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# La Cinq a réuni près de 7 millions de téléspectateurs pour sa dernière soirée en 1992, mais 3,5 milliards de francs de pertes avaient scellé son sort

**URL:** https://lepointdujour.fr/nostalgie/7508-la-cinq-faillite-ecran-noir/
Date: 2026-09-19
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Placée en liquidation le 3 avril 1992 avec un passif proche de 4 milliards de francs, La Cinq a cessé d’émettre à minuit le 12 avril, faute de repreneur.
Categories: Nostalgie
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/09-la-cinq-faillite-ecran-noir-scaled.jpg
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Derrière cet écran noir se cachent une concession accordée puis retirée, trois propriétaires en six ans et une facture que personne n’a voulu reprendre.

Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [l’apogée puis le déclin du Minitel](https://lepointdujour.fr/nostalgie/7440-minitel-apogee-declin-arret/).

## La Cinq cesse d’émettre le 12 avril 1992 à minuit
Le 12 avril 1992, à minuit, **La Cinq** disparaît de l’écran. Les dernières minutes sont filmées au milieu des salariés, autour du directeur de la rédaction Patrice Duhamel et des journalistes Jean-Claude Bourret et Marie-Laure Augry, engagés jusqu’au bout dans la défense de la chaîne. Puis un message s’affiche, que [l’INA a replacé dans son contexte](https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/la-cinq-jean-claude-bourret-television-chaine-tv6-arret) : « La Cinq vous prie de l’excuser pour cette interruption définitive de l’image et du son ». L’image laisse place à un bruit de goutte d’eau, puis au noir complet.

Ce soir-là, la chaîne réalise la meilleure audience de son histoire : **près de 7 millions de téléspectateurs**. Le paradoxe est total. Jamais autant de Français n’ont regardé La Cinq qu’au moment de sa mort.

L’événement est aussi une première. Selon l’INA, c’est la première fois dans l’histoire de l’audiovisuel français qu’une chaîne disparaît définitivement. TV6, arrêtée en 1987, avait été immédiatement remplacée par M6 sur les mêmes fréquences. Au total, 576 salariés sont licenciés.

## Une concession de dix-huit ans pour la première chaîne privée gratuite
L’histoire commence sous François Mitterrand, arrivé au pouvoir en 1981 avec la promesse de libérer les ondes. Le gouvernement de Laurent Fabius étudie le projet d’une chaîne commerciale nationale. Le 20 novembre 1985, l’accord est trouvé : l’homme d’affaires italien Silvio Berlusconi, allié au groupe Chargeurs réunis de Jérôme Seydoux et à Christophe Riboud, obtient une concession de service public de **18 ans**. Une concession, c’est un droit d’exploiter une fréquence accordé par l’État pour une durée fixée à l’avance.

La Cinq démarre le 20 février 1986. La soirée de lancement, enregistrée dans les studios milanais du groupe de Berlusconi, prend la forme d’un gala présenté par Christian Morin et Roger Zabel. La promotion avait commencé dès le 17 janvier. Face à ceux qui redoutent une télévision au rabais, l’homme d’affaires promet, d’après [les archives de l’INA consacrées au lancement](https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/silvio-berlusconi-television-france-lancement-chaine-privee-la-cinq), une télévision « Beaujolais », ni « Coca-Cola » ni « spaghetti ». La publicité, elle, doit tenir en « trois fois deux minutes par heure ».

Concrètement, le modèle repose entièrement sur les recettes publicitaires. Pas de redevance, pas d’abonnement : la chaîne est gratuite pour le téléspectateur. Tout dépend donc de sa capacité à attirer des annonceurs, et pour cela des audiences.

## Trois propriétaires en six ans
Le premier coup dur est politique. Aux élections législatives du 16 mars 1986, la droite l’emporte. Le 30 juillet suivant, le gouvernement de Jacques Chirac annule les concessions de La Cinq et de TV6, par des décrets publiés au Journal officiel le 2 août. La Cinq dépose un recours devant le Conseil d’État le 2 octobre, mais le sort de la chaîne se joue ailleurs, dans la nouvelle procédure d’attribution confiée à la Commission nationale de la communication et des libertés, la CNCL, l’autorité de régulation de l’époque.

![Structure métallique et antennes au sommet de la tour Eiffel vues en contre-plongée sous un ciel bleu, derrière un grillage de protection](https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/09-la-cinq-faillite-ecran-noir-photo2.jpg)Antennes et équipements installés au sommet de la tour Eiffel, photographiés en avril 2016. Crédit : Ibex73, via Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0Le 23 février 1987, après une audition devant la CNCL, le réseau est attribué au trio formé par Robert Hersant, Silvio Berlusconi et Jérôme Seydoux. Le patron de presse annonce un investissement d’un milliard de francs. Selon le récit détaillé du site Encyclomédia, Hersant et Berlusconi détiennent alors chacun 25 % du capital.

Le troisième propriétaire arrive en octobre 1990. Robert Hersant propose à Jean-Luc Lagardère de reprendre La Cinq. Le patron d’Hachette, qui avait manqué la privatisation de TF1 en 1987, ne conçoit pas son groupe sans une chaîne généraliste. Il accepte, alors que l’endettement de son groupe est déjà passé de 2 à 10 milliards de francs après de lourds investissements aux États-Unis.

## Le gendarme de l’audiovisuel sort le carnet
À ces difficultés s’ajoutent les sanctions. Le 21 décembre 1989, le Conseil supérieur de l’audiovisuel, qui a succédé à la CNCL, inflige à La Cinq une sanction de **5 millions de francs**. En cause, deux diffusions de l’été 1989 jugées contraires à la protection de l’enfance : Vidéomania, le 27 juin à 16 h 30, et le film Les voix de la nuit, le 10 juillet à 20 h 40.

La chaîne conteste. Dans [sa décision du 11 mars 1994](https://www.legifrance.gouv.fr/ceta/id/CETATEXT000007824824/), le Conseil d’État annule la partie de la sanction qui visait Vidéomania, faute de mise en demeure préalable pour cet horaire, et ramène l’amende à 3 millions de francs. La décision tombe deux ans après la fermeture. Elle illustre pourtant le climat : une chaîne sous surveillance, qui cherche l’audience par la programmation et se heurte aux règles.

## Hachette, le pari de trop
La reprise par Hachette ne redresse rien. Un an après son arrivée, le déficit annuel atteint 1,1 milliard de francs. Depuis 1986, les pertes cumulées s’élèvent à **3,5 milliards de francs**, soit 533 millions d’euros. Le 31 décembre 1991, La Cinq dépose son bilan, autrement dit elle se déclare en cessation de paiements devant la justice.

Le tribunal de commerce de Paris examine les projets de reprise. Aucun ne lui paraît viable. Le 3 avril 1992, il prononce la liquidation judiciaire, c’est-à-dire l’arrêt définitif de l’activité et la vente des actifs pour payer les créanciers. Le passif, soit l’ensemble des dettes, approche alors 4 milliards de francs, selon l’Encyclopædia Universalis.

Les grandes étapes de cette courte vie tiennent en quelques dates :

DateÉtapeRepère chiffré20 novembre 1985Accord pour la concession Berlusconi18 ans prévus20 février 1986Première soirée de La Cinq3 fois 2 minutes de publicité par heure23 février 1987Réseau attribué au trio Hersant, Berlusconi, Seydoux1 milliard de francs d’investissement annoncéOctobre 1990Reprise par Hachette1,1 milliard de francs de déficit un an plus tard3 avril 1992Liquidation judiciairePassif proche de 4 milliards de francs12 avril 1992Écran noir à minuitPrès de 7 millions de téléspectateursPour Hachette, l’addition est plus lourde encore. Selon [La revue des médias de l’INA](https://larevuedesmedias.ina.fr/comment-la-finance-transforme-le-groupe-lagardere), l’aventure a coûté 7 milliards de francs au groupe. Ses banques imposent ensuite la fusion avec Matra et prennent la majorité du conseil de surveillance. La même année, une autre figure du quotidien des Français tirait sa révérence, pour des raisons bien différentes : [la Renault 4, arrêtée fin 1992 faute de pot catalytique](https://lepointdujour.fr/nostalgie/7441-renault-4l-fin-production-catalyseur/).

## Ce que l’écran noir ne dit pas
Le record d’audience du dernier soir ne prouve pas que La Cinq aurait pu vivre. Une soirée d’adieux attire par curiosité et par émotion, pas par fidélité. Le problème de fond était ailleurs : une chaîne gratuite doit couvrir ses coûts de programmes par la publicité, et La Cinq n’y est jamais parvenue en six ans, quels que soient ses propriétaires.

Les chiffres appellent aussi la prudence. L’INA évoque 576 salariés licenciés, alors qu’une autre page de ses archives indique que près de 1 000 personnes travaillaient pour la chaîne : les deux données ne mesurent sans doute pas le même périmètre. Le montant de 7 milliards de francs cité pour Hachette englobe, lui, l’ensemble du coût de l’aventure pour le groupe, au-delà des seules pertes de la chaîne.

Le réseau, enfin, ne reste pas vide longtemps. Le 23 avril 1992, le secrétaire d’État à la communication Jean-Noël Jeanneney annonce que l’État exerce son droit de préemption sur le canal : à partir de septembre, Arte y diffusera ses soirées. Le choix ne fait pas l’unanimité. À l’Assemblée nationale, le 18 mai 1992, le député Robert-André Vivien juge cette préemption insoucieuse des « contingences matérielles ». Pour ne manquer aucun des prochains récits sur la télévision d’autrefois, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google reste le plus simple.

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