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# Les salles de cinéma ont perdu près des trois quarts de leur public entre 1957 et 1992, avant le premier multiplexe
**URL:** https://lepointdujour.fr/nostalgie/8021-salles-cinema-frequentation-multiplexes/
Date: 2026-10-02
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Le parc est tombé de 2 807 387 fauteuils en 1959 à 960 383 en 1994, avant que les multiplexes n'en rouvrent 273 179 en dix ans.
Categories: Nostalgie
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Reste à comprendre ce qui a vidé les salles obscures pendant trente-cinq ans, et pourquoi la courbe s'est retournée au début des années 1990.
Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [l'arrivée de la télévision en couleur sur la deuxième chaîne en 1967](https://lepointdujour.fr/nostalgie/7672-television-couleur-secam-ortf/).
## Les salles de cinéma passent de 411,6 à 116 millions d'entrées
Le chiffre clôt une époque. En 1957, les **salles de cinéma** françaises enregistrent 411,6 millions d'entrées, et c'est la dernière fois du siècle que la barre des 400 millions est franchie. Entre 1938 et 1957, la fréquentation s'était maintenue autour de 393 millions de spectateurs par an. Le constat est posé par [un rapport d'information du Sénat déposé le 21 mai 2003](https://www.senat.fr/rap/r02-308/r02-3081.html), signé Michel Thiollière et Jack Ralite au nom de la commission des affaires culturelles.
La chute est ensuite continue. De 411,6 millions d'entrées en 1957, la fréquentation tombe à 170,3 millions en 1971. Elle se stabilise une douzaine d'années, puis repart à la baisse : de 178,5 millions en 1978, elle descend à **116 millions en 1992**. En trente-cinq ans, écrivent les rapporteurs, la salle de cinéma a perdu près des trois quarts de ses fidèles.
Le mouvement n'a rien de spécifiquement français, et la comparaison corrige même l'idée d'un effondrement national. Sur la période 1950-1985, relève le rapport, la fréquentation a été divisée par deux en France, par trois aux États-Unis, par quatre en Espagne, par plus de quatre et demi en Allemagne, par plus de cinq et demi en Italie, par sept au Japon et par près de vingt en Grande-Bretagne. Le pays a donc beaucoup perdu, mais nettement moins que ses voisins.
## La télévision prend la place du cinéma dans le budget des ménages
La cause principale tient en un meuble. En 1960, 66,5 % des dépenses audiovisuelles des ménages français allaient encore aux projections cinématographiques, contre 33,5 % aux activités de télévision. En 1990, le rapport s'est exactement inversé : 19,3 % pour le cinéma, 66,8 % pour la télévision, selon les comptes nationaux de l'Insee cités par le Sénat.
Le petit écran a aussi capté les films eux-mêmes. L'offre annuelle de longs métrages proposée par les chaînes hertziennes passe de 526 titres en 1977 à 1 336 en 1992. S'y ajoute le magnétoscope, présent dans 40 % des foyers en 1990, qui installe le visionnage à domicile et à la demande bien avant internet.
Le prix a joué sa part, sans être décisif. La place de cinéma vaut 1,86 franc en 1960, 4,78 francs en 1970, 16,13 francs en 1980 et 31,40 francs en 1990 : en trente ans, le billet a été multiplié par 16,8 quand le prix moyen des biens de consommation l'était par sept. Les enquêtes du Centre national du cinéma rappelaient pourtant que le tarif n'était pas le premier frein cité par les spectateurs.
## Des salles de quartier aux quartiers de salles
La géographie du cinéma change en même temps que son public. Les grandes salles uniques conçues entre les années 1930 et 1950, dont certaines comptaient plusieurs milliers de places, le Gaumont-Palace en alignait 4 000, sont découpées en complexes de plusieurs écrans à partir de la fin des années 1960. Le nombre moyen de fauteuils par salle passe ainsi de 481 en 1959 à 233 en 1990, et le parc total de fauteuils de 2 807 387 en 1959 à 960 383 en 1994.
L'ancien cinéma de Perros-Guirec, dans les Côtes-d'Armor : des centaines de salles de ce type ont fermé entre 1959 et 1994, pendant que le parc français perdait les deux tiers de ses fauteuils. Crédit : Philippe Alès, via Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0
Les exploitants assument alors un virage commercial que résume, sans ménagement, un prospectus adressé aux annonceurs par la régie Médiavision en 1976 : le spectateur du ciné du coin, du ciné du samedi soir est mort pour le cinéma, il a trouvé ailleurs le ronron du son et de l'image. La programmation se concentre sur les films en exclusivité, et les salles spécialisées dans la série B disparaissent presque entièrement.
## Le premier multiplexe ouvre à La Garde en 1993
Le retournement est daté. La reprise de la fréquentation, après trente-cinq ans de recul, s'amorce en 1993 avec une hausse de 15,6 % par rapport à 1992, puis se confirme avec 47 % de progression entre 1994 et 2002. L'année 1993 est aussi celle de l'ouverture du premier multiplexe français, le Pathé Grand Ciel, à La Garde, près de Toulon.
Encore faut-il s'entendre sur le mot. Le rapport rappelle qu'aucune définition réglementaire précise n'existait alors, et retient celle adoptée par l'Union internationale des cinémas lors de son assemblée générale de mai 1998 : un multiplexe est un établissement d'au moins huit écrans. Une étude économétrique du cabinet London Economics avait conclu que l'effet multiplexe n'apparaissait qu'à partir de ce seuil.
La montée en charge est rapide. De deux ouvertures et 24 écrans en 1993, le rythme passe à vingt ouvertures et 237 écrans pour la seule année 1999. Au 1er mai 2003, la France compte 111 multiplexes, 1 299 écrans et 273 179 fauteuils, et toutes les régions en sont dotées à l'exception de la Corse.
## Un parc redevenu le premier d'Europe
Le résultat se mesure sur l'ensemble du parc. Le nombre de salles actives remonte de 4 297 en 1992 à 5 241 en 2001, soit 22 % de plus, et les fauteuils atteignent 1 072 000. La fréquentation revient à 185,8 millions d'entrées en 2001. Avec 2 184 cinémas et 5 241 écrans, la France dispose alors de l'un des parcs les plus denses d'Europe, devant le Royaume-Uni et ses 3 248 écrans, et à peu près au niveau de l'Allemagne et ses 4 792 écrans.
Les deux bornes de cette histoire, telles que le rapport sénatorial les relève :
IndicateurPremier repèreSecond repèreEntrées annuelles411,6 millions en 1957116 millions en 1992Fauteuils du parc2 807 387 en 1959960 383 en 1994Fauteuils par salle481 en 1959233 en 1990Salles actives4 297 en 19925 241 en 2001Multiplexes2 ouvertures en 1993111 au 1er mai 2003
Une part de ce maillage ne doit rien au marché. Environ 1 300 salles, soit plus du quart du parc, appartiennent alors à des communes, et 40 % d'entre elles sont confiées à un exploitant privé. Question suivante : quels autres loisirs populaires de ces années-là ont survécu à la même concurrence ? Réponse dans notre article sur [les disques vinyles français que les collectionneurs s'arrachent aujourd'hui](https://lepointdujour.fr/actualite/1122-ces-disques-vinyles-francais-se-revendent-une-fortune-aupres-des-collectionneurs-15032025/), et dans celui consacré à [ces bains-douches municipaux parisiens que le confort moderne devait fermer](https://lepointdujour.fr/nostalgie/7704-bains-douches-municipaux-paris/).
## Une reprise réelle, mais toujours très urbaine
Le retour du public n'a pas rendu au cinéma sa place d'autrefois. En 2001, seules 1 654 communes françaises disposaient d'au moins une salle en activité, soit 4,5 % d'entre elles, et à peine 2,9 % des communes de moins de 10 000 habitants, qui rassemblent pourtant plus de la moitié de la population. Dans le même temps, 73 % des entrées étaient réalisées dans les unités urbaines de plus de 100 000 habitants.
Vingt ans plus tard, l'équilibre décrit par le Sénat s'est installé durablement. Selon [une étude de l'Insee publiée le 30 novembre 2017](https://www.insee.fr/fr/statistiques/3279871), la France comptait en 2015 quelque 2 033 cinémas, 5 700 écrans et 1,1 million de fauteuils, pour environ 200 millions d'entrées par an depuis le milieu des années 2000. Les 203 multiplexes recensés ne représentaient que 10 % des établissements, mais détenaient 43 % des fauteuils.
Autrement dit, le parc a été sauvé, pas restitué à l'identique : les salles de cinéma sont plus nombreuses qu'en 1992, beaucoup plus petites qu'en 1959, et concentrées là où la population l'est aussi. Le reste de cette histoire des équipements urbains se lit ailleurs, par exemple dans [le métier éteint des forts des Halles](https://lepointdujour.fr/nostalgie/7792-forts-halles-corporation-rungis/). Pour suivre les prochains chapitres de cette histoire des lieux de loisirs, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google reste le geste le plus simple.
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