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# France Télécom visait 300 000 téléphones publics en 2001, la loi de 2015 a scellé le sort des cabines téléphoniques
**URL:** https://lepointdujour.fr/nostalgie/7475-cabines-telephoniques-publiphones-declin/
Date: 2026-09-18
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: En 2013, 23 947 des 39 912 cabines du service universel servaient 33 secondes par jour, un constat qui a poussé la loi Macron à les rendre facultatives.
Categories: Nostalgie
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Entre l’objectif de croissance affiché en 1998 et la sortie du service public en 2015, une poignée de chiffres officiels raconte comment un réflexe quotidien s’est éteint en moins de vingt ans.
Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [le forfait mobile par satellite d’Orange destiné aux zones blanches](https://lepointdujour.fr/actualite/6462-orange-lance-en-france-le-1er-forfait-mobile-par-satellite-reserve-aux-zones-blanches/).
## Les cabines téléphoniques sorties du service universel en 2015
Pendant des décennies, chaque commune de France avait droit à sa cabine téléphonique. Cette garantie relevait du service universel des communications électroniques, c’est-à-dire l’ensemble des prestations de base qu’un opérateur désigné doit fournir partout, à un prix abordable. La publiphonie, nom administratif des téléphones publics, en faisait partie.
La loi n° 2015-990 du 6 août 2015 pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques, dite loi Macron, a retiré cette composante. Conséquence directe : Orange, héritier de France Télécom, n’est plus tenu de maintenir les **cabines téléphoniques** au titre de cette obligation. Au 1er avril 2015, la France en comptait environ 65 000, selon une question écrite de la députée Michèle Delaunay.
Le motif tient en un chiffre. Selon les données fournies en 2013 par Orange et reprises dans [une réponse ministérielle publiée le 24 mars 2015](https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/14/questions/QANR5L14QE50367), **23 947 publiphones sur 39 912** installés au titre du service universel affichaient un taux d’utilisation de 33 secondes par jour. Le ministère parle d’un parc quasi inutilisé à 95 %.
## La télécarte, une parade contre le vandalisme
Avant le déclin, il y a eu une modernisation. Le 11 décembre 1985, le journal de 20 heures d’Antenne 2 présente [la télécarte jetable et la carte télécom](https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/cab85113087/carte-telecom-et-telecarte-pour-les-cabines-telephoniques), deux nouveaux moyens de payer ses appels depuis une cabine, selon l’archive conservée par l’INA.
Une cabine téléphonique hors service en gare de Nonancourt, dans l’Eure, photographiée le 27 mai 2022. Crédit : Coucosmoothie, via Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0L’enjeu dépasse le confort. Un appareil qui n’accepte plus de pièces n’a plus de caisse à fracturer. Le reportage met en avant cet argument : la carte limite les dégradations et les vols d’argent dans les téléphones publics.
La cabine s’installe dans le paysage des villes et des villages, avec son habitacle vitré et sa tablette. Elle sert aussi de dernier recours pour les appels d’urgence, un argument que les maires ruraux avanceront encore des années plus tard pour défendre la leur.
## 226 000 appareils en 1997 et un objectif de 300 000
À la fin des années 1990, personne n’anticipe officiellement la chute. Dans [une réponse publiée le 2 novembre 1998](https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/11/questions/QANR5L11QE18406), le gouvernement décrit un parc en croissance continue : 206 000 publiphones en 1995, 211 000 en 1996 et près de **226 000 en 1997**, sur le domaine public comme sur le domaine privé. L’objectif affiché pour 2001 est de 300 000.
France Télécom investit alors plus de 400 millions de francs par an pour agrandir et moderniser ce réseau. La règle d’implantation est précise : au moins une cabine par commune, puis une de plus par tranche de 1 500 habitants au-delà du premier millier, pour les communes de 1 000 à 10 000 habitants. Appliquée à la lettre, elle impose au moins 48 000 cabines. En pratique, 70 000 ont été installées.
Le cadre protège aussi les petites communes. Dans celles de moins de 2 000 habitants, l’opérateur ne peut pas supprimer une cabine sans l’accord du maire. Autrement dit, la cabine est pensée comme un équipement public durable, au même titre qu’une boîte aux lettres.
## Du pic de 1999 aux 33 secondes par jour
La bascule est rapide. Une réponse ministérielle de novembre 2003 indique que le nombre de cabines téléphoniques installées sur le domaine public décroît depuis 1999, année où il avait atteint 209 259. En 2003, il tombe à environ 162 750. Le téléphone mobile fait son œuvre.
La décrue se lit dans les documents officiels successifs :
AnnéeNombre d’appareilsPérimètreDocument1997Près de 226 000Parc total, public et privéRéponse ministérielle de 19981999209 259Domaine publicRéponse ministérielle de 20032003Environ 162 750Domaine publicRéponse ministérielle de 20032010Environ 98 000Voie publiqueRéponse ministérielle de 20102015Environ 65 000Ensemble du paysQuestion écrite de 2015En 2010, le parc de la voie publique ne compte plus qu’environ 98 000 appareils, dont 45 675 au titre du service universel. L’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes, l’Arcep, recommande en avril 2013 d’alléger l’obligation de couverture. Selon la réponse de 2015, l’exploitation du parc coûte alors plus de 12 millions d’euros par an aux opérateurs.
Au Sénat, le 16 avril 2015, Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie, résume l’écart avec une formule frappante. Selon [le compte rendu de la séance](https://www.senat.fr/seances/s201504/s20150416/s20150416002.html), le trafic des cabines représentera, fin 2015, « moins de 1 % de ce qu’il représentait en 2000 ». Remplacer ce matériel vieilli coûterait, selon lui, plusieurs dizaines de millions d’euros.
## Un démantèlement encadré commune par commune
La disparition ne se fait pas d’un coup. Le gouvernement promet de ne démonter aucune cabine dans les zones blanches, ces secteurs sans couverture mobile, tant qu’elles ne sont pas couvertes. Orange doit aussi prévenir chaque maire par courrier et organiser une réunion d’échange dans chaque département.
Le bilan d’étape, publié le 20 septembre 2016, donne la mesure du mouvement : 12 775 courriers envoyés aux maires, 84 refus pour défaut de couverture mobile, soit 0,66 %, et 78 demandes d’information. Dans ces 84 cas, la dépose est ajournée. En parallèle, l’État relance le programme zones blanches, avec 268 communes à couvrir en internet mobile, et impose aux quatre opérateurs d’équiper en haut débit mobile 2 200 communes d’ici la mi-2017.
La question suivante porte sur l’objet qui a remplacé la cabine, et sur ce qui pourrait lui succéder, puisque [une date de fin est déjà avancée pour le téléphone portable](https://lepointdujour.fr/actualite/5462-le-telephone-portable-cest-bientot-fini-mark-zuckerberg-prevoit-une-date-de-fin-et-ce-qui-changera-dans-votre-quotidien/).
## Des chiffres qui ne comptent pas tous la même chose
Ces séries demandent de la prudence. Selon les documents, on compte le parc total, le domaine public, la voie publique ou les seuls appareils du service universel. La réponse de 1999 évoque ainsi 70 000 cabines sur le domaine public pour un parc de plus de 200 000, quand celle de 2003 retient 209 259 appareils sur ce même domaine en 1999. La question de 2015 cite, elle, plus de 300 000 cabines en 1997, un chiffre supérieur à celui du gouvernement pour la même année.
La durée de 33 secondes, enfin, ne décrit pas toutes les cabines téléphoniques : elle concerne 23 947 appareils du service universel. Elle suffit pourtant à expliquer le destin de l’objet. Pour suivre les prochains récits consacrés aux objets du quotidien d’avant, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google permet de ne pas les manquer.
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