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# Le dernier recensement général de la France a mobilisé 115 000 agents recenseurs en mars 1999
**URL:** https://lepointdujour.fr/nostalgie/7929-recensement-general-agents-recenseurs/
Date: 2026-09-30
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Du 8 mars au 3 avril 1999, le 33e et dernier recensement général a compté toute la population, avant que la loi de 2002 ne passe aux enquêtes annuelles.
Categories: Nostalgie
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Reste à comprendre ce que l'État a gagné en renonçant à compter tout le monde le même mois, et ce que les communes ont récupéré dans l'opération.
Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [le certificat d'études primaires et son effacement du droit français](https://lepointdujour.fr/nostalgie/7836-certificat-etudes-primaires-abrogation/).
## Le recensement de 1999 a été le trente-troisième, et le dernier du genre
Il a commencé le 8 mars 1999 et s'est achevé le 3 avril. [La note publiée en janvier 1999 par le Conseil national de l'information statistique](https://www.cnis.fr/wp-content/uploads/2017/12/N%C2%B0-30-Janvier-1999-Le-recensement-de-la-population-de-1999.pdf), signée par Michel Jacod et Jean-François Royer, de la direction générale de l'INSEE, en donne le mode d'emploi complet. Les mairies procédaient au recensement général de la population et des logements, l'institut à celui des communautés, dans les départements de métropole, ceux d'outre-mer et à Saint-Pierre-et-Miquelon.
Sur le terrain, **115 000 agents recenseurs** recrutés par les mairies ont sonné aux portes, encadrés par 3 600 délégués de l'INSEE. Chacun avait reçu une formation et une carte tricolore signée du maire, qui officialisait sa fonction. Les habitants n'avaient aucune démarche à faire : l'agent déposait les documents au domicile, revenait à une date convenue, vérifiait que tout était rempli et aidait au besoin. Les internats, cités universitaires, casernes, prisons et maisons de retraite avaient été recensés à part par l'INSEE, dès la première quinzaine de février.
## Une feuille de logement, un bulletin individuel, un dossier d'immeuble
Le papier structurait tout. Chaque foyer remplissait une feuille de logement, chaque personne un bulletin individuel, et l'agent rédigeait lui-même un dossier d'immeuble collectif pour les constructions comptant au moins deux logements. Une fois les questionnaires rassemblés, il les numérotait, les classait, dressait des bordereaux récapitulatifs, et l'ensemble partait de la mairie vers la direction régionale de l'institut.
Le dépouillement des formulaires dans les bureaux du recensement à Paris, en mars 1911, déjà assisté par des machines. Crédit : Agence Rol, Bibliothèque nationale de France, domaine publicLa campagne d'information avait démarré le 18 février, à la télévision, dans la presse quotidienne régionale et par affichage municipal. Une permanence téléphonique répondait au public du 18 février au 3 avril, de 8 h 30 à 20 h en semaine. Deux nouveautés techniques attendaient ensuite les questionnaires : la saisie par lecture optique et la transformation automatique des réponses en codes, qui ont fait gagner plus de six mois sur la publication des résultats.
## Ce que la CNIL interdisait aux mairies
Le recensement relève d'une obligation légale, encadrée par la loi du 7 juin 1951 sur l'obligation, la coordination et le secret en matière de statistiques, ce qui impose des garde-fous. La procédure, approuvée par la Commission nationale de l'informatique et des libertés, réservait les réponses au seul INSEE. La note du CNIS est explicite : les informations recueillies servent uniquement à des fins statistiques et ne peuvent donner lieu à **aucun contrôle administratif ou fiscal**. La CNIL interdisait aux mairies de saisir la moindre information, même anonyme, et de prendre copie des questionnaires. Tous les intervenants étaient tenus au secret professionnel, sous peine de sanctions pénales.
L'exploitation se faisait ensuite en deux temps. Une phase exhaustive traitait l'essentiel des questions. Les plus lourdes à coder, sur la profession, l'activité économique et la composition des ménages, n'étaient traitées que sur un sondage au quart des questionnaires. Pour diffuser des résultats très locaux sans permettre d'identifier quiconque, l'INSEE a découpé les communes en zones fixes d'environ 2 000 habitants, baptisées IRIS.
## Pourquoi la France a cessé de tout compter le même mois
Le comptage général avait un défaut : sa rareté. Depuis 1946, selon l'INSEE, toutes les communes étaient recensées en totalité, mais à intervalles irréguliers, tous les six à neuf ans. Entre deux opérations, les chiffres officiels vieillissaient, alors qu'ils commandent quantité de décisions, du nombre de conseillers municipaux aux dotations versées aux collectivités.
Le titre V de [la loi du 27 février 2002 relative à la démocratie de proximité](https://www.legifrance.gouv.fr/loda/article_lc/LEGIARTI000034111500/) a changé la méthode. Le recensement reste effectué sous la responsabilité et le contrôle de l'État, et la collecte est organisée par l'INSEE, mais les enquêtes sont désormais préparées et réalisées par les communes ou leurs intercommunalités, qui reçoivent pour cela une dotation forfaitaire. Les communes de moins de 10 000 habitants sont recensées en totalité une année sur cinq, par roulement. Les plus grandes font l'objet d'une enquête par sondage tous les ans, l'ensemble de leur territoire étant couvert au bout des mêmes cinq ans.
Le contraste entre les deux systèmes tient en quelques lignes :
Point de comparaisonRecensement général, jusqu'en 1999Enquêtes annuelles, depuis 2004Rythmetous les six à neuf anschaque annéeCommunes de moins de 10 000 habitantsrecensées en même temps que les autresrecensées une fois tous les cinq ans, par roulementCommunes de 10 000 habitants ou plusrecensées elles aussi en totalitéenquête par sondage chaque année, tout le territoire en cinq ansQui prépare la collecteles mairies, sous le contrôle de l'INSEEles communes ou leurs intercommunalités, avec une dotation forfaitaire de l'ÉtatPublication des chiffresun décret après chaque recensementun décret chaque année
## Des chiffres de population authentifiés par décret
Le dernier acte du recensement de 1999 porte une date précise. [Le décret du 29 décembre 1999](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000000398186), publié au Journal officiel du 30 décembre et signé par le Premier ministre Lionel Jospin, authentifie les résultats région par région, département par département et commune par commune. Son article 5 précise que ces chiffres sont pris en considération pour l'application des lois et des règlements à compter du 1er janvier 2000.
Les totaux, eux, ont été commentés au printemps suivant. [Une étude de l'INED publiée en mars 2000](https://www.ined.fr/fr/publications/editions/population-et-societes/la-population-de-la-france-au-seuil-des-annees-2000) retient, à partir de ce décret, **58 518 748 habitants en métropole** et 1 667 436 dans les quatre départements d'outre-mer, soit 60 186 184 personnes au 8 mars 1999. Depuis, l'article 156 de la loi de 2002 impose un décret chaque année pour authentifier les populations, et un autre pour fixer la liste des communes enquêtées l'année suivante.
## Un comptage devenu invisible
Le nouveau dispositif s'est mis en place lentement. Les décrets d'application datent de juin 2003, et les cinq premières enquêtes annuelles se sont déroulées de 2004 à 2008 avant de produire, selon l'INSEE, des résultats datés de 2006, l'année centrale de la série. Depuis, chaque publication intègre les cinq enquêtes les plus récentes, ce qui donne une photographie glissante plutôt qu'un instantané.
Le prix à payer est symbolique. Il n'y a plus de mois où la France entière remplit le même formulaire, plus de chiffre attendu comme un événement national. L'agent recenseur, lui, sonne toujours, mais dans une commune sur cinq chaque année pour les plus petites, et par sondage dans les plus grandes. Question suivante : quelles autres grandes opérations d'État ont laissé des traces qu'on ne voit plus ? Réponse dans notre article sur [la carte des anciens abris de la Guerre froide](https://lepointdujour.fr/actualite/6755-abris-oublies-cette-carte-meconnue-revele-si-votre-maison-se-trouve-pres-dun-ancien-bunker-de-la-guerre-froide/). La décennie 1990 a d'ailleurs vu plusieurs rites collectifs disparaître, de [la conscription suspendue en 1997](https://lepointdujour.fr/nostalgie/7739-service-militaire-fin-conscription/) à [l'entrée en vigueur du permis à points](https://lepointdujour.fr/nostalgie/7829-permis-points-doublement-capital/). Pour suivre les prochaines publications de population légale, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google est le moyen le plus direct.
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