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# 40 millions de Tamagotchi vendus en deux ans et demi, puis une erreur de stocks l'a mis en sommeil jusqu'en 2004
**URL:** https://lepointdujour.fr/nostalgie/7401-tamagotchi-bandai-invendus-histoire/
Date: 2026-09-16
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Lancé par Bandai le 23 novembre 1996, le Tamagotchi a fini sa première vogue avec des invendus massifs et une perte d'environ 6 milliards de yens.
Categories: Nostalgie
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/05-tamagotchi-bandai-invendus-scaled.jpg
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Derrière le phénomène de cour de récréation, il y a surtout une leçon industrielle sur la demande mal mesurée, et un retour que personne n'attendait.
Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [une Game Boy en Lego transformée en vraie console jouable](https://lepointdujour.fr/actualite/6226-game-boy-en-lego-devient-une-console-jouable-avec-ecran-et-boutons-fonctionnels/).
## Le Tamagotchi, succès mondial express suivi d'un arrêt des ventes
Le petit œuf électronique de Bandai arrive dans les magasins japonais le 23 novembre 1996. Le principe tient en une phrase : un animal de compagnie virtuel vit sur un écran à cristaux liquides, et son propriétaire doit le nourrir, jouer avec lui, nettoyer ses déjections et le soigner quand il tombe malade. Négligé trop longtemps, il meurt. L'objet n'a que trois boutons et, détail décisif, aucun interrupteur pour l'éteindre.
Le succès est immédiat. Selon [le communiqué publié par Bandai en août 2025](https://www.bandai.co.jp/press/2025/250828.php), le jouet s'écoule à **10 millions d'exemplaires en huit mois**, au Japon et à l'étranger, puis à 40 millions en deux ans et demi. Pourtant, la vague retombe au bout d'environ deux ans. Bandai se retrouve avec d'énormes stocks sur les bras et suspend un temps la commercialisation. Ce trop-plein d'invendus explique pourquoi le jouet a quitté les rayons à la fin des années 1990.
## Une montre pour garçons devenue porte-clés de lycéennes
L'histoire commence dans un contexte tendu. Au milieu des années 1990, Bandai enchaîne les résultats décevants. Taro Tsuji, aujourd'hui membre de la direction de Bandai et « Chief Tamagotchi Officer », travaillait alors dans la division des jouets pour garçons. Il se souvient, dans un entretien au magazine économique japonais President, de « journées vraiment difficiles » (traduction).
L'idée de départ n'a rien d'un œuf : il s'agit d'une montre-bracelet permettant d'élever une drôle de créature. Le nom est déjà trouvé, contraction de tamago (œuf en japonais) et de watch (montre en anglais). Mais les études de marché réservent une surprise. Le concept plaît bien davantage aux lycéennes qu'aux garçons. Bandai change alors de cible et remplace le bracelet par une chaînette à billes, plus facile à accrocher à un cartable. En interne, personne ne croyait au produit. Taro Tsuji lui-même reconnaît aujourd'hui, avec le recul, qu'il n'avait « pas eu l'œil » (traduction).
## Dix mille exemplaires en une journée à New York
Pour mesurer l'ampleur du phénomène, il faut un ordre de grandeur. Dans l'industrie du jouet japonaise, un article vendu à 1 million d'exemplaires est considéré comme un très grand succès. Le Tamagotchi atteint dix fois ce volume en huit mois, Japon et étranger confondus. Au Japon, Bandai reçoit alors plus de **10 000 demandes par jour** de clients qui n'arrivent pas à l'acheter.
La version anglaise sort aux États-Unis en mai 1997, puis gagne le Canada, l'Europe et le reste de l'Asie. À New York, le magasin amiral du grand marchand de jouets FAO Schwarz en écoule 10 000 en vingt-quatre heures. En France, le jouet s'invite au journal télévisé. Le [reportage du 13 heures de France 2 du 3 novembre 1997, conservé par l'INA](https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/cab97136516/les-tamagotchis), montre des enfants qui ne peuvent plus l'emporter en classe, et des parents chargés à leur place de s'occuper de l'animal virtuel.
Le succès redresse d'un coup les résultats de Bandai. Selon Taro Tsuji, l'ambiance interne, jusque-là morose, se transforme, et un projet de fusion avec un autre groupe, alors en discussion, est abandonné. Il admet que la coïncidence de calendrier peut être fortuite, mais estime que le jouet a changé le destin de Bandai.
## Produire plus, au pire moment
Le retournement tient à un enchaînement que Bandai raconte aujourd'hui sans détour. Dans [sa lettre aux actionnaires consacrée aux 30 ans du jouet](https://www.bandainamco.co.jp/en/ir/library/newsletter82_special.html), Mikiko Hashimoto, chargée des licences chez Bandai, explique que l'entreprise a d'abord voulu répondre à la frustration des clients privés de Tamagotchi en augmentant ses capacités de production. Or, au moment précis où les usines suivaient enfin, les contrefaçons, c'est-à-dire des copies non autorisées vendues sans licence, sont apparues les unes après les autres. Quand la mode s'est essoufflée, les stocks excédentaires étaient considérables.
Le groupe indique que les copies ont proliféré dès 1996. En 1997, Bandai dépose **147 demandes de marque couvrant 39 noms différents dans 27 pays et régions**, car le jouet ne porte pas le même nom partout.
À cela s'ajoute une erreur de lecture de la demande. D'après [le site spécialisé Automaton](https://automaton-media.com/en/news/tamagotchi-caused-bandai-to-lose-6-billion-yen-despite-being-hit-toy-of-the-90s/), qui s'appuie sur une émission de la télévision japonaise diffusée en 2022, de nombreux clients réservaient le jouet dans plusieurs boutiques à la fois, ce qui gonflait artificiellement les commandes. Au printemps 1998, Bandai aurait vendu environ 20 millions d'exemplaires au Japon et à peu près autant hors du pays. Ensuite, les magasins renvoient des cartons entiers d'invendus, tandis que de nouvelles séries continuent d'être fabriquées faute de coordination entre les services. Plus de 2,5 millions d'exemplaires auraient été détruits. Les imitations, souvent moins chères, ont sans doute aussi pesé sur les ventes hors du Japon. Le magazine President chiffre la perte liée à cet épisode à environ 6 milliards de yens.
## Le retour par la cour d'école, puis par la nostalgie
La résurrection naît d'une observation. Quelques années après l'arrêt, Bandai apprend que des écoliers jouent encore avec des Tamagotchi de première génération. L'entreprise en conclut que le jeu d'élevage d'un animal possède un attrait universel. En 2004, deux nouveaux modèles dotés d'une liaison infrarouge, une communication sans fil à très courte portée qui permet à deux appareils d'échanger des données, totalisent environ 5 millions d'exemplaires en un an.
Trois Tamagotchi de modèles différents, photographiés en 2013 : après la première vogue, le jouet a changé de forme et de décor au fil de ses rééditions. Crédit : Pascal Maramis / Flickr, via Wikimedia Commons, licence CC BY 2.0
La leçon de 1996 a servi. Pour ce lancement, Bandai reprend la forme protégée par le dessin déposé du modèle d'origine et évite de dévoiler l'apparence du produit dans ses publicités avant sa sortie, afin de ne pas faciliter le travail des copieurs. Suivent un écran couleur en 2008, un écran tactile en 2021, une connexion Wi-Fi en 2023 et le Tamagotchi Paradise en juillet 2025. Au total, 38 modèles ont été commercialisés, dans plus de 50 pays et régions.
Le dernier élan vient de la nostalgie. La réédition du modèle vendu à l'étranger en 1997, relancée sous le nom Original Tamagotchi à partir de 2018, atteint 11,52 millions d'exemplaires fin juillet 2025. Le 31 juillet 2025, la gamme franchit la barre des **100 millions d'unités expédiées** dans le monde, dont 16 % en Europe. Le trentième anniversaire tombe en novembre 2026, et Bandai vise un marché d'environ 100 milliards de yens, soit le double de son niveau actuel.
Trente ans de Tamagotchi, résumés en quelques dates :
Date
Étape
Chiffre clé
23 novembre 1996
Lancement au Japon
Aucun interrupteur pour l'éteindre
Huit premiers mois
Premier boom
10 millions d'exemplaires
Mai 1997
Sortie aux États-Unis
10 000 vendus en 24 heures chez FAO Schwarz à New York
Deux ans et demi après le lancement
Fin de la première vogue
40 millions d'exemplaires
2004
Retour avec liaison infrarouge
Environ 5 millions en un an
31 juillet 2025
Cap symbolique
100 millions d'unités expédiées
## Ce que la légende du jouet enterré exagère
Le récit de la chute a nourri des rumeurs. L'une d'elles veut que les invendus aient été enfouis sur l'île artificielle d'Odaiba, à Tokyo, lors de son réaménagement, à la manière des cartouches Atari enterrées en 1983. Aucune preuve ne l'étaye, et la source qui la mentionne la présente elle-même comme une légende non vérifiée.
Les chiffres demandent aussi de la prudence. Les 100 millions correspondent à des unités expédiées vers les magasins, pas à des jouets achetés par des familles. Les 20 millions japonais du printemps 1998 restent une estimation, et le montant de la perte ne figure pas dans les documents de Bandai consultés : il provient d'un magazine et d'une émission de télévision. Enfin, parler de disparition est excessif. Le jouet a connu une longue éclipse commerciale, pas une fin, et une partie des fans a continué à jouer avec pendant toute cette période.
Pour ne rien manquer des prochains récits sur les objets qui ont marqué plusieurs générations, il suffit d'ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google.
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