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# Avec plus de 350 magasins en 1970 et des estampes d’artistes vendues 100 francs, Prisunic a démocratisé le design avant de s’effacer

**URL:** https://lepointdujour.fr/nostalgie/7579-prisunic-catalogue-design-disparition/
Date: 2026-09-21
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Lancée en 1931 par le Printemps, l’enseigne Prisunic a vendu sur catalogue du mobilier de designers avant d’être absorbée par Monoprix en 1997.
Categories: Nostalgie
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/09-prisunic-catalogue-design-disparition-scaled.jpg
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Reste à comprendre ce que ce catalogue a vraiment changé dans les intérieurs français, ce que valaient ces estampes signées et pourquoi une chaîne de plus de 350 magasins a fini par disparaître sans bruit.

Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [ce que signifie le chiffre gravé au fond des verres Duralex](https://lepointdujour.fr/actualite/7249-moi-jai-12-ans-ce-que-le-chiffre-au-fond-de-votre-verre-duralex-signifie-vraiment/).

## Prisunic a mis le mobilier de designers en rayon à partir de 1968
En 1968, l’enseigne Prisunic fait une chose qu’aucune chaîne de magasins populaires n’avait tentée en France : elle édite un catalogue de vente par correspondance entièrement consacré au mobilier, aux luminaires et à la vaisselle, dessinés par des créateurs contemporains. Le principe de la vente par correspondance est simple : on commande sur catalogue, la marchandise arrive ensuite. Parmi les noms qui signent ces meubles figurent le Britannique Terence Conran, Olivier Mourgue, Marc Held, Marc Berthier ou Danielle Quarante. L’Italienne Gae Aulenti rejoint l’aventure, rappelle [le musée des Arts décoratifs, qui a consacré une exposition à cette histoire](https://madparis.fr/Le-design-pour-tous-de-Prisunic-a-Monoprix-une-aventure-francaise).

Le lancement est piloté par Francis Bruguière, entouré de Michel Cultru et d’Yves Cambier, et la première couverture montre un lit de Marc Held, selon [la saga documentaire tenue par d’anciens de la maison](https://tout-prisu.net/index.php/historique/pele-mele-encore-d-autres-sources/style-et-publicite-etre-creatif/album-photos-sexagenaire/documents/sujets-divers/catalogue-meubles-prisunic/). Le réseau suit : **292 magasins** sur les 300 à 320 que compte alors l’enseigne en France relaient le catalogue. Les ventes doublent dès 1969, et le mois d’octobre 1970 fait deux fois mieux qu’octobre 1969.

Le profil des acheteurs, lui, n’a rien d’universel : trente à trente-cinq ans, cadres et professions libérales, environ 3 000 francs de revenus mensuels, habitant des villes de plus de 100 000 habitants. Autrement dit, le magasin populaire vend du design à une clientèle qui ne l’est pas tout à fait. Cette commande à distance, longtemps réservée au papier, trouvera bien plus tard son prolongement électronique, au temps où [le Minitel équipait 6,5 millions de foyers](https://lepointdujour.fr/nostalgie/7440-minitel-apogee-declin-arret/).

## Un slogan emprunté à un livre sur la laideur
La formule qui résume tout, « le beau au prix du laid », n’est pas née dans une agence. Elle vient de Denise Fayolle, entrée chez Prisunic au début des années 1950 et qui dirige le bureau de style de 1957 à 1967. Sa source d’inspiration est un essai du designer Raymond Loewy, La laideur se vend mal, publié en France en 1953. L’idée tient en une phrase : un objet bien dessiné ne coûte pas forcément plus cher à fabriquer qu’un objet mal dessiné.

![Escalier mécanique d’un magasin parisien en 1965, clients en manteau montant vers un étage signalé Alimentation, avec la rue et les Magasins du Printemps visibles derrière la vitre](https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/09-prisunic-catalogue-design-disparition-photo2.jpg)Escalier mécanique d’un magasin parisien en 1965, face aux Magasins du Printemps. Crédit : Willem van de Poll, Nationaal Archief, via Wikimedia Commons, CC0Le style devient alors une affaire de direction générale. Dès 1946, Jacques Gueden importe les méthodes commerciales américaines dans la maison. En 1958, la décoratrice Andrée Putman prend la direction artistique. En 1965, Jean-Pierre Bailly redessine le logo, une cible fleurie en son centre, qui restera sur les façades pendant des décennies.

La publicité suit la même logique. Dans un article paru en 1971 dans la revue Communication et langages, la chercheuse Thérèse Enderlin relève les messages alors martelés par l’enseigne : « Choisir Prisunic, c’est économiser », mais aussi « Prix, qualité, style, 3 bonnes raisons pour préférer Prisunic ». [Son étude, consultable sur Persée](https://www.persee.fr/doc/colan_0336-1500_1971_num_9_1_3860), montre une marque qui vend autant une image qu’un panier moyen.

## Des lithographies signées vendues 100 francs
L’épisode le plus étonnant reste celui des estampes. Entre 1967 et 1973, Prisunic vend en libre service des lithographies signées par des artistes contemporains, à 100 francs pièce et en 300 exemplaires. Une lithographie est une impression d’art tirée à un nombre limité d’exemplaires, numérotés et signés. Le peintre Pierre Alechinsky, cofondateur du mouvement Cobra, et Jean Messagier ouvrent la série ; Arman, Christo, Max Ernst, Asger Jorn, Niki de Saint Phalle ou Yasse Tabuchi suivront.

L’opération porte un nom, les Suites Prisunic, et un instigateur, le collectionneur et critique d’art Jacques Putman. En 1973, il rachète lui-même le stock invendu et fonde une société de diffusion d’œuvres multiples. Ces feuilles signées circulent aujourd’hui en salle des ventes, ce qui rappelle une question suivante : [quels disques vinyles français se revendent une fortune auprès des collectionneurs](https://lepointdujour.fr/actualite/1122-ces-disques-vinyles-francais-se-revendent-une-fortune-aupres-des-collectionneurs-15032025/) ?

## Une chaîne née pour contrer une rivale
L’origine de Prisunic est moins poétique. La marque est lancée le **1er décembre 1931** par les magasins du Printemps. Pierre Laguionie, actionnaire majoritaire du Printemps, veut répliquer à Uniprix, chaîne créée en 1928 par les Nouvelles Galeries. Le modèle est celui du magasin populaire : des prix bas sur des produits d’usage courant, surtout non alimentaires, avec un peu d’épicerie, de la confiserie et quelques produits frais. Le premier magasin ouvre rue de Caumartin à Paris, à deux pas du Printemps Haussmann, selon [la notice que Wikipédia consacre à l’enseigne](https://fr.wikipedia.org/wiki/Prisunic).

Le succès est immédiat, au point de provoquer une bronca du commerce traditionnel, qui dénonce une concurrence déloyale. Pour grandir vite, Prisunic invente en 1934 une centrale d’achat, la SAPAC, et un système d’affiliation qui préfigure la franchise : le commerçant garde son magasin, prend l’enseigne et achète par la centrale.

## Les chiffres d’une sortie de scène
La suite se lit dans une courbe descendante. L’enseigne dépasse les 350 magasins en France en 1970. Elle n’en compte plus que **132 en 1997**, l’année où Monoprix la rachète. Les magasins, dont certains perdent beaucoup d’argent, sont démantelés puis basculés sous l’enseigne du repreneur. La société elle-même est dissoute le 15 mai 2002 et radiée du registre du commerce le 29 mars 2003. Le dernier magasin à porter le nom ferme à Noisy-le-Sec, en 2003, quarante-cinq ans après son ouverture. Les repères de cette trajectoire tiennent en quelques lignes :

RepèreValeurDateLancement de l’enseigne par le Printemps1er décembre1931Magasins en Franceplus de 3501970Magasins relayant le catalogue de meubles292fin des années 1960Magasins restants au moment du rachat1321997Dissolution de la société15 mai2002Fermeture du dernier magasin, à Noisy-le-Sec1 magasin2003Cette disparition n’a rien d’un fait divers isolé. Le décor urbain français a perdu plusieurs de ses meubles familiers dans les mêmes années, à commencer par [les cabines téléphoniques, dont la loi de 2015 a scellé le sort](https://lepointdujour.fr/nostalgie/7475-cabines-telephoniques-publiphones-declin/).

## Un mythe plus large que son bilan
Il faut pourtant relativiser la légende. L’expérience du catalogue de meubles n’a jamais atteint une rentabilité satisfaisante : les quantités fabriquées restaient faibles et la vente à distance coûtait cher. Elle s’arrête au milieu des années 1970, et les sources ne s’accordent pas sur l’année exacte, 1976 pour la notice de Wikipédia, 1977 pour la saga tenue par d’anciens salariés. Le design de Prisunic aura donc occupé une place immense dans les mémoires et une place modeste dans les comptes.

Le souvenir, lui, a été soigneusement entretenu. Le Centre Pompidou accueillait déjà en 1988 une exposition consacrée à l’enseigne, et le musée des Arts décoratifs a réuni en 2021 et 2022 environ 500 pièces autour de cette aventure. Entre-temps, la « caissière du Prisunic » était devenue une figure du langage courant, et Jean Ferrat avait chanté Prisunic en 1967 sur un texte d’Henri Gougaud, plutôt à charge contre la société de consommation. Pour suivre les prochaines histoires d’enseignes et d’objets disparus, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google reste le moyen le plus simple de ne rien manquer.

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