Tavelure du pommier : broyer les feuilles tombées ne se voit qu’à partir de la quatrième année

Le champignon hiverne dans les feuilles au sol, et sept années d'essais normands ne séparent le broyage du témoin qu'à partir de la quatrième.

Dossier : Maison et jardin › Arbres et fruitiers

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Ramasser, broyer ou laisser faire, la question revient chaque automne au pied des pommiers, et la réponse tient moins au geste choisi qu’au temps qu’il faut pour le voir payer.

Pour aller plus loin, lire notre article dédié aux gestes de printemps sur un pommier.

La tavelure du pommier passe l’hiver dans les feuilles tombées

La tavelure est causée par un champignon, Venturia inaequalis, qui marque les feuilles de taches olive puis brunes et couvre les fruits de croûtes liégeuses. C’est la première maladie fongique du pommier conduit en agriculture biologique. Son cycle explique tout le reste : une fois les feuilles contaminées tombées au sol, le champignon y forme des périthèces, des organes de fructification qui mûrissent pendant l’hiver et libèrent au printemps des spores projetées par la pluie. Autrement dit, la litière foliaire de novembre est la réserve de contamination du mois d’avril suivant.

La fiche publiée fin 2024 par l’Institut français des productions cidricoles et la chambre régionale d’agriculture de Normandie chiffre la contrainte : en verger cidricole, le nombre d’interventions contre la tavelure atteint trois à quatre par an en moyenne, avec des extrêmes de une à sept selon les variétés et l’année. Même les variétés réputées rustiques finissent par subir une forte attaque après plusieurs années sans protection, et l’inoculum accumulé devient alors difficile à reprendre en main.

Mars, avril, mai : le calendrier des projections

Les premières projections de spores démarrent en moyenne dans la première quinzaine de mars en Normandie, mais elles ont rarement un impact jusqu’au 15 avril : les températures restent basses et les quantités projetées faibles. C’est du 15 avril au 15 mai, au moment de la floraison et d’un feuillage bien développé, que se produisent les plus grosses contaminations. Viennent ensuite les contaminations dites secondaires, pendant l’été, qui peuvent devenir sévères si juillet et août sont pluvieux.

La germination d’une spore demande deux conditions simultanées, de l’eau sur la feuille et une température suffisante. Les travaux de Mills, base des modèles actuels, ont montré que plus la température est élevée, moins la durée d’humectation nécessaire est longue. À titre d’exemple, sur le domaine de l’INRA de Gotheron, dans la Drôme, les périthèces ont atteint leur maturité le 16 mars 2010 et douze périodes à risque ont été observées entre le 22 mars et le 26 mai.

Broyer, ramasser ou enfouir

Trois gestes se disputent l’automne, et ils ne demandent pas les mêmes moyens. Le broyage vise à accélérer la décomposition des feuilles en les détruisant mécaniquement, ce qui suppose un broyeur à marteaux et un moyen d’andainer les feuilles pour les sortir des ornières. L’enlèvement pur et simple des feuilles hors du verger fonctionne aussi, mais pose la question du matériel et du volume à évacuer. Enfin, les feuilles restées sur le rang peuvent être enfouies par un simple buttage.

Rameau de pommier portant des feuilles et des fruits verts marqués de taches brunes et grises de tavelure
Feuilles et fruits d’un pommier atteints de tavelure, en août 2006. Crédit : Jan Homann, via Wikimedia Commons, domaine public

Un essai mené à Loriol, dans la Drôme, par le Groupe de recherche en agriculture biologique avec l’INRA de Gotheron, a comparé ces modalités sur des variétés Gala et Golden, avec deux passages par hiver, l’un en novembre après la chute des feuilles, l’autre en février. Les résultats publiés en 2013 donnent au balayage des feuilles de l’inter-rang une baisse de 22 % de la fréquence des taches sur feuille et de 35 % du nombre moyen de taches par feuille sur Golden. Sur Gala, la tendance existe mais n’est pas significative, et aucune différence n’apparaît sur les fruits. Question suivante : que valent les produits de cuisine souvent conseillés au jardin ? Notre article sur ce que le bicarbonate de soude fait vraiment contre les maladies mesure l’écart entre la promesse et la réalité.

Sept ans d’essais pour voir un écart

Le suivi le plus long vient de Normandie. Sur la variété Petit Jaune, sensible à la tavelure, deux blocs homogènes de quatre rangs distants de 150 mètres ont été conduits à l’identique, à une différence près : le broyage des feuilles en hiver. Entre quatre et neuf périodes à risque ont été relevées chaque printemps selon les années, dont deux à huit classées graves ou assez graves. Le résultat demande de la patience : l’écart en faveur du broyage n’apparaît que progressivement, à partir de la quatrième année de mise en oeuvre, s’installe après les saisons sèches de 2010 et 2011, se maintient ensuite et s’amplifie même en 2015, surtout sur fruit. Sur un second site planté en Douce Moën, les résultats sont moins nets, mais restent globalement favorables au broyage.

Un essai plus court rappelle la prudence nécessaire. Dans le verger de Loriol, l’inoculum d’automne relevé le 28 octobre 2009 était maximal, avec 100 % des feuilles tavelées sur les deux variétés. L’année suivante, les dégâts sur fruit sont tombés à 0,8 % avec broyage et 1,4 % avec ramassage, des niveaux trop faibles pour conclure : la très forte alternance du verger avait réduit la production, et donc la portée de la comparaison. Les comptes rendus d’essais du GRAB sur la prophylaxie de la tavelure détaillent ce protocole et ses limites.

Ce que le comptage d’automne change au printemps

L’inoculum d’automne n’est pas une impression : c’est un comptage de tavelure sur les pousses, réalisé à l’automne, qui sert à évaluer le potentiel d’infection de l’année suivante. Il est classé faible, moyen ou fort, et c’est lui qui fixe, avec la sensibilité de la variété, le seuil à partir duquel une intervention se justifie au printemps. Le modèle RIMpro traduit le risque en une valeur chiffrée, le RIM, qui combine le volume de spores projeté, leur durée de survie et le niveau d’infection. Le schéma de décision proposé par l’IFPC à partir de ce modèle se lit ainsi, en sachant qu’il reste à valider :

Inoculum compté à l’automne Variété peu sensible Variété sensible
Faible seuil RIM de 600 et plus seuil RIM de 300 et plus
Moyen seuil RIM de 400 et plus seuil RIM de 200 et plus
Fort seuil RIM de 200 et plus seuil RIM de 100 et plus

La lecture est simple : plus les feuilles de l’automne précédent étaient tavelées, plus le seuil de déclenchement descend, et plus la saison suivante devient coûteuse en passages. Réduire la litière contaminée revient donc à remonter ce seuil, année après année. Le même raisonnement préventif vaut pour les ravageurs, comme le montrent nos repères sur les fruitiers envahis de pucerons en fin d’été.

Un levier réel, mais partiel

L’IFPC est clair sur la portée du geste : la pratique réduit bien la pression de tavelure dans le temps, mais l’effet reste partiel et ne peut être envisagé qu’en complément d’autres méthodes. Le choix de la variété demeure de loin le facteur le plus déterminant, devant l’emplacement du verger, les bas-fonds humides gardant le feuillage mouillé plus longtemps, et devant la densité de plantation, des arbres espacés séchant plus vite après la pluie. Un jardin qui compte deux pommiers très sensibles plantés serrés ne se rattrapera pas au broyeur.

D’autres pistes sont à l’étude, comme l’introduction de moutons dans le verger, dont le piétinement semble accélérer la dégradation des feuilles : une expérimentation est en cours au lycée agricole du Pays de Bray, à Merval, avec la chambre régionale d’agriculture de Normandie et l’IFPC. La fiche de l’IFPC sur la maîtrise de la tavelure et les résultats du GRAB sur le balayage des feuilles donnent les protocoles complets. Pour suivre la suite de ces essais, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google reste le plus direct.

Crédit photo © LePointDuJour

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