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# La cocotte-minute est née à Selongey en 1953 sous le nom de Super Cocotte, et 75 millions d'exemplaires plus tard l'usine en sort 800 000 par an
**URL:** https://lepointdujour.fr/nostalgie/7734-super-cocotte-seb-selongey/
Date: 2026-09-25
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Lancée en 1953 à Selongey, en Côte-d'Or, la Super Cocotte a été vendue à plus de 75 millions d'exemplaires et reste assemblée sur son site d'origine.
Categories: Nostalgie
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/09-super-cocotte-seb-selongey-scaled.jpg
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Reste à comprendre ce que cet ustensile doit à un traité de cuisine du XVIIe siècle, à une presse à emboutir bourguignonne et à une soupape qui sifflait sur le gaz.
Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [le chiffre gravé au fond des verres Duralex](https://lepointdujour.fr/actualite/7249-moi-jai-12-ans-ce-que-le-chiffre-au-fond-de-votre-verre-duralex-signifie-vraiment/).
## La cocotte-minute de SEB est sortie des ateliers de Selongey en 1953
La fiche que le groupe consacre à son produit le plus connu tient en quelques lignes très concrètes. [La Cocotte-Minute, présentée par Groupe SEB](https://www.groupeseb.com/en/news/cocotte-minuter-iconic-product-groupe-seb), a été inventée en 1953 et fabriquée à Selongey, en Côte-d'Or. C'est, selon le fabricant, le premier autocuiseur français obtenu par emboutissage, dans un **aluminium laminé à 99,5 %**. L'emboutissage consiste à déformer une tôle plane sous presse pour lui donner d'un coup la forme d'un récipient, sans soudure.
Le nom de baptême n'était pas celui d'aujourd'hui : la cocotte-minute s'est d'abord appelée Super Cocotte. Le sigle de la maison, lui, dit tout du procédé, puisque SEB signifie Société d'Emboutissage de Bourgogne. Autrement dit, l'objet et son fabricant portent le même geste technique dans leur nom.
Les ordres de grandeur donnés par l'entreprise situent la place du produit. **Plus de 75 millions de cocottes-minute ont été vendues dans le monde depuis 1953**, et le site de Selongey en assemble 800 000 par an avec environ 300 personnes. Le groupe le présente comme son centre d'excellence mondial pour cette gamme, et revendique 126 brevets déposés autour de l'appareil.
## Un atelier de ferblanterie de 1857 derrière le sigle
L'histoire du site commence bien avant la cuisson sous pression. En 1857, Antoine Lescure, ferblantier ambulant, installe son atelier à Selongey, près de Dijon. Un ferblantier travaille la tôle fine, souvent de fer étamé, pour en faire des ustensiles. L'atelier passe de père en fils et produit des casseroles, des passoires, des moules à gâteaux, des cafetières et des articles de laiterie et de cave, au rythme des besoins des ménages.
La mécanisation arrive au début du XXe siècle avec une presse à emboutir, qui change à la fois les volumes et la régularité des pièces. En 1944, l'entreprise familiale devient la Société d'Emboutissage de Bourgogne. Neuf ans plus tard, la Super Cocotte sort de ces mêmes ateliers, puis la maison élargit sa gamme vers le petit électroménager : première cafetière électrique en 1962, friteuse sans odeur en 1967, sorbetière en 1972, yaourtière en 1974.
Cette trajectoire, d'un atelier de village à une marque nationale, ressemble à celle d'autres objets de série produits en France à la même période, comme [les voitures miniatures Majorette fabriquées près de Lyon](https://lepointdujour.fr/nostalgie/7611-majorette-voitures-miniatures-lyon/).
## Le principe tient dans un traité publié en 1682
L'idée de cuire sous pression n'a rien de récent. La Bibliothèque nationale de France conserve et a numérisé un ouvrage au titre limpide, [La manière d'amolir les os, et de faire cuire toutes sortes de viandes en fort peu de temps, et à peu de frais](https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8626228q), paru à Paris en 1682 et présenté comme nouvellement inventé par M. Papin. Le physicien Denis Papin y décrit la machine à employer pour cet effet, un récipient de métal que l'on ferme hermétiquement.
Une marmite de Papin conservée au Conservatoire national des arts et métiers, sous le numéro d'inventaire 1630-1 : la barre transversale et sa vis à poignée pressent le couvercle sur le récipient. Crédit : Rama, via Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 FRLa physique est simple à énoncer. Dans un récipient fermé, la vapeur ne peut pas s'échapper, la pression monte, et la température à laquelle l'eau se met à bouillir monte avec elle : au-delà des 100 degrés de l'ébullition à l'air libre. Concrètement, les aliments cuisent plus chaud, donc plus vite, et la vapeur reste dans la cuve au lieu de partir au plafond.
Le mot autocuiseur désigne cet appareil en général, cocotte-minute étant une marque devenue un nom commun. Le rôle de la soupape est double : elle laisse filer l'excédent de vapeur pour que la pression ne grimpe pas sans limite, et elle sert de repère sonore au cuisinier, qui compte le temps de cuisson à partir du moment où elle chuinte.
## Dix millions d'exemplaires fêtés devant les caméras en 1969
Le succès industriel a été filmé sur place. Le 26 juin 1969, dans le magazine Bourgogne actualités, la station de Dijon de l'ORTF consacre une minute cinquante-huit à [la production de la dix millionième cocotte-minute par SEB](https://www.ina.fr/video/DXC9803114310). La notice de l'INA décrit une usine où **850 ouvriers travaillent** et cite le président directeur général Frédéric Lescure, qui commente le succès de la maison et annonce l'absorption prochaine de la société américaine Scovill. Le reportage est signé du journaliste Henri Gallais.
Les étapes que la documentation du groupe et les archives audiovisuelles permettent de dater :
DateÉtapeCe que disent les sources1857Atelier de ferblanterie d'Antoine Lescure à SelongeyOrigine du site industriel, près de Dijon1944Naissance de la Société d'Emboutissage de BourgogneL'entreprise familiale prend le sigle SEB1953Lancement de la Super CocotteAluminium laminé à 99,5 %, mise en forme par emboutissage26 juin 1969Dix millionième exemplaire filmé par l'ORTF850 ouvriers sur le site, reportage d'une minute cinquante-huit1994Arrivée du ClipsoOuverture d'une seule main, fin de la soupape sifflanteDeux chiffres se répondent à cinquante ans d'écart : dix millions d'exemplaires en 1969, plus de soixante-quinze millions aujourd'hui. Le rythme actuel de 800 000 pièces par an à Selongey montre que la machine n'a pas seulement été un objet des années 1950 et 1960, mais un produit reconduit sans interruption.
## Du sifflement de la soupape au bouton du Clipso
L'appareil a changé plusieurs fois de visage. Dès 1956, un livret de recettes accompagne l'achat, ce qui revient à vendre une méthode en même temps qu'un ustensile. En 1971 arrivent les coloris, rouge, orange et motifs floraux, qui font entrer la cuve dans la décoration de la cuisine. En 1985, la production déménage dans une nouvelle usine à Selongey, au lieu-dit le Trémoloi.
La rupture la plus sensible pour l'utilisateur date de 1994, avec le Clipso et son ouverture d'une seule main. **Le système à bouton remplace alors la soupape sifflante**, et le bruit qui servait de minuteur disparaît des cuisines. La promotion, elle, avait pris des formes très années 1950 et 1960 : concours de décoration de vitrines, véhicules publicitaires sur les routes de campagne et une formule de trois mots, SEB c'est bien.
Ce travail sur l'objet du quotidien, à la fois utile et regardable, rappelle celui mené au même moment par [Prisunic et son catalogue de design accessible](https://lepointdujour.fr/nostalgie/7579-prisunic-catalogue-design-disparition/).
## Un objet de série qui n'a rien d'inusable
Une précaution s'impose sur les chiffres. Les 75 millions d'exemplaires sont un cumul mondial depuis 1953, communiqué par le fabricant, et non un comptage indépendant. Les 800 000 pièces annuelles décrivent une production, pas des ventes en France. Les arguments actuels du groupe, une conservation de 80 % des vitamines, jusqu'à 50 % d'économie d'énergie et un appareil recyclable à 85 % au moins, sont également des données d'entreprise, mesurées selon ses propres protocoles.
Reste la mécanique, qui vieillit. Un autocuiseur repose sur deux pièces d'usure, le joint de couvercle et la soupape, dont le remplacement conditionne la sécurité de l'ensemble. Question suivante : quels objets de série de ces années sont devenus des pièces recherchées ? Réponse dans notre article sur [les disques vinyles français que les collectionneurs s'arrachent](https://lepointdujour.fr/actualite/1122-ces-disques-vinyles-francais-se-revendent-une-fortune-aupres-des-collectionneurs/).
Une dernière limite mérite d'être posée. Les dates de la chronologie viennent pour l'essentiel de la communication du groupe et d'une notice d'archives, deux sources précises mais orientées chacune par son usage, et l'histoire sociale de l'usine, elle, reste à écrire ailleurs. Pour suivre les prochains épisodes de cette série sur les objets qui ont équipé les cuisines françaises, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google est le geste le plus direct.
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