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# Gratuits depuis 2000, les dix-sept bains-douches municipaux de Paris ont survécu au confort qui devait les fermer

**URL:** https://lepointdujour.fr/nostalgie/7704-bains-douches-municipaux-paris/
Date: 2026-09-25
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: En 1954, seuls 10,4 % des logements avaient une baignoire ou une douche : Paris compte encore dix-sept bains-douches municipaux, gratuits depuis 2000.
Categories: Nostalgie
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/10-bains-douches-municipaux-paris-scaled.jpg
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Leur fin annoncée dès les années 1950 n'a jamais eu lieu, et l'explication se lit autant dans les registres du recensement que dans l'architecture de ces bâtiments de brique.

Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [le lent effacement des cabines téléphoniques dans les rues françaises](https://lepointdujour.fr/nostalgie/7475-cabines-telephoniques-publiphones-declin/).

## Dix-sept bains-douches municipaux encore ouverts à Paris
Le service Patrimoines et Inventaire de la Région Île-de-France a consacré en 2017 un dossier thématique à ces équipements. Il recense dix-sept bains-douches municipaux toujours en activité dans la capitale : Ney, Amiraux, Rome, Rouvet, Meaux, Petitot, Pyrénées, Bidassoa, Oberkampf, Saint-Merri, Deux-Ponts, Haies-Buzenval, Charenton, Audubon, Lacépède, Butte-aux-Cailles et Blomet.

D'autres ont disparu du paysage. Les établissements de Mathurin-Moreau et des Écluses-Saint-Martin ont été démolis, celui de la rue Legouvé a été reconverti en galerie de photographie contemporaine et en espace de travail partagé. **Depuis 2000, l'accès est gratuit dans les dix-sept bains-douches municipaux**, une décision prise pour affirmer leur vocation sociale, et la gestion des bâtiments relève des mairies d'arrondissement.

## Une invention née dans une prison de Rouen
Le bain-douche n'est ni un bain ni une douche au sens strict. Le procédé est mis au point au début des années 1870 à la prison Bonne-Nouvelle de Rouen par le docteur François Merry Delabost, qui répond à une circulaire ministérielle sur l'hygiène des détenus : le dossier de la Région Île-de-France le date de 1872, l'ouvrage de l'Ined de 1873. Son fils Robert le décrit en 1899 comme de l'eau chaude tombant d'une pomme d'arrosoir, destinée à obtenir la seule propreté du corps, une opération qui ne doit pas dépasser un quart d'heure.

L'idée met vingt ans à quitter l'univers carcéral. En 1892, Charles Cazalet, négociant en vins et adjoint au maire de Bordeaux, fonde avec six médecins l'Œuvre des bains-douches à bon marché, dont la devise tient en trois mots : propreté donne santé. L'Œuvre parisienne inaugure le 23 avril 1899 un local de quinze cabines au 49 de la rue de Bretagne, puis un second de vingt-trois cabines rue de la Goutte d'Or en 1900. [Selon l'ouvrage publié par les éditions de l'Ined](https://books.openedition.org/ined/16180?lang=fr), la France ne comptait encore que onze établissements dans trois villes lors du vote de la loi Strauss de 1906, avant d'en aligner cent trente en 1922.

## Treize établissements sortis de terre en une dizaine d'années
La Ville de Paris prend le relais entre les deux guerres, avec une campagne de construction dense : treize réalisations en une dizaine d'années, d'abord adossées à des piscines, puis dans des bâtiments autonomes ouvrant directement sur la rue.

![Entrée en brique d'un bâtiment des années 1930 surmontée d'une marquise ondulée portant les lettres bleues Bains Douches, avec un escalier de pierre et une grille métallique](https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/10-bains-douches-municipaux-paris-photo2.jpg)Les bains-douches de la rue Petitot, près de la place des Fêtes à Paris, ouverts le 16 avril 1935 : la marquise ondoyante en pavés de verre marque l'entrée. Crédit : Guilhem Vellut, via Wikimedia Commons, CC BY 2.0L'année 1935 concentre trois inaugurations. Les bains-douches de la rue Legouvé, dans le 10e arrondissement, offrent cinquante-six cabines et sont inaugurés le 2 mars en présence d'Henri Queuille, alors ministre de la Santé publique. Ceux de la rue Petitot, bâtis par l'architecte André Sill, ouvrent le 16 avril avec vingt-trois douches pour les femmes au rez-de-chaussée et vingt-huit pour les hommes à l'étage. Le 4 juin, l'établissement de la rue de la Bidassoa, dû à Georges Planche, complète la série avec soixante-quatre cabines réparties sur deux niveaux.

Le confort y est pensé au détail près. L'eau des douches est mitigée, à une température constante de trente-neuf degrés obtenue en mélangeant de l'eau froide à l'eau chaude des ballons réchauffeurs, et des boutons poussoirs coupent le jet une fois le temps réglementaire écoulé.

## Des façades qui s'effacent derrière les immeubles
À partir des années 1950, la construction de nouveaux bains-douches s'arrête presque. Les créations laissent place à des reconstructions ou à des services logés dans d'autres programmes municipaux. En 1960, la piscine Blomet, dans le 15e, abandonne son alimentation par le puits artésien de Grenelle et se dote de deux corps de bâtiments sur pilotis pour accueillir ses cabines.

Les décennies suivantes effacent l'architecture propre à ces équipements. Les bains-douches s'installent au rez-de-chaussée d'un immeuble haussmannien rue de Rome, dans une résidence pour personnes âgées rue de Meaux, ou dans un programme de bureaux rue Audubon, sans autre signe distinctif que la signalétique. En février 1973, le service de la rue Saint-Merri est transféré dans l'équipement construit lors de l'étude du Centre Georges Pompidou, et les anciens locaux finissent repris par l'Ircam en 1996. En mars 1983, la Régie immobilière de la Ville de Paris demande la destruction de l'établissement vétuste de la rue Lacépède, reconstruit par l'architecte Jacques Casanova avec trente cabines, quelques baignoires et un réfectoire, au-dessous d'une crèche de soixante-dix berceaux.

## Le confort moderne devait les faire fermer
La cause du déclin est connue et chiffrée : l'arrivée de la salle de bains dans les logements ordinaires. [Une étude de l'Insee signée Alain Jacquot](https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/1371983/donsoc06za.pdf), alors chef de la division Logement, rappelle qu'en 1954, année de l'appel de l'abbé Pierre, plus de quatre logements sur dix n'avaient toujours pas l'eau courante.

La progression de l'équipement sanitaire des résidences principales, mesurée par les recensements puis par l'enquête Logement :

AnnéeBaignoire ou doucheW.-C. intérieur195410,4 %26,6 %196228,9 %40,5 %197570,3 %73,8 %198284,7 %85,0 %200298,4 %98,3 %En vingt et un ans, entre 1954 et 1975, la part des logements dotés d'une baignoire ou d'une douche est passée de un sur dix à sept sur dix. Le dossier de la Région le formule sans détour : cette irruption du confort moderne sonne le glas des bains-douches, de moins en moins fréquentés. La disparition semblait donc programmée, comme celle de tant d'équipements urbains devenus inutiles. Question suivante : quels autres lieux construits au siècle dernier dorment encore sous nos pieds ? Réponse dans notre article sur [la carte des anciens bunkers de la Guerre froide](https://lepointdujour.fr/actualite/6755-abris-oublies-cette-carte-meconnue-revele-si-votre-maison-se-trouve-pres-dun-ancien-bunker-de-la-guerre-froide/).

## Gratuits depuis 2000, et toujours discrets
La suite a démenti le pronostic. [Le dossier du service Patrimoines et Inventaire](https://inventaire.iledefrance.fr/dossinventaire/publication/IA75000310_Dossier_Thematique_Bains_Douches.pdf) note que la gratuité instaurée en 2000 a entériné une fréquentation de plus en plus forte, avec un million de passages recensés cette année-là. Le service n'a pas changé de nature, il a changé de public : il ne s'adresse plus aux ouvriers d'un quartier entier, mais aux personnes sans logement stable, mal logées ou privées d'eau chaude.

Reste une prudence de lecture. Un million de passages ne veut pas dire un million de personnes, et ce chiffre ponctuel, relevé pour l'année 2000, ne dit rien de l'évolution des vingt dernières années. La liste des dix-sept établissements date elle aussi de 2017 et peut avoir bougé depuis, au gré des chantiers : les bains-douches de la rue Castagnary étaient alors promis à une réhabilitation dans le cadre de l'appel à projets Réinventer Paris, lancé en novembre 2014. Ce qui se vérifie en revanche, c'est la trace bâtie, ces façades de brique aux lettres bleues qui signalent encore, comme [les enseignes disparues d'une autre époque](https://lepointdujour.fr/nostalgie/7579-prisunic-catalogue-design-disparition/), une politique publique oubliée. Pour ne rien manquer des prochains épisodes de cette histoire des lieux ordinaires, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google suffit.

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