Récolte des kiwis : la variété Hayward ne peut pas être cueillie avant le 10 octobre, et l’IGP de l’Adour attend le 25 octobre

L'accord interprofessionnel impose 6,2 degrés Brix au minimum dans le fruit, et la vente au détail ne commence pas avant le 6 novembre.

Dossier : Maison et jardin › Arbres et fruitiers

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Entre la liane du jardin et le fruit réellement mangeable, deux seuils de sucre et un passage au froid décident du résultat, et le calendrier officiel n’a rien d’arbitraire.

Pour aller plus loin, lire notre article dédié à la récolte et la conservation des pommes du verger.

La récolte des kiwis ne peut pas commencer avant le 10 octobre

En France, la cueillette du kiwi vert ne dépend pas seulement du jardinier. Un accord interprofessionnel signé le 6 juillet 2022, entré en vigueur le 1er janvier 2023 et étendu par un arrêté interministériel du 29 septembre 2022 publié au Journal officiel du 9 octobre suivant, interdit de récolter la variété Hayward produite en France avant le 10 octobre. Le même texte repousse la vente au détail sur le marché français au 6 novembre au plus tôt. Seule l’exportation y échappe, à condition que la destination impose un transport en conteneur d’au moins quinze jours.

La note réglementaire publiée par Interfel en janvier 2024 détaille ces obligations. Elle fixe aussi la maturité minimale : 6,2 degrés Brix, ou une teneur moyenne en matière sèche de 15 %, au stade de la récolte, puis 9,5 degrés Brix au stade du gros et du détail. Le degré Brix se lit au réfractomètre, un appareil optique qui mesure les sucres solubles d’une goutte de jus : un degré vaut environ un gramme de sucre pour cent grammes de jus. La réglementation demande donc au fruit d’être encore peu sucré à la cueillette, mais déjà capable de le devenir.

Un fruit que l’on cueille dur, et c’est voulu

Le kiwi appartient à la famille des fruits climactériques, ceux qui continuent de mûrir une fois détachés de la plante. La particularité de l’espèce tient à son rapport à l’éthylène, l’hormone gazeuse qui déclenche le mûrissement : la liane en produit très peu, mais le fruit y est extrêmement sensible. Un fruit laissé mûrir sur la plante prend des goûts désagréables et voit son taux de sucre baisser. La cueillette se fait donc ferme, en un seul passage, sur une à trois semaines selon les vergers.

La date seuil du 10 octobre ne protège pas la maturité gustative, mais la capacité à mûrir. Un fruit ramassé trop tôt perd vite et multiplie les désordres physiologiques en conservation. Cette liane dioïque, qui porte des pieds mâles et des pieds femelles séparés, pousse de cinq à dix mètres de sarments en une saison, d’où les charpentes en T des vergers professionnels.

Les deux indications géographiques françaises placent la barre plus haut

Deux terroirs bénéficient d’une indication géographique protégée, le Kiwi de l’Adour depuis 2012 et le Kiwi de Corse depuis 2020, auxquelles s’ajoute un Label Rouge attribué à la variété Hayward dès les années 1990. Leurs cahiers des charges durcissent tous les seuils. Le cahier des charges du Kiwi de l’Adour, homologué par arrêté du 27 novembre 2012, exige 6,5 degrés Brix à la récolte et ne la laisse démarrer qu’à partir du 25 octobre. À l’expédition, il réclame 12 degrés Brix et une fermeté d’au moins 1 kilo par demi-centimètre carré.

Kiwis fraîchement cueillis entassés, peau brune et duveteuse, pédoncules encore accrochés
Des kiwis cueillis fermes fin octobre dans un jardin du Donaufeld, à Vienne, en Autriche, avant leur mise en réserve. Crédit : Arquus, via Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0

La Corse va plus loin encore sur le déclenchement : le cahier des charges de l’IGP Kiwi de Corse fixe l’indice réfractométrique de départ à 7 degrés Brix, impose 12 degrés Brix et une fermeté d’au moins 1,5 kilo par demi-centimètre carré à l’expédition, et n’accepte que les catégories Extra et I, à partir de 70 grammes par fruit. Les deux textes encadrent aussi la charge des lianes, parce que le sucre se fabrique par fruit et non par hectare : 27 tonnes par hectare au maximum en Corse, pour un millier de pieds au plus, contre 35 fruits par mètre carré de surface arborée dans l’Adour, soit environ 35 tonnes par hectare. Question suivante : comment tenir des arbres fruitiers en bonne santé jusqu’à cette récolte ? Notre article sur les fruitiers envahis de pucerons en fin d’été donne les gestes utiles.

Le gel, arbitre discret du calendrier

Si l’Adour peut se permettre d’attendre le 25 octobre, c’est à cause d’une carte. Le cahier des charges s’appuie sur les relevés de Météo France entre 1975 et 1998 : huit années sur dix, les premiers gels d’automne n’y surviennent pas avant le 31 octobre, et même pas avant le 10 novembre dans la zone comprise entre Peyrehorade et Pau. Au nord de l’Adour, le risque réapparaît vers le 20 octobre. Ce sursis autorise un ramassage tardif, donc une matière sèche et un taux de sucre plus élevés à la cueillette.

Le revers existe : un fruit plus mûr est plus fragile tant que la blessure laissée par le pédoncule n’a pas cicatrisé. L’histoire de la culture porte la marque du froid : en 1965, un agriculteur des Pays de l’Adour, Henri Pedelucq, plante trois espèces exotiques, et seuls dix plants d’Actinidia survivent au gel de l’hiver suivant. La première récolte, 700 kilos, part vers l’Allemagne en 1972. Comme pour les noix ramassées au jardin, tout se joue dans les heures qui suivent la cueillette.

Vingt-quatre heures avant le froid

La suite se joue en deux gestes. D’abord un ressuyage : le texte corse impose de laisser les fruits au moins 24 heures à température ambiante avant la chambre froide, le temps que la cicatrice pédonculaire se referme et limite le développement du botrytis, cette moisissure grise qui pourrit les fruits stockés. Le cahier des charges de l’Adour conseille de la même façon une aération de 24 à 72 heures, sauf en l’absence de risque de maladie, où un refroidissement rapide s’impose. Ensuite le froid lui-même, entre 0 et 2 degrés en Corse, avec des chambres obligatoirement équipées d’un extracteur d’éthylène, et une ambiance réglée entre moins 0,5 et plus 1 degré dans l’Adour, pour une température à coeur du fruit comprise entre 0,5 et 2 degrés.

La sensibilité du kiwi à l’éthylène explique cette précaution : quelques fruits mûrs suffisent à faire mûrir toute une chambre. Le même raisonnement vaut au jardin, où les légumes racines gardés en cave redoutent eux aussi le voisinage des pommes. Les seuils chiffrés de la filière se résument ainsi :

Repère Valeur Texte de référence
Début de récolte, Hayward produite en France pas avant le 10 octobre accord interprofessionnel du 6 juillet 2022
Sucre minimal à la récolte 6,2 degrés Brix ou 15 % de matière sèche accord interprofessionnel
Sucre minimal à la vente 9,5 degrés Brix accord interprofessionnel
Kiwi de l’Adour 6,5 degrés Brix, récolte à partir du 25 octobre cahier des charges du 27 novembre 2012
Kiwi de Corse 7 degrés Brix au déclenchement, 12 à l’expédition cahier des charges de l’IGP
Conservation au froid 0 à 2 degrés, extracteur d’éthylène cahier des charges du Kiwi de Corse

Ce qu’un jardin ne reproduira pas

Ces valeurs viennent de référentiels professionnels, et un particulier n’en tiendra aucune à la lettre. Aucune cave ne stabilise une ambiance à un demi-degré près, et l’extracteur d’éthylène n’existe pas dans un garage. L’écart entre les 6,5 degrés Brix de la cueillette et les 12 degrés exigés à l’expédition dit pourtant l’essentiel : un kiwi tout juste ramassé n’est pas mangeable, il lui reste presque tout son mûrissement à faire, et ce mûrissement se pilote par la température et par le voisinage des autres fruits.

Deux limites subsistent. Les repères des deux IGP valent pour la seule variété Hayward et pour des terroirs précis, avec des vergers de plus de quatre ans, irrigués et éclaircis. Et l’accord interprofessionnel cité par Interfel courait jusqu’au 31 décembre 2025, ce qui laisse ouverte la question de sa reconduction dans les mêmes termes. La filière française, avec une production moyenne de 55 000 tonnes rappelée par le Ctifl dans un article publié en mai 2025, dépend étroitement de ces règles de date et de sucre. Pour suivre les prochains repères de saison au verger, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google reste le moyen le plus simple.

Crédit photo © LePointDuJour

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