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# Des bactéries changent le CO2 d'usine en acétone, mais la démonstration européenne court jusqu'en 2027
**URL:** https://lepointdujour.fr/industrie/8183-acetone-co2-fermentation-demonstrateur/
Date: 2026-10-05
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Le projet européen PyroCO2, doté de 42,7 millions d'euros, vise 4 000 tonnes d'acétone par an produites à partir de 9 100 tonnes de CO2 industriel.
Categories: Industrie et innovation
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/10/06-co2-acetone-fermentation-pyroco2-une-scaled.jpg
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Transformer un rejet gazeux en matière première chimique est une vieille promesse : reste à savoir ce qu'un démonstrateur européen en a réellement fait depuis 2021.
Pour aller plus loin, lire notre article dédié à [Avantium, qui a sorti le premier lot de FDCA de son usine de Delfzijl](https://lepointdujour.fr/industrie/7928-avantium-delfzijl-fdca-plastique/), autre tentative de fabriquer une molécule de base autrement qu'à partir du pétrole.
## De l'acétone obtenue à partir de CO2 industriel et d'hydrogène
Le 25 septembre 2026, le pôle de compétitivité Axelera, qui regroupe en Auvergne-Rhône-Alpes les acteurs de la chimie et de l'environnement, a consacré [son bulletin de veille stratégique](https://www.axelera.org/fr/actualite/bulletin-de-veille-strategique-12-projet-pyroco2) au projet PyroCO2. L'objet du projet tient en une phrase : montrer qu'un flux de CO2 issu de procédés industriels peut être transformé, par voie biologique, en une molécule d'intérêt industriel.
Cette molécule est l'**acétone**. Solvant très courant, elle sert aussi de brique de base pour fabriquer des plastiques et d'autres produits chimiques. Aujourd'hui, elle est très majoritairement produite à partir de ressources fossiles. La remplacer par une acétone issue d'un rejet de CO2 ne change rien pour l'utilisateur final, mais déplace le point de départ de la chaîne.
[La fiche officielle du projet](https://cordis.europa.eu/project/id/101037009/fr), publiée par le service CORDIS de la Commission européenne, donne son intitulé complet : démontrer une création de valeur durable à partir du CO2 industriel par sa conversion microbienne thermophile en acétone. Le projet est coordonné par l'institut de recherche norvégien SINTEF et réunit une vingtaine de partenaires : la fiche européenne en liste 23 aux côtés du coordinateur, sa propre description en annonce vingt, issus de onze pays, et le site du projet dix-neuf.
## Ce que fait un micro-organisme thermophile
Le mot thermophile désigne un organisme qui vit et travaille à température élevée, bien au-delà de celle du corps humain. Dans une cuve de fermentation, cette propriété présente deux avantages pratiques : le milieu est moins facilement colonisé par des bactéries indésirables, et la chaleur dégagée par la réaction est plus simple à évacuer qu'à basse température.
Des bioréacteurs de laboratoire, premier étage avant toute montée en échelle industrielle. Crédit : Luis Fernando Flores LAB, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
Le principe du procédé consiste à alimenter ces micro-organismes avec du CO2 capté sur un site industriel et avec de l'hydrogène produit à partir d'électricité renouvelable. Les bactéries utilisent l'hydrogène comme source d'énergie et le carbone du CO2 comme matière, puis excrètent l'acétone, que l'installation sépare et purifie. On parle de capture et utilisation du carbone, ou CCU, par opposition au stockage souterrain, qui enfouit le CO2 sans en tirer de produit.
La différence est importante. Un carbone stocké sort du cycle pour très longtemps. Un carbone transformé en acétone y revient dès que le produit est consommé ou dégradé : le gain est un baril de pétrole non utilisé, pas un CO2 définitivement neutralisé.
## Le compte est vite fait, et il mérite d'être posé
La fiche CORDIS annonce des objectifs chiffrés : une production annuelle de 4 000 tonnes d'acétone et le traitement de 9 100 tonnes de CO2 industriel. Autrement dit, il faut un peu plus de deux tonnes de CO2 pour produire une tonne d'acétone, ce qui s'explique simplement par la chimie : une partie du carbone entrant ressort sous d'autres formes, et le rendement n'est jamais de un pour un.
Ces 9 100 tonnes restent une quantité modeste à l'échelle d'un site industriel lourd, et c'est assumé. Un démonstrateur a pour fonction de prouver qu'un enchaînement de procédés tient debout à une échelle intermédiaire, entre la paillasse de laboratoire et l'usine, pas de traiter des volumes significatifs.
[Le site du consortium](https://www.pyroco2.eu/) avance d'ailleurs un ordre de grandeur plus modeste encore pour son installation : jusqu'à 1 000 tonnes de CO2 par an, soit l'équivalent des émissions annuelles d'environ 220 voitures classiques. Les deux sources décrivent pourtant la même installation de démonstration et donnent des chiffres différents, sans que le consortium explique l'écart, et cela suffit à rappeler qu'un chiffre de communication ne se lit jamais sans son périmètre.
## Quarante millions d'euros publics pour une démonstration
Le financement est public à plus de 93 %. CORDIS indique un budget total de 42,7 millions d'euros, dont près de 40 millions d'euros de contribution de l'Union européenne. Le projet a démarré le 1er octobre 2021 et doit s'achever le 30 septembre 2027, soit six ans, ou 72 mois, durée que confirme le site du consortium.
Les principaux repères publiés sur le projet se résument ainsi :
RepèreDonnéeSourceBudget total42,7 millions d'eurosFiche CORDISContribution européennePrès de 40 millions d'eurosFiche CORDISDurée1er octobre 2021 au 30 septembre 2027Fiche CORDISParticipants23 organisationsFiche CORDISObjectif de production4 000 tonnes d'acétone par anFiche CORDISCoordinationSINTEF, NorvègeFiche CORDIS
Ce niveau de subvention n'a rien d'exceptionnel pour un démonstrateur de chimie. Aucune entreprise ne finance seule une installation dont le produit coûtera, au départ, nettement plus cher que son équivalent fossile. La question suivante est celle du passage à l'échelle, le même mur que celui décrit dans notre article sur [les enzymes qui promettaient de simplifier la production de biocarburants](https://lepointdujour.fr/actualite/1005-la-revolution-des-biocarburants-grace-a-une-nouvelle-enzyme-01032025/).
## Une projection à 2050 qui reste une projection
La fiche officielle avance un dernier chiffre, bien plus spectaculaire que les précédents : une réduction projetée de 17 millions de tonnes d'équivalent CO2 d'ici 2050. Il ne s'agit évidemment pas du bilan du démonstrateur, mais de l'effet supposé d'un déploiement généralisé de la technologie, à supposer qu'elle trouve un modèle économique et des industriels pour la reprendre.
Entre les 9 100 tonnes de l'objectif de projet et les 17 millions de tonnes de la projection, l'écart est d'un facteur proche de deux mille. C'est l'écart ordinaire entre ce qui est mesuré et ce qui est espéré, et il n'a rien de malhonnête tant qu'il est présenté comme tel. Le projet s'achève dans un an : l'information utile viendra de son bilan de fin, pas de ses promesses d'étape.
Le même raisonnement vaut pour les autres chantiers de chimie circulaire menés en France, de [l'injection de plastique recyclé pilotée par jumeau numérique du projet REPLAY](https://lepointdujour.fr/industrie/8024-replay-injection-plastique-recycle/) au [reformeur à hydrogène d'Arkema à Jarrie](https://lepointdujour.fr/industrie/7877-arkema-jarrie-hydrogene-smr/) : dans les deux cas, l'annonce précède de plusieurs années la preuve par les volumes.
Pour suivre le bilan de ce démonstrateur et les décisions industrielles qui pourraient en découler, ajoutez Le Point du Jour à vos sources préférées sur Google.
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