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# Le nouveau franc valait cent anciens francs le 1er janvier 1960, et gardait pourtant le nom de franc

**URL:** https://lepointdujour.fr/nostalgie/7882-nouveau-franc-conversion-anciens-francs/
Date: 2026-09-29
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: L'ordonnance du 27 décembre 1958 a créé cette unité dans le même plan de redressement qu'une dévaluation de 17,55 %, et le sigle NF a disparu en 1963.
Categories: Nostalgie
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/12-nouveau-franc-conversion-anciens-francs-scaled.jpg
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Reste à comprendre comment un pays a divisé tous ses prix par cent sans changer le nom de sa monnaie, et pourquoi le réflexe de compter en anciens francs a tenu si longtemps.

Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [Prisunic et ses estampes d'artistes vendues 100 francs](https://lepointdujour.fr/nostalgie/7579-prisunic-catalogue-design-disparition/).

## Le nouveau franc est créé le 1er janvier 1960
La réforme tient en une phrase de droit. [L'ordonnance n° 58-1341 du 27 décembre 1958](https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000339269) annonce qu'à une date fixée par décret, et au plus tard le 1er janvier 1960, sera créée une nouvelle unité monétaire française dont la valeur sera égale à 100 francs. Un décret du 18 novembre 1959 a ensuite retenu la date la plus tardive possible, le **1er janvier 1960**.

Concrètement, tout ce qui coûtait 1 000 francs coûtait désormais 10 unités nouvelles. Les prix, les salaires, les loyers et les comptes ont été divisés par cent le même jour, sans que la valeur réelle de quoi que ce soit bouge. L'ordonnance le précise : les obligations nées après cette date sont libellées dans la nouvelle unité, les anciennes sont converties de plein droit pour leur exécution.

## Une ordonnance de cinq articles, dans un plan de redressement
Le texte de 1958 est d'une brièveté frappante : cinq articles, dont un qui se contente d'ordonner sa publication au Journal officiel. Il n'arrive pas seul. Les archives de l'INA rappellent que le franc a été dévalué de **17,55 %** dans le même mouvement de redressement, conduit par Antoine Pinay, ministre des Finances et des Affaires économiques de juin 1958 à janvier 1960. La division par cent et la dévaluation sont deux opérations distinctes, souvent confondues depuis.

![Reproduction monumentale en bronze d'une pièce de 1 franc, dressée entre deux montants d'acier rouillé dans un jardin de village](https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/12-nouveau-franc-conversion-anciens-francs-photo2.jpg)À Saint-Symphorien-sur-Coise, dans le Rhône, un monument reproduit une pièce de 1 franc en hommage à Antoine Pinay, ministre des Finances au moment de la réforme. Crédit : Floraliën Gent, via Wikimedia Commons, CC0Un point de vocabulaire a longtemps embrouillé les mémoires : la nouvelle unité n'a jamais changé de nom. Le décret du 22 décembre 1959 précise qu'elle conserve le nom de franc et qu'elle est seulement désignée par l'expression nouveau franc, avec le sigle NF, pour la distinguer de la précédente. Autrement dit, le nouveau franc n'était pas une autre monnaie, c'était le même franc compté autrement.

## Des pièces d'argent et un arrondi au centime
[Le décret du 22 décembre 1959](https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000486313) détaille la petite monnaie. Il crée des pièces en métaux communs de 1, 2, 5, 10, 20 et 50 centimes, plus une pièce de 1 nouveau franc, et deux pièces en argent au titre de 835 millièmes, de 2 et 5 nouveaux francs. Le titre, c'est la proportion de métal précieux : 835 millièmes signifie 83,5 % d'argent pur.

Détail qui trouble encore les collectionneurs : le même décret indique que les pièces de 1, 2 et 5 nouveaux francs portent leur valeur exprimée en francs, et non en nouveaux francs. Une pièce frappée en 1960 annonce donc 5 francs alors qu'elle valait 500 anciens francs. Le texte limite par ailleurs le pouvoir libératoire de ces pièces, c'est-à-dire la somme qu'un commerçant est tenu d'accepter en petite monnaie : 250 nouveaux francs pour les pièces de 5, 100 pour celles de 2, 50 pour celles de 1.

Les anciennes pièces, elles, n'ont pas disparu du jour au lendemain. Elles gardaient cours légal entre particuliers et étaient reçues par les caisses publiques pour le centième de leur valeur nominale, jusqu'à des dates de retrait fixées par arrêté. Une pièce de 100 anciens francs valait donc exactement 1 nouveau franc.

## Ce que la réforme a changé dans les caisses
La conséquence la plus quotidienne est passée inaperçue. Avant 1960, les paiements et les liquidations étaient arrondis au franc. À partir du 1er janvier 1960, le décret impose l'arrondissement au centime inférieur. Le centime, que personne ne comptait plus, redevenait ainsi une monnaie utile, puisqu'il valait un ancien franc.

Quatre textes ont suffi à installer la nouvelle unité, puis à effacer son nom :

TexteDateCe qu'il décideOrdonnance n° 58-134127 décembre 1958crée une unité valant 100 francs, au plus tard le 1er janvier 1960Décret n° 59-131318 novembre 1959fixe cette création au 1er janvier 1960Décret n° 59-145022 décembre 1959nomme l'unité nouveau franc, retient le sigle NF et crée les piècesDécret n° 62-13209 novembre 1962supprime l'appellation nouveau franc et définit l'ancien francCette mécanique explique la cohabitation des deux comptes pendant des années : les anciennes pièces gardaient cours pour le centième de leur valeur nominale, et les anciens billets ont circulé avec une surcharge portant leur montant en nouveaux francs. Le [Carambar et ses points à collectionner](https://lepointdujour.fr/nostalgie/7580-carambar-blagues-points-dh/) appartiennent à cette même économie des petites sommes.

## L'ancien franc devient une catégorie officielle en 1962
La parenthèse du sigle NF s'est refermée vite. Un décret du 9 novembre 1962 prévoit la suppression de l'appellation nouveau franc, retient la lettre F comme symbole et réaffirme que le franc est divisé en 100 centimes. Il crée surtout un terme juridique : l'expression ancien franc désigne désormais l'unité d'avant 1960. Un arrêté du même jour a fixé l'échéance : à compter du 1er janvier 1963, l'unité monétaire française est désignée par le seul terme de franc.

Le même texte organise la fin de la période transitoire pour les billets : les coupures anciennes restaient acceptées pour le centième de leur valeur nominale si elles ne portaient pas la surcharge en nouveaux francs. Question suivante : pourquoi certains objets de cette période valent-ils aujourd'hui bien plus que leur prix de vente d'origine ? Réponse dans notre article sur [les disques vinyles français recherchés par les collectionneurs](https://lepointdujour.fr/actualite/1122-ces-disques-vinyles-francais-se-revendent-une-fortune-aupres-des-collectionneurs-15032025/).

## Un réflexe qui a survécu au franc lui-même
La réforme a laissé une trace mentale plus durable que juridique. Deux générations ont continué à annoncer un salaire ou le prix d'une voiture en anciens francs, longtemps après 1963, et l'habitude a même survécu au passage à l'euro. L'Insee en garde une trace officielle : [son convertisseur de pouvoir d'achat](https://www.insee.fr/fr/information/2417794) propose encore trois monnaies, l'euro à 6,55957 francs depuis 2002, le franc et l'ancien franc, avec la règle de 1960, un franc pour cent anciens francs. L'institut prévient toutefois que le résultat reste indicatif et ne vaut pas référence officielle dans un cadre juridique.

Reste une limite de lecture. Diviser une monnaie par cent ne crée aucune richesse et ne ralentit pas les prix par elle-même : l'opération est comptable, et c'est le plan de redressement qui l'accompagnait, décrit dans [les archives de l'INA consacrées à Antoine Pinay](https://fresques.ina.fr/rhone-alpes/fiche-media/Rhonal00212/portrait-d-antoine-pinay.html), qui visait la balance commerciale et la dette. Les textes fiscaux de la même période ont d'ailleurs laissé des traces bien plus concrètes, à l'image de [l'ordonnance de 1960 sur les bouilleurs de cru](https://lepointdujour.fr/nostalgie/7703-bouilleur-cru-alambic-ambulant/). Pour suivre les prochains repères de cette histoire monétaire, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google suffit.

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