Voile d’hivernage : même épais, il ne fait gagner qu’environ 2 °C selon la RHS, trop peu pour un citronnier en pot qui ne tient que jusqu’à 5 °C

Un voile d'hivernage épais protège du gel d'environ 2 °C selon la RHS ; les fiches françaises annoncent 2 °C pour un P17 et 4 °C pour un P30.

Dossier : Maison et jardin › Protéger du froid

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Le grammage, la pose et le moment où l’on découvre les plantes pèsent davantage que le voile lui-même, et certaines plantes n’ont rien à faire dehors quelle que soit l’épaisseur choisie.

Une nuit claire et sans vent de fin d’automne, le thermomètre du jardin glisse sous zéro juste avant l’aube. Sous quelques dizaines de grammes de polypropylène non tissé par mètre carré, les jeunes plantations passent souvent la nuit sans dégât. Deux mètres plus loin, un citronnier en pot laissé sur la terrasse sous le même voile peut perdre ses feuilles : le voile d’hivernage aide, mais dans une marge étroite.

Voile d’hivernage : un gain de 2 à 4 °C selon le grammage, pas davantage

Le chiffre le plus prudent vient de la Royal Horticultural Society britannique. Dans sa fiche sur les voiles horticoles et couvertures de culture, la RHS indique que les grammages les plus lourds apportent environ 2 °C de protection contre le gel. Elle distingue le voile léger de 17 g par mètre carré, qui protège moins mais laisse mieux passer la lumière, du voile renforcé de 35 g par mètre carré.

Les références françaises sont un peu plus optimistes. La fiche du wiki agricole Triple Performance consacrée aux toiles, voiles et bâches d’hivernage, qui s’appuie notamment sur la Chambre d’agriculture de la Haute-Garonne, attribue un gain de 2 °C au voile de forçage de 17 à 19 g par mètre carré (P17 ou P19) et de 4 °C au voile d’hivernage de 30 g par mètre carré (P30). Le site marchand Serres Val de Loire écrit de son côté que le P17 réchauffe les cultures d’environ 2 degrés et que le P30 augmente jusqu’à 4 degrés la température du sol.

Les services de vulgarisation des universités américaines donnent des ordres de grandeur comparables. L’extension de l’université du Maryland classe ses couvertures de culture en trois familles :

  • les voiles légers (0,45 once par yard carré, soit environ 15 g par mètre carré) : 2 °F de protection, environ 1 °C, avec 90 à 95 % de lumière transmise ;
  • les voiles moyens (0,5 à 1 once par yard carré, environ 17 à 34 g par mètre carré) : 4 à 6 °F, soit environ 2 à 3 °C, avec 70 à 85 % de lumière ;
  • les voiles lourds (1,5 à 2,2 onces par yard carré, environ 51 à 75 g par mètre carré) : jusqu’à 8 °F, environ 4,5 °C, mais seulement 30 à 50 % de lumière.

Un voile de 50 g par mètre carré entre donc dans la catégorie lourde : un peu plus de protection, beaucoup moins de lumière.

Pourquoi le voile doit toucher le sol, et le plastique jamais les feuilles

Un voile ne produit aucune chaleur. Le guide de jardinage de l’université d’État du Colorado (CMG GardenNotes n° 722) rappelle que c’est le sol, chauffé par le soleil dans la journée, qui réchauffe les plantes la nuit. La couverture retient seulement cette chaleur. D’où trois règles :

Champ couvert de longues bandes de voile horticole blanc pour protéger les cultures
Bandes de voile horticole protégeant des cultures à Knodishall, en Angleterre, en avril 2022. Crédit : Simon Mortimer, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons (Geograph).
  • faire descendre le voile jusqu’au sol et l’y fixer ;
  • laisser passer la lumière le jour pour que la terre se recharge ;
  • éviter un voile gorgé d’eau, qui refroidit par évaporation.

Le plastique, lui, ne doit jamais reposer sur le feuillage. Selon le même guide, les plantes gèlent aux points où elles touchent la couverture. La RHS ajoute qu’un polyéthylène non percé ou un film à bulles posé sur les plantes provoque un excès d’humidité et les brûle les jours de soleil. Le voile non tissé, poreux, laisse passer la pluie et évacue chaleur et humidité en trop.

Quand poser le voile et quand le retirer

La fiche Triple Performance conseille une pose dès octobre, ou au plus tard avant les premières gelées. Le voile de forçage sert plutôt entre février et avril, et radis, carottes ou laitues lèvent jusqu’à 15 jours plus tôt dessous. Un voile se réutilise sur deux saisons.

Le jour, le voile peut rester en place puisqu’il respire : la RHS note qu’il peut même rester tout l’été, contrairement au polyéthylène. Mais l’humidité maintenue dessous favorise certaines maladies, et la fiche Triple Performance recommande de découvrir pendant les dégels. Fraisiers et courgettes en fleur, pollinisés par les insectes, doivent aussi rester découverts selon la RHS.

Les plantes qui en profitent vraiment, et celles qui doivent rentrer

Le voile sert surtout aux jeunes plantations d’automne, aux légumes d’hiver, aux vivaces un peu gélives et aux boutons floraux précoces. Pour l’olivier en pot, la RHS propose de le ranger au hors-gel ou de le couvrir de voile, et de surélever le pot sur des cales pour que l’eau s’écoule.

Les agrumes sont un autre sujet. La RHS les juge non rustiques, à rentrer dès que les nuits fraîchissent : certains citronniers supportent jusqu’à 5 °C, les calamondins réclament au moins 13 °C. Aucun voile ne transforme une nuit à zéro degré en nuit à 5 °C : nous détaillons ces seuils dans notre article sur les températures d’hivernage des agrumes en pot.

Les ordres de grandeur publiés par les sources citées :

Couverture Gain contre le gel annoncé Source
Voile de forçage 17 à 19 g/m² (P17, P19) 2 °C Triple Performance (Chambre d’agriculture de la Haute-Garonne)
Voile d’hivernage 30 g/m² (P30) 4 °C Triple Performance
Voiles lourds (35 g/m² cité en exemple) environ 2 °C RHS
Voile léger américain, environ 15 g/m² 2 °F, environ 1 °C Université du Maryland
Voile lourd américain, environ 51 à 75 g/m² jusqu’à 8 °F, environ 4,5 °C Université du Maryland

Ce que le voile ne fait pas : racines en pot et grands froids

Le voile protège le feuillage, pas la motte. Or les racines résistent beaucoup moins au froid que les tiges et les troncs, rappelle l’université de l’Illinois, et dans un pot elles ne sont plus isolées par la terre. La RHS conseille d’entourer les pots de film à bulles ou de paille, et l’université de l’Illinois suggère aussi de les enterrer dans le sol.

Les solutions complémentaires sont connues :

  • film à bulles ou paille autour du pot, selon la RHS ;
  • pots regroupés à l’abri et paillés de paille ou de feuilles, comme le conseille l’université de l’Illinois ;
  • garage, cellier ou véranda non chauffée pour les espèces gélives ;
  • substrat légèrement humide, qui gèle plus lentement qu’un substrat sec.

Le voile ne tient pas non plus face aux froids intenses. Le guide du Colorado distingue le gel radiatif, par nuit claire et calme, souvent à quelques degrés seulement sous le seuil critique, où la couverture est utile, et le gel d’advection, amené par une masse d’air froid qui peut descendre bien plus bas, où la protection devient incertaine.

Des chiffres à prendre comme des ordres de grandeur

Le gain réel dépend de la nuit, du vent, de l’humidité du sol et de la pose. Les références françaises annoncent 4 °C pour un P30 ; la RHS retient une marge plus prudente d’environ 2 °C. Les valeurs américaines, publiées en onces et en degrés Fahrenheit, sont ici converties et arrondies.

Aucune des sources consultées ne publie de mesure sur un arbuste en pot isolé, cas le plus courant sur les terrasses. Mieux vaut compter sur le bas de la fourchette, doubler le voile si besoin, ce que la RHS juge possible, et rentrer ce qui ne supporte pas le gel.

Questions fréquentes

Quel grammage choisir pour protéger du gel ?

Le P17 convient aux petites gelées et au forçage, avec environ 2 °C de gain. Le P30 est le voile d’hivernage type, jusqu’à 4 °C selon les références françaises. Plus lourd, le voile laisse passer beaucoup moins de lumière, 30 à 50 % seulement selon l’université du Maryland.

Le voile d’hivernage peut-il toucher les feuilles ?

Un voile léger peut reposer sur des cultures basses. Pour les arbustes et les plantes en pot, mieux vaut des arceaux : aux points de contact, la plante gèle plus facilement.

Faut-il enlever le voile le jour ?

Ce n’est pas obligatoire, le voile laissant passer l’air et la lumière. Pendant les dégels, le découvrir limite l’humidité et les maladies, selon la fiche Triple Performance.

Un voile suffit-il pour un citronnier en pot ?

Non. La RHS conseille de rentrer les agrumes dès que les nuits fraîchissent, certains citronniers ne supportant pas moins de 5 °C. Un gain de 2 à 4 °C ne suffit pas quand il gèle.

Comment protéger les racines d’une plante en pot ?

En entourant le pot de film à bulles ou de paille, comme le conseille la RHS, ou en l’enterrant dans le sol, selon l’université de l’Illinois. Surélever le pot sur des cales évite que la motte reste gorgée d’eau.

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Crédit photo © LePointDuJour

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