Dossier : Nostalgie › Le franc et les prix d'avant
Voir le sommaire Ne plus voir le sommaire
- Le VéloSolex a dépassé les 8 millions d’exemplaires entre 1946 et 1988
- Un prototype de 1941, moteur posé sur la roue avant
- Trente-cinq kilomètres par heure, et un litre aux cent
- Quatre dates qui résument toute la série
- Saint-Quentin, 31 août 1988 : la chaîne est démontée
- Des courses d’étudiants aux randonnées de collectionneurs
- Une seconde vie électrique, mais plus la même machine
Reste à comprendre comment un vélo à moteur dessiné pendant la guerre a tenu plus de quarante ans dans les rues françaises, puis s’est arrêté en quelques mois.
Pour aller plus loin, lire notre article dédié : la Renault 4 et la fin de sa production en 1992.
Le VéloSolex a dépassé les 8 millions d’exemplaires entre 1946 et 1988
Le chiffre figure sur un panneau d’exposition publié en mai 2025 par le service communication de Mulhouse Alsace Agglomération, consacré à ce que le document appelle les années Solex : plus de 8 millions d’exemplaires vendus entre 1946 et 1988. Étalée sur quarante-trois années de commercialisation, cette masse représente une moyenne de l’ordre de 186 000 machines par an, sans interruption, ce qui place le VéloSolex très au-dessus des séries habituelles de l’industrie française du deux-roues.
Le même document rappelle ce qui a été mis en vente en 1946 : un modèle équipé d’un moteur de 45 cm3, capable d’atteindre 35 km/h. Sa construction simple et son prix d’achat très bas en ont fait, toujours selon ce panneau, la machine des étudiants et des ouvriers. Autrement dit, le VéloSolex n’a jamais été vendu comme un objet de loisir, mais comme un moyen d’aller au travail ou en cours.
Un prototype de 1941, moteur posé sur la roue avant
L’objet est plus ancien que sa commercialisation. Le premier prototype sort en 1941, avec un moteur de 38 cm3 installé au-dessus de la roue avant. Cette position, très inhabituelle, explique la silhouette que tout le monde reconnaît : un cadre de bicyclette ordinaire, et un bloc cylindrique accroché en porte-à-faux devant le guidon, au-dessus du pneu.

Entre le prototype de 1941 et le modèle de 1946, la cylindrée passe de 38 à 45 cm3. Pour donner un ordre de grandeur, 45 cm3 représentent environ vingt-six fois moins qu’un moteur de petite voiture de 1 200 cm3. Tout l’intérêt de l’engin tient dans ce rapport : assez de puissance pour ne plus pédaler en côte, assez peu pour rester léger et bon marché.
Trente-cinq kilomètres par heure, et un litre aux cent
Les 35 km/h annoncés en 1946 situent exactement l’usage visé. À cette allure, dix kilomètres demandent environ dix-sept minutes, ce qui couvre la quasi-totalité des trajets domicile-travail d’une ville moyenne ou d’un bourg de campagne, mais interdit la route nationale.
La consommation, elle, a longtemps servi d’argument. Dans un reportage diffusé le 2 mai 2006 et répertorié au catalogue de l’Institut national de l’audiovisuel, le collectionneur Jo Bernard, alors âgé de 67 ans, résume sa machine par deux chiffres : 37 km/h et un litre aux cent kilomètres. Avec quatre litres dans le réservoir, cela fait quatre cents kilomètres, soit une autonomie que peu de deux-roues motorisés revendiquent encore.
Quatre dates qui résument toute la série
Les étapes retenues par les deux sources consultées tiennent en quelques lignes :
| Date | Étape | Repère chiffré |
|---|---|---|
| 1941 | Premier prototype | Moteur de 38 cm3 sur la roue avant |
| 1946 | Début de la commercialisation | Moteur de 45 cm3, 35 km/h |
| 1946 à 1988 | Durée de vie commerciale | Plus de 8 millions d’exemplaires vendus |
| 31 août 1988 | Reportage sur l’arrêt de la fabrication | Usine MBK de Saint-Quentin, 2 min 04 d’antenne |
| 2005 | Retour sous forme électrique | Une machine différente de celle de 1946 |
Saint-Quentin, 31 août 1988 : la chaîne est démontée
La fin se joue dans l’Aisne. Le 31 août 1988, le journal régional de France Régions 3 Amiens consacre deux minutes et quatre secondes à l’usine MBK de Saint-Quentin, qui cesse de fabriquer le Solex. La notice de ce reportage conservé par l’INA, signé Didier Cagny et Dominique Bertin, donne la raison invoquée : une chute des ventes. Elle indique aussi que la production pourrait reprendre à l’étranger, et que la chaîne sera bientôt démontée puis probablement envoyée en Asie.
Devant la caméra, deux ouvriers, Noël Druaux et René Poitevin, disent leur fierté et leur nostalgie pour une machine que la notice appelle la papa machine. Le directeur général industriel de MBK, André Sommerfelt, répond pour la direction. En quarante-deux ans, la route autour du VéloSolex avait pourtant changé de nature, à mesure que les règles de circulation se durcissaient, comme le rappelle l’obligation progressive de la ceinture de sécurité à partir de 1973.
Des courses d’étudiants aux randonnées de collectionneurs
Entre les deux bornes, l’objet s’est installé dans les usages, et les archives télévisées en gardent la trace. Le 3 mai 1976, une course de Solex baptisée la course du Caillou d’or réunit des étudiants sur le campus de Saint-Martin-d’Hères, en Isère. Le 23 janvier 1988, quelques mois avant l’arrêt de la chaîne, le journaliste politique Alain Duhamel raconte vingt ans de pratique et qualifie sa machine de jument rétive, en raison de sa stabilité incertaine et de ses démarrages difficiles.
Le 14 septembre 1997, un rassemblement annuel du côté de Saint-Nazaire propose une randonnée d’une centaine de kilomètres, à l’allure que l’on imagine. Et le 18 juin 2011, un collectionneur, Hugues Ossent, présente vingt modèles produits de 1946 à 1988. Question suivante : pourquoi certains objets de cette époque gardent-ils une telle cote ? Réponse dans notre article sur le chiffre gravé au fond des verres Duralex.
Une seconde vie électrique, mais plus la même machine
Le panneau de Mulhouse Alsace Agglomération signale qu’après l’arrêt de la production française, le Solex est revenu sous plusieurs formes, dont une version à moteur électrique disponible depuis 2005. La nuance compte : ce qui revient alors, c’est un nom et une silhouette, pas le moteur thermique de 45 cm3 ni la chaîne de Saint-Quentin. Un vélo à assistance électrique partage avec l’original l’idée d’un cadre de bicyclette motorisé, mais ni la mécanique, ni le bruit, ni le litre aux cent.
Il faut aussi prendre les chiffres pour ce qu’ils sont. Les 8 millions d’exemplaires sont un total de ventes publié par une collectivité, pas un relevé d’usine ligne par ligne, et les 35 km/h sont une vitesse annoncée en 1946, mesurée sans doute à plat et sans bagages. Le même écart existe pour beaucoup d’objets français de cette période, à commencer par le BIC Cristal et les kilomètres d’écriture qu’on lui prête. Pour suivre les prochaines trouvailles d’archives sur les objets du quotidien, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google reste le moyen le plus simple.
Crédit photo © LePointDuJour

