudir, qu’il le fasse librement, sans penser aux micros ni aux caméras. Le même reportage nomme la pièce du moment, Les Portes claquent, de Michel Fermaud, dans une mise en scène de Christian Gérard.

Pierre Sabbagh résume l'enjeu d'une formule, dans ce même document : c'est comme ça dans une salle devant mille personnes, dit-il, mais là c'est comme ça devant quinze millions de personnes. Une erreur de plateau ne se rattrape pas. L'INA décrit d'ailleurs la série comme un dispositif hybride, entre l'enregistrement de studio et la représentation théâtrale, qui n'autorise pas les ratés.

## Marigny, un théâtre municipal transformé en studio

Le choix du lieu n'a rien d'un hasard, et le réalisateur d'Au théâtre ce soir le raconte lui-même. Le théâtre Marigny, au carré Marigny à Paris, offre selon lui une cinquantaine de perches sur scène, ces barres suspendues qui portent décors et projecteurs dans le vocabulaire de la scène. Il y trouve aussi un jeu d'orgue double, le pupitre de commande des lumières, grâce auquel le chef opérateur peut modifier ses éclairages en cours de représentation, un éclairage pris dans la maçonnerie et une rampe escamotable, raison pour laquelle on ne voit jamais de rampe dans l'émission.

![Plafond à caissons et balcons dorés d'une salle de théâtre, avec des projecteurs accrochés à la rambarde du premier balcon](https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/10/11-au-theatre-ce-soir-marigny-2.jpg)La salle du théâtre Édouard VII, à Paris, où quelques pièces de la série ont été enregistrées, à Paris. Crédit : rene boulay, via Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0
La contrainte suivante est celle du cadre. Pierre Sabbagh explique avoir voulu des caméras à la hauteur de l’œil du comédien : filmer depuis le balcon, dit-il, donnerait du plancher et des crânes, pas des hommes et des femmes en train de jouer. Les décors sont construits et non peints sur toile, mais montés vite, à la technique du théâtre, Marigny étant un théâtre municipal qui joue toute l’année pour son propre compte.

Quelques pièces, précise la même page, ont été enregistrées au théâtre Édouard VII, mais c'est à Marigny que l'essentiel des enregistrements a eu lieu.

## Une dizaine de micros par pièce et une équipe qui n'a pas changé

Le son est l'autre contrainte invisible. Interrogé dans le reportage de 1966, Pierre Sabbagh indique à peu près dix micros par pièce, quelquefois douze, quelquefois huit, selon les mouvements et les déplacements. Le chiffre dit la différence avec un plateau de télévision ordinaire, où la prise de son suit un découpage prévu à l'avance.

Derrière les caméras, l'INA décrit une équipe restée inchangée pendant toute la durée de la série : Jean-Jacques Bricaire pour les choix littéraires, l'administratif et les castings, Fred Kiriloff pour les lumières, Pierre Billard pour la prise de son, Yvette Boussard pour le script, Roger Harth pour les décors et Donald Cardwell pour les costumes. La fiche note que ces deux derniers noms étaient toujours cités à la fin des retransmissions.

## Près de 400, 411 ou 416 : ce que les archives ne tranchent pas

Le total des pièces diffusées par Au théâtre ce soir varie d'une page à l'autre, à l'intérieur même des publications de l'INA. La fiche sur les conditions d'enregistrement parle de près de 400 pièces. Le parcours sur le théâtre à la télévision écrit plus de 400 pièces et renvoie en note à un site qui propose le répertoire complet, signé Jean-Jacques Bricaire et Fred Kiriloff, des **411 émissions et des 416 pièces** de la série. L'INA n'explique pas l'écart entre ces deux nombres, et aucune des pages consultées n'indique comment le répertoire a été compté.

La date de fin n’est pas plus stable, et l’INA ne dit pas la même chose d’un document à l’autre. La fiche sur les conditions d’enregistrement et le parcours sur le théâtre à la télévision arrêtent la série en 1984. La page de la collection sur le service de visionnage écrit que l’émission a accompagné les Français de 1966 à 1986, tout en affichant, à côté du titre de la collection, la mention 1966-1982. Deux guides des sources publiés par l’inathèque écrivent l’un et l’autre 1966-1986, le second ajoutant un décompte de 430 documents. Aucune de ces pages n’explique l’écart, et il serait imprudent d’en déduire une cause : le motif n’est pas documenté dans les sources consultées. Source par source, le détail de ces écarts tient en quelques lignes :

ÉlémentCe qu'écrit la pagePage de l'INAPériode de diffusionDe 1966 à 1984Fiche sur les conditions d'enregistrementPériode de diffusionDe 1966 à 1986Page de la collection en ligneNombre de piècesPrès de 400 piècesFiche sur les conditions d'enregistrementNombre de piècesPlus de 400 pièces, et en note un répertoire de 411 émissions et 416 piècesParcours sur le théâtre à la télévisionLieux d'enregistrementSurtout le théâtre Marigny, parfois le théâtre Édouard VIIParcours et ficheFabricationCaptation sur deux ou trois représentations, puis montageFiche sur les conditions d'enregistrement

## Une fabrication bien documentée, un décompte qui l'est moins

Ce qui reste solide, c'est la mécanique : une équipe fixe, des décors montés et démontés vite, une dizaine de micros, des caméras à hauteur d'homme et un montage tiré de deux ou trois soirées. Ce qui reste flou, c'est la comptabilité. La [fiche de l'INA sur les conditions d'enregistrement](https://fresques.ina.fr/en-scenes/fiche-media/Scenes00373/les-conditions-d-enregistrement-des-series-au-theatre-ce-soir-a-marigny.html) et le [catalogue de la collection](https://madelen.ina.fr/collection/au-theatre-ce-soir-64) restent, sur ce point, les documents à citer.

Question suivante : que deviennent les objets de cette culture populaire une fois sortis de l'antenne ? Réponse dans notre article sur [les disques vinyles français recherchés par les collectionneurs](https://lepointdujour.fr/actualite/1122-ces-disques-vinyles-francais-se-revendent-une-fortune-aupres-des-collectionneurs-15032025/), et dans celui consacré à [l'arrivée de Goldorak sur Antenne 2 en 1978](https://lepointdujour.fr/nostalgie/8252-goldorak-recre-a2-polemique-violence/). Pour suivre les prochains épisodes de cette histoire de la télévision, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google reste le geste le plus simple.

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