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# Le Minitel a culminé à 6,5 millions de terminaux en 1993 et à plus de 25 000 services, mais son réseau fermé ne pouvait pas suivre internet
**URL:** https://lepointdujour.fr/nostalgie/7440-minitel-apogee-declin-arret/
Date: 2026-09-17
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Coupé le 30 juin 2012 par France Télécom, le Minitel comptait encore 410 000 terminaux en 2011, contre 6,5 millions à son sommet de 1993.
Categories: Nostalgie
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Reste à comprendre comment un service installé dans un foyer français sur cinq a pu fondre aussi vite, alors qu’il rapportait encore des centaines de millions d’euros par an.
Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [le passage de la fibre française au 40 Gb/s](https://lepointdujour.fr/actualite/6198-orange-deploie-du-40-gb-s-en-france-la-fibre-passe-au-standard-de-demain/).
## Le Minitel s’est éteint le 30 juin 2012, vingt ans après son sommet
Le 30 juin 2012, France Télécom coupe le réseau qui faisait vivre le **Minitel**. La date n’a rien d’une décision de dernière minute. Dans sa réponse à une question écrite du député Jacques Kossowski, publiée le 21 février 2012, le gouvernement rappelle un calendrier deux fois repoussé : la fermeture technique de l’offre X25, la technologie de transport de données qui portait le service, était d’abord fixée au 30 septembre 2011, et l’arrêt de la commercialisation au 30 avril 2011.
Trois motifs officiels figurent dans [cette réponse publiée par l’Assemblée nationale](https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/13/questions/QANR5L13QE119752) : l’obsolescence technique du support, la difficulté à maintenir une qualité de service sur ce réseau, et un nombre d’utilisateurs en constante diminution. Le député, lui, s’inquiétait du sort des 800 000 terminaux encore actifs, souvent installés chez des personnes sans ordinateur. Un numéro vert et le maintien du 3618, service destiné aux personnes malentendantes, ont servi d’amortisseur.
Le contraste avec la décennie précédente est net. D’après [l’histoire du service publiée par La revue des médias de l’INA](https://larevuedesmedias.ina.fr/du-minitel-linternet), le parc avait atteint son maximum en 1993, avec **6,5 millions de Minitel**, soit environ 14,5 millions d’utilisateurs et un foyer sur cinq équipé. Le programme en visait 30 millions.
## Un terminal prêté gratuitement, une facture de téléphone qui encaisse
Au départ, le Minitel n’est pas vendu, il est prêté. La direction générale des télécommunications, ancêtre administratif de France Télécom, fait un pari simple : un terminal dont la fabrication coûte de l’ordre de 1 000 francs, soit environ 150 euros, distribué sans frais, doit équiper massivement les foyers. L’argent viendra ensuite, à la durée de consultation, encaissée avec la facture de téléphone. Sur chaque minute payée, l’opérateur prélève d’abord une commission de 45 %, ramenée à 15 % en 2010.
Le terminal de vidéotex Thomson utilisé lors de l’expérience Télétel de Vélizy, photographié le 22 novembre 1980. Crédit : Bernard Marti, via Wikimedia Commons, licence CC BY 3.0Ce montage a un mérite rare : il rend le paiement indolore. Pas de carte à sortir, pas d’abonnement à souscrire, une ligne de plus sur une facture déjà existante. Il explique aussi la sensibilité extrême du service au moindre changement de tarif. En 2007, quand les trois premières minutes de l’annuaire électronique, gratuites depuis l’origine, redeviennent payantes, le trafic de cet annuaire chute des deux tiers.
Côté éditeurs, le ticket d’entrée reste modeste : de 600 à 3 000 euros, soit 4 000 à 20 000 francs, pour ouvrir un service de télématique, c’est-à-dire la consultation d’informations à distance par la ligne téléphonique.
## Le kiosque de 1984 fait passer les services de 145 à plus de 25 000
Le tournant porte un nom : le kiosque. Créé en 1984, ce système de reversement automatique rassure les éditeurs de presse, réticents à voir les petites annonces migrer vers l’écran. Pour ouvrir un service de type 3615, il faut alors détenir un numéro de commission paritaire, qui confère le statut d’organe de presse. Les journaux deviennent donc fournisseurs de services, et l’effet est immédiat : 145 services en 1984, 2 074 l’année suivante.
Les messageries, elles, n’étaient pas prévues. Elles naissent d’un détournement : lors de l’expérience Gretel, menée à Strasbourg par les Dernières nouvelles d’Alsace avec l’administration des télécommunications, un testeur pirate la fonction d’aide aux usagers pour discuter avec les autres participants. La conversation entre inconnus devient le produit d’appel du réseau, avec sa part la plus commentée, le Minitel rose. Claude Perdriel, Xavier Niel et Marc Simoncini y ont fait leurs débuts.
Au milieu des années 1990, le catalogue dépasse 25 000 services, quand l’internet français compte environ 5 000 noms de domaine en .fr pour les entreprises. La vente par correspondance en profite plus que toute autre : chez La Redoute et aux 3 Suisses, la commande par Minitel a représenté jusqu’à 15 % du chiffre d’affaires.
## Ce que la courbe du parc raconte, année après année
Le décollage est fulgurant, la descente plus longue qu’on ne l’imagine. Le service démarre en 1983 avec 120 000 terminaux, franchit le million dès 1985, culmine en 1993, puis s’érode : 5,5 millions en 1999, 3,6 millions en 2005, 410 000 en 2011. L’apogée réelle se situe même un peu plus tard, en 2003, si l’on ajoute les ordinateurs équipés d’un émulateur, c’est-à-dire d’un logiciel qui imite le terminal : plus de 9 millions d’appareils pouvaient alors se connecter au service.
Les grandes étapes du service tiennent en quelques repères chiffrés :
ÉtapeDateChiffre publiéPremière expérimentation de l’annuaire électroniqueJuillet 1980, à Saint-MaloTerminal prêté gratuitementCréation du kiosque1984145 services, puis 2 074 en 1985Sommet du parc de terminaux19936,5 millions d’appareils, un foyer sur cinqSommet des recettes du trafic1997 et 1998777 millions d’eurosDernière année pleine2011410 000 terminauxCoupure technique du réseau30 juin 2012Fermeture de l’offre X25Les recettes suivent la même pente. Le chiffre d’affaires du trafic hors annuaire dépasse 200 millions d’euros dès 1987, plafonne autour de **777 millions d’euros en 1997 et 1998**, retombe sous 100 millions dès 2007, à une trentaine de millions en 2010, puis à quelques centaines de milliers d’euros en 2011. Autrement dit, le réseau tournait encore, mais ne payait plus ses frais.
## Le vrai tournant remonte à 1978, bien avant internet
Pour comprendre la fin, il faut revenir au choix de départ. En 1978, le rapport commandé par Valéry Giscard d’Estaing à Simon Nora et Alain Minc popularise le mot télématique et sert de feuille de route. Gérard Théry, alors à la tête de la direction générale des télécommunications, soutient le programme Télétel. Ce choix en enterre un autre : Cyclades, projet de réseau informatique décentralisé lancé en 1971 sous la direction de Louis Pouzin, proche dans son esprit de l’ARPANET américain, ancêtre d’internet.
La France retient donc Transpac, un réseau homogène et centralisé où l’opérateur contrôle les terminaux, les numéros de service et la facturation. C’est la condition de la fiabilité et de la rentabilité, mais c’est aussi une impasse : le terminal ne stocke rien, ne calcule rien, ne sert à rien d’autre. Toute l’innovation reste au cœur du réseau, là où l’internet la déplace vers les machines des utilisateurs. En 1997, Lionel Jospin, alors Premier ministre, pose le diagnostic en public : le Minitel, « réseau uniquement national », serait « limité technologiquement » et risquerait de freiner les applications nouvelles.
La même logique explique l’échec à l’exportation, résumé par une formule restée célèbre dans les télécoms françaises : tout le monde nous l’a envié, personne ne nous l’a acheté. La question suivante se pose aujourd’hui pour un autre objet devenu universel, puisque [une date de fin est déjà avancée pour le téléphone portable](https://lepointdujour.fr/actualite/5462-le-telephone-portable-cest-bientot-fini-mark-zuckerberg-prevoit-une-date-de-fin-et-ce-qui-changera-dans-votre-quotidien/).
## Un échec relatif, et des chiffres à manier avec prudence
Parler d’échec serait pourtant excessif. Jusqu’à la fin de 1987, le Minitel a coûté près de trois fois ce qu’il rapportait, à cause du terminal offert. Ensuite, il devient une affaire : une étude commandée par France Télécom en 1991, sur les comptes cumulés de 1984 à 2000, estime le gain global à environ 1 milliard d’euros, pour 10 milliards de recettes et 9 milliards de dépenses.
Ces chiffres demandent de la prudence. Ils mélangent l’opérateur et les fournisseurs de services, et ignorent l’activité indirecte, comme les commandes passées chez les vépécistes. Le parc, lui, recense des terminaux en service, pas des personnes : un Minitel resté branché dans une arrière-boutique compte autant qu’un appareil utilisé chaque jour.
Dernière nuance : le Minitel n’est pas l’ancêtre d’internet, les deux réseaux reposant sur des visions opposées. Il reste une expérience de masse commencée dans un seul département, comme le montre [le reportage de FR3 Rennes du 1er septembre 1982](https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/ryc9806084890/rennes-presentation-du-systeme-minitel-annuaire-electronique), où un responsable des télécommunications explique que le service sera gratuit en Ille-et-Vilaine avant de devenir payant ailleurs.
Pour suivre les prochains récits consacrés aux objets qui ont façonné la France d’avant, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google prend quelques secondes.
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