Dossier : Nostalgie › Objets cultes du quotidien
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Reste à comprendre ce que ce couvercle faisait de mieux que les autres, et pourquoi la marque s’est retrouvée devant un tribunal américain en septembre 2024.
Pour aller plus loin, lire notre article dédié : la Super Cocotte de Selongey, cet autre ustensile de cuisine devenu un meuble de famille.
Le brevet Tupperware de 1949 décrit une fermeture sans claquement
L’objet tient dans une phrase de juriste. Le brevet américain numéro 2 487 400, déposé par Earl S. Tupper le 2 juin 1947 et publié le 8 novembre 1949, s’intitule récipient à large ouverture et fermeture de type non claquant. Le titre dit déjà l’essentiel : à l’époque, les couvercles de boîtes se posaient en claquant, par encliquetage, et c’est précisément ce que l’inventeur voulait éviter.
Le matériau compte autant que la forme. Le brevet décrit une fermeture en polyéthylène, un plastique souple alors tout récent dans les objets du quotidien. Souple veut dire ici qu’il se déforme sous le doigt et revient à sa place, ce que ne savent faire ni le verre ni le métal. Toute la mécanique de la boîte repose sur cette propriété.
Un vide d’air partiel, obtenu du bout du doigt
Le couvercle n’est pas une simple plaque. Son pourtour forme une gorge en U renversé, avec une paroi intérieure, une paroi extérieure et une paroi de liaison. Cette paroi extérieure est très légèrement plus étroite que l’ouverture du récipient : en l’enfonçant, elle s’écarte, puis se referme sur le rebord. La partie centrale, elle, reste tendue.

Vient alors le geste que des millions de personnes ont répété sans le savoir. En appuyant sur le centre du couvercle, l’air contenu dans la boîte est chassé vers l’extérieur, ce qui crée un vide partiel et tire la fermeture vers le bas. Le brevet parle d’une traction automatique obtenue par ce moyen, et décrit le retrait comme un décollement, opéré en trois temps, sans bruit sec. Un second dépôt, le brevet 2 695 645 déposé le 8 mai 1950 et publié le 30 novembre 1954, ajoute une collerette qui sert de prise aux doigts et insiste sur un point commercial décisif : la fermeture supporte des ouvertures répétées sans se détériorer.
La réunion à domicile, une méthode de vente venue des États-Unis
La boîte ne s’est pas vendue en magasin, mais dans les salons. Un reportage diffusé sur Antenne 2 le 8 février 1978, conservé par l’Institut national de l’audiovisuel, montre une ménagère qui met son salon à la disposition d’une démonstratrice, avec une douzaine de voisines et d’amies invitées pour l’occasion. La notice précise que cette formule de vente directe vient des États-Unis et qu’elle a connu un grand succès en France.
Le chiffre donné par le reportage dit l’ampleur du phénomène : environ 4 000 réunions de ce type se tenaient chaque jour en France à cette date. Interrogé dans le sujet, un représentant de la société, M. Desaubliaux, met en avant la qualité du produit et celle du service. Le commentaire du journaliste résume la méthode d’une formule restée célèbre : l’art de vendre sans en avoir l’air.
Les produits étaient arrivés en France en 1960, selon les notices de la série de reportages que l’INA consacre à la marque. C’était l’année du passage au nouveau franc, dans une France où l’équipement de la cuisine se transformait vite, et où le catalogue Prisunic faisait entrer le design dans les foyers par un autre chemin, celui du magasin populaire.
De Joué-lès-Tours au Mexique et à l’Afrique du Sud
Derrière la réunion du mardi soir, il y avait une usine française. Un reportage du 26 septembre 1996 fête à Tours les cinquante ans du petit bol, fabriqué à Joué-lès-Tours, et indique que l’entreprise américaine emploie 484 personnes en Touraine. Les meilleures ventes citées sont des shakers pour sauces et vinaigrettes et des produits de conservation, exportés vers le Mexique et l’Afrique du Sud. La notice ajoute que le savoir-faire et le niveau technologique étaient alors présentés comme le secret de la maison.
Les notices du catalogue de l’INA donnent une chronologie française de la marque :
| Date du reportage | Ce que montre l’archive | Repère chiffré |
|---|---|---|
| 8 février 1978 | Une démonstration dans le salon d’une ménagère | Environ 4 000 réunions par jour |
| 26 septembre 1996 | Les cinquante ans du bol fabriqué à Joué-lès-Tours | 484 salariés en Touraine |
| 26 septembre 1996 | Les débouchés à l’exportation | Mexique et Afrique du Sud |
| 23 février 2010 | Les cinquante ans de la marque en France | Produits arrivés en 1960 |
| 27 août 2013 | L’anniversaire du site de Joué-lès-Tours | 40 ans d’activité |
| 7 octobre 2013 | Le réseau de vente directe | 35 000 vendeuses à domicile |
Le site tourangeau a fêté ses quarante ans en août 2013, ce qui place son ouverture au début des années 1970. Une autre archive, datée du 7 octobre 2013, filme une conseillère en contrat à durée indéterminée payée à la commission, présentée comme l’une des 35 000 vendeuses à domicile du réseau, et montre un ouvrier expliquant la fabrication des produits en polypropylène, cette matière qui donne l’aspect brillant caractéristique.
La vente directe a tenu plus longtemps que l’entreprise
La méthode a évolué avant de s’essouffler. Un sujet du 23 février 2010, tourné pour les cinquante ans de la marque en France, note que le concept de la réunion était alors jugé un peu démodé, et que les ventes à domicile s’étaient transformées en ateliers culinaires. La démonstratrice de 1978 était devenue conseillère culinaire, formée chaque lundi matin, mais le principe restait le même : montrer l’objet, le faire manipuler, et laisser le groupe faire le reste.
La suite appartient aux documents d’entreprise. Le communiqué déposé auprès du régulateur boursier américain le 17 septembre 2024 annonce que Tupperware Brands Corporation et certaines de ses filiales ont engagé volontairement une procédure de chapitre 11 devant le tribunal des faillites du district du Delaware. L’entreprise y indique qu’aucun changement n’est apporté dans l’immédiat aux contrats de ses conseillères indépendantes, et qu’elle demandera au tribunal d’autoriser un processus de vente afin de protéger la marque. Une fermeture inventée en 1947 aura donc survécu à la société qui l’a portée, du moins jusqu’à son prochain propriétaire. Question suivante : quel autre objet de cuisine porte une date de naissance gravée dans la matière ? Réponse dans notre article sur le chiffre inscrit au fond des verres Duralex. Pour suivre ce que deviendra la marque, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google reste le moyen le plus direct d’être prévenu.
Crédit photo © LePointDuJour

