Dossier : Maison et jardin › Fleurs et plantes
Voir le sommaire Ne plus voir le sommaire
- Les boutures à bois sec se prélèvent une fois les feuilles tombées
- La grosseur d’un crayon, trois à quatre bourgeons
- L’hiver fabrique un cal, le printemps fabrique les racines
- Les genres qui s’y prêtent, et ceux qui refusent
- La même règle, à l’échelle d’une berge de rivière
- Une méthode gratuite, mais pas une garantie
Un rameau planté en novembre ne fabrique aucune racine avant le printemps, et ce décalage de plusieurs mois explique presque toutes les règles de la méthode.
Pour aller plus loin, lire notre article dédié aux arbustes à bois coloré plantés à l’automne.
Les boutures à bois sec se prélèvent une fois les feuilles tombées
La technique porte un nom peu évocateur et désigne pourtant le mode de multiplication le plus simple du jardin. Une bouture à bois sec, aussi appelée bouture ligneuse, est un fragment de rameau de l’année prélevé sur un arbuste à feuilles caduques pendant son repos végétatif, puis enfoncé en terre sans feuille, sans serre et sans arrosage quotidien. La fiche de multiplication de la Royal Horticultural Society, la société royale d’horticulture britannique, fixe la fenêtre du milieu de l’automne à la fin de l’hiver, avec deux moments préférables, juste après la chute des feuilles ou juste avant le débourrement de printemps.
Une réserve accompagne cette fenêtre : les gelées sévères, sous moins 5 degrés, sont à éviter au moment du prélèvement. En pratique, cela place le geste dans la première quinzaine de novembre pour une bonne partie de la France, quand les bois ont perdu leurs feuilles mais que le sol reste travaillable. La fiche pédagogique publiée par la même société pour les jardins scolaires resserre d’ailleurs la période sur décembre à mars, quand la plante est dormante, ce qui laisse en réalité un long créneau plutôt qu’une date.
La grosseur d’un crayon, trois à quatre bourgeons
Les mesures sont précises. Le rameau choisi doit avoir la grosseur d’un crayon. Il se recoupe en tronçons de 15 à 30 centimètres, avec deux coupes de forme différente, une coupe en biais juste au-dessus d’un bourgeon en haut, une coupe droite juste sous un bourgeon en bas. Cette dissymétrie n’a rien d’esthétique : elle indique le sens du fragment une fois les bourgeons invisibles, et la pente du haut évacue l’eau de pluie. La fiche scolaire donne un repère plus facile encore, compter trois à quatre bourgeons depuis le sommet avant la coupe basse.
L’extrémité tendre, trop jeune et trop fine pour tenir l’hiver, est éliminée. La base peut recevoir une poudre d’hormone d’enracinement, une auxine de synthèse qui stimule la formation des racines. Pour la mise en place, la société d’horticulture demande d’enterrer les deux tiers de la bouture, en laissant quelques bourgeons dehors, avec 10 à 15 centimètres entre deux boutures d’une même ligne et 40 centimètres entre deux lignes. En petite quantité, un pot profond rempli pour moitié de gravier grossier et pour moitié de terreau fait l’affaire selon la fiche de multiplication, la fiche pédagogique préférant un mélange de terreau et de perlite, à raison de cinq à six boutures par pot, sous châssis froid ou dans une serre non chauffée.
L’hiver fabrique un cal, le printemps fabrique les racines
C’est le point qui déroute le plus. Pendant les mois froids, la bouture ne produit pas de racines mais un cal, un bourrelet de cellules indifférenciées qui se forme à la coupe basse. Les racines n’apparaissent qu’au printemps, et la société d’horticulture conseille de laisser les boutures en place jusqu’à l’automne suivant avant de les déplacer ou de les rempoter. Autrement dit, un rameau coupé en novembre 2026 ne devient un plant transplantable qu’à l’automne 2027.

Ce calendrier impose la patience et un emplacement choisi une fois pour toutes, à l’abri du vent et du passage. Il explique aussi pourquoi la méthode ne demande presque aucun entretien : sans feuille, la bouture ne transpire pas, donc elle ne réclame pas l’humidité permanente que supposent les boutures d’été. Question suivante : comment éviter les erreurs de coupe sur les arbustes où ces rameaux sont prélevés ? Notre article sur les gestes qui évitent les erreurs de taille sur les arbres et arbustes donne les repères utiles. Les mesures de la méthode tiennent en quelques lignes :
| Repère | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Période de prélèvement | du milieu de l’automne à la fin de l’hiver, après la chute des feuilles | Royal Horticultural Society |
| Taille du fragment | 15 à 30 cm, grosseur d’un crayon, 3 à 4 bourgeons | Royal Horticultural Society |
| Part enterrée | les deux tiers, quelques bourgeons laissés dehors | Royal Horticultural Society |
| Espacement en pleine terre | 10 à 15 cm entre boutures, 40 cm entre les lignes | Royal Horticultural Society |
| En pot | 5 à 6 boutures, moitié gravier et moitié terreau, sous châssis froid | fiche pédagogique de la même société |
| Pose des fascines vivantes | d’octobre à avril, en repos végétatif | INRAE et OFB, avril 2023 |
Les genres qui s’y prêtent, et ceux qui refusent
La liste publiée par la société d’horticulture est longue et sans surprise pour qui observe les haies. Côté arbustes, elle cite l’abélia, le deutzia, le buddleia, le cornouiller, le forsythia, le seringat, les groseilliers du genre Ribes, les rosiers, la symphorine et les viornes. Côté grimpantes, la vigne, les chèvrefeuilles, le jasmin et la vigne vierge. Côté petits fruits, les groseilliers à maquereau, les cassissiers et groseilliers, le figuier et le mûrier. Côté arbres, le platane, le peuplier et le saule. Quelques persistants acceptent aussi le procédé, comme le cotonéaster, le houx, le troène et le skimmia.
En creux, cette liste dit ce qui ne marche pas. Les arbustes à bois tendre ou creux, les plantes greffées dont le porte-greffe fait tout le travail et la plupart des conifères d’ornement relèvent d’autres techniques. Comme pour les arbres et arbustes achetés à racines nues, la réussite se joue sur le respect d’une saison plus que sur l’habileté du jardinier.
La même règle, à l’échelle d’une berge de rivière
Le procédé n’est pas réservé aux jardins. Le génie végétal, qui stabilise les berges avec des végétaux vivants plutôt qu’avec du béton, repose exactement dessus. Le guide technique sur les fascines de ligneux publié en avril 2023 par INRAE et l’Office français de la biodiversité précise qu’un ouvrage vivant se pose pendant la dormance de la végétation, soit d’octobre à avril en Europe, et que les pieux, boutures et branches de saule se prélèvent à la main durant cette même période.
Deux détails de ce guide intéressent le jardinier. Sans stockage réfrigéré, le matériel coupé doit arriver sur le chantier dans les 8 heures, et l’ensemble des végétaux vivants doit être utilisé sous 2 jours. Et avant la plantation, le guide conseille de faire tremper la base des branches 3 jours pour une pose d’automne, 5 jours pour une pose de printemps, le temps de réhydrater le bois et de faire gonfler les bourgeons racinaires. À l’échelle d’un pot, cela revient à ne pas laisser traîner les rameaux coupés une semaine dans un garage.
Une méthode gratuite, mais pas une garantie
Deux limites tempèrent l’enthousiasme. La première tient au taux de reprise, qu’aucune des trois sources ne chiffre. L’écart entre espèces est pourtant assumé : le guide d’INRAE et de l’Office français de la biodiversité réserve le bouturage à certaines essences, saule et peuplier en tête, parce que leurs branches émettent des racines à coup sûr une fois en terre. Pour un arbuste d’ornement, la prudence consiste donc à poser plusieurs boutures pour un seul plant espéré. La seconde limite tient au calendrier : la fiche de multiplication ouvre la fenêtre au milieu de l’automne quand la fiche pédagogique de la même société la fait démarrer en décembre. L’écart n’est pas une contradiction, mais le signe que la date dépend de l’année et du climat local plutôt que du calendrier.
Reste que la saison, elle, ne se négocie pas. Le bois doit être mûr, la plante endormie, le sol encore meuble, et ces trois conditions se rencontrent pendant quelques semaines seulement, entre la chute des feuilles et les premiers vrais froids. Les plantes déjà en terre, elles, demandent une protection d’un autre ordre, comme le montre notre article sur le voile d’hivernage et le peu de degrés qu’il fait gagner. Pour suivre les prochains repères de saison au jardin, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google reste le moyen le plus simple.
Crédit photo © LePointDuJour

