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Imaginez regarder une série sur Netflix et ne pas savoir si la scène que vous venez de voir a été tournée par une vraie équipe ou générée par une machine. Ce scénario, qui semblait encore lointain il y a quelques années, est désormais une réalité assumée par la plateforme elle-même.
Des créateurs profondément divisés sur la question
Avant même de parler de chiffres, c’est du côté des artistes que la tension se ressent le plus. Guillermo del Toro, réalisateur de Pinocchio et de Frankenstein pour Netflix, a exprimé son rejet catégorique de l’intelligence artificielle dans la création. En revanche, Martin Scorsese a été critiqué pour avoir soutenu un outil d’IA destiné à la préproduction. Deux figures majeures du cinéma, donc, qui incarnent deux visions radicalement opposées.
Pour de nombreux professionnels du secteur, cette fracture est profonde. Car derrière les arguments économiques se pose une question humaine : que reste-t-il du geste créatif quand une machine prend en charge une partie du travail visuel ?
Ce que Netflix a vraiment modifié, et sur quels contenus
Dans son rapport financier du deuxième trimestre 2026, Netflix a reconnu avoir eu recours à l’IA générative pour retravailler 300 films et séries en postproduction, selon 01net.com. Parmi les titres concernés figurent la série Glory, le film Le Troisième sacre (consacré au Brésil de 1970) et le docufiction The American Experiment. Ce dernier compte à lui seul 17 minutes d’images retouchées par IA, ce qui donne une idée concrète de l’ampleur des interventions.
Pourtant, la plateforme reste discrète sur les détails techniques. Elle n’a pas précisé quels outils ont été utilisés, ni sur quelles scènes exactement les modifications ont porté. Cette opacité renforce le malaise de ceux qui estiment que les abonnés méritent davantage de transparence sur ce qu’ils regardent.
La logique économique qui pousse la plateforme à franchir ce cap
Le PDG Ted Sarandos a défendu ce choix avec des arguments financiers clairs. Selon lui, les images produites grâce à l’IA l’ont été deux fois plus vite et à moitié prix par rapport aux méthodes de tournage classiques. De plus, il affirme que certains plans n’auraient tout simplement pas pu exister sans cette technologie, car leur réalisation aurait été trop coûteuse ou trop longue.
Ainsi, pour Netflix, l’IA n’est pas seulement un outil de réduction des coûts. C’est aussi un moyen de rendre possible ce qui était jusqu’ici hors de portée budgétaire. Car la plateforme cherche à multiplier les contenus tout en maîtrisant ses dépenses de production, dans un contexte de concurrence toujours plus vive entre géants du streaming.
Un mouvement qui dépasse largement Netflix
Ce choix ne concerne pas que la plateforme au logo rouge. Amazon a annoncé vouloir, à son tour, recourir à l’IA pour réduire les coûts de ses productions sur Prime Video. Le mouvement prend donc une dimension sectorielle, et non plus individuelle.
Par ailleurs, Netflix a récemment racheté la startup d’IA fondée par Ben Affleck et lancé un studio d’animation entièrement piloté par intelligence artificielle, baptisé INKubator. La plateforme développe aussi des chaînes linéaires, dans une logique de rapprochement avec les codes de la télévision traditionnelle. L’IA s’intègre ainsi dans une stratégie globale de transformation du modèle économique du streaming.
- 300 films et séries retravaillés en postproduction grâce à l’IA
- 17 minutes d’images générées par IA dans le seul docufiction The American Experiment
- Production deux fois plus rapide et à moitié prix selon Ted Sarandos
- Rachat d’une startup d’IA fondée par Ben Affleck
- Lancement du studio d’animation IA baptisé INKubator
- Amazon déclare vouloir suivre la même voie sur Prime Video
Une question qui touche directement les spectateurs
En regardant Glory ou Le Troisième sacre, vous avez peut-être vu des images générées par une machine sans le savoir. Ce constat interroge sur la nature de ce que l’on consomme chaque soir sur sa télévision ou son téléphone. Car si l’IA permet de créer des plans qui n’auraient pas existé autrement, elle soulève aussi la question de ce que l’on valorise vraiment dans une œuvre audiovisuelle.
À découvrirGundam débarque sur Netflix avec Sydney Sweeney et le tournage vient de s’acheverLe débat entre efficacité économique et intégrité créative est loin d’être tranché. Il devrait continuer à agiter l’industrie du streaming dans les mois à venir, d’autant que les décisions prises aujourd’hui par les grandes plateformes dessineront les contours de la production audiovisuelle de demain.
Crédit photo © LePointDuJour

