Fareva reprend près d’Istanbul une usine de 445 millions de boîtes par an et 750 salariés, sans nommer celui qui la lui vend

Le sous-traitant français a annoncé le 15 septembre l’achat du site de Lüleburgaz, 338 000 mètres carrés dont 72 000 de bâtiments industriels.

Dossier : Industrie et innovation › Usines et sites de production

Voir le sommaire Ne plus voir le sommaire

Reste à comprendre pourquoi une capacité de cette taille change de mains sans qu’aucun des deux camps ne donne de prix.

Pour aller plus loin, lire notre article dédié : la plateforme de fermentation de Clermont-Ferrand qui passe de dix grammes à une tonne.

Fareva ajoute le site pharmaceutique de Lüleburgaz à son réseau

Le 15 septembre 2026, le groupe Fareva a annoncé dans un communiqué publié sur son site l’acquisition du site de Lüleburgaz, en Turquie, auprès d’un groupe pharmaceutique qu’il se garde de nommer. L’usine se trouve dans la région de Thrace orientale, à l’ouest d’Istanbul, sur l’axe routier qui relie la ville à la frontière bulgare.

Fareva n’est pas un laboratoire. C’est un sous-traitant, ce que le secteur appelle un façonnier ou, dans son jargon anglais, un CDMO : une entreprise qui formule, fabrique et conditionne des produits pour le compte de clients dont le nom figure seul sur la boîte. Elle ne possède ni la molécule, ni l’autorisation de mise sur le marché, ni le réseau de vente.

Le groupe revendique 2,22 milliards d’euros de chiffre d’affaires, plus de 13 000 salariés et plus de 41 sites dans le monde, selon la page qu’il consacre à son histoire. Il est né en Ardèche en 1981 d’une petite unité de conditionnement montée par Bernard Fraisse, devenue Fabrication Chimique Ardéchoise en 1985, puis Fareva en 2005. L’activité pharmaceutique n’a démarré qu’en 2002.

Ce que veulent dire 445 millions de boîtes par an

Le chiffre le plus parlant du communiqué est une capacité, pas une production : jusqu’à 445 millions de boîtes par an, en organisation à trois équipes. Une usine qui tourne à trois équipes fonctionne vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ce qui constitue le plafond théorique d’un atelier avant tout nouvel investissement.

Barrettes métalliques percées et gélules vertes à l’intérieur d’une machine de remplissage pharmaceutique
Le poste de remplissage d’une machine à gélules, l’un des équipements de base d’une usine de formes sèches. Crédit : Franz von Assi, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Ramené à la journée, ce plafond représente environ 1,2 million de boîtes. Ce genre de capacité ne se construit pas vite : il faut des lignes qualifiées, des locaux classés et des autorisations délivrées pays par pays.

Une nuance s’impose pourtant. Une capacité annoncée n’est pas un carnet de commandes. Rien dans le communiqué n’indique le taux d’utilisation actuel du site, qui reste la donnée décisive pour un façonnier payé au volume fabriqué.

Six familles de formes, dont les pénicillines mises à part

Le site maîtrise des formes solides, liquides et semi-solides, des produits stériles, des pénicillines et des céphalosporines. Les trois premières catégories correspondent respectivement aux comprimés et gélules, aux sirops et solutions, aux crèmes et pommades. Les produits stériles désignent ceux qui sont injectés ou appliqués sur l’œil, et qui exigent des salles à atmosphère contrôlée.

Les deux dernières familles expliquent à elles seules une partie de la valeur du site. Les pénicillines et les céphalosporines sont des antibiotiques dont les poussières contaminent facilement les autres productions, au point que les règles de fabrication imposent des bâtiments, des circuits d’air et parfois des équipes séparés. Peu d’usines les pratiquent, et aucune ne les ajoute en quelques mois.

Les produits sortis de Lüleburgaz sont aujourd’hui distribués en Europe, en Asie, en Amérique du Sud, en Afrique et en Océanie. Pour un sous-traitant, cette liste vaut autant que les mètres carrés : elle signifie que le site a déjà passé les inspections des autorités de santé de ces régions.

Le site en cinq chiffres

Le communiqué publié par le groupe détaille le site repris de la façon suivante :

Donnée Chiffre annoncé Ordre de grandeur
Superficie totale 338 000 mètres carrés Environ 47 terrains de football
Bâtiments industriels 72 000 mètres carrés Un peu plus d’un cinquième du terrain
Capacité de production 445 millions de boîtes par an Près de 1,2 million de boîtes par jour
Organisation Trois équipes Marche en continu, jour et nuit
Salariés repris Près de 750 Environ 6 % des effectifs du groupe

La question suivante est celle de la facture énergétique d’un tel ensemble, un poste que les industriels commencent à traiter comme un gisement et que nous avons détaillé à propos de la récupération de la chaleur perdue dans l’industrie et le bâtiment.

Un métier qui vit des arbitrages des autres

Ces cessions suivent une logique simple. Un laboratoire qui recentre son portefeuille sur quelques molécules n’a plus besoin d’une usine généraliste de 338 000 mètres carrés, mais il a besoin que quelqu’un continue d’y fabriquer ses anciens produits. Vendre le site à un façonnier et lui confier un contrat d’approvisionnement règle les deux problèmes à la fois.

Alexandre Bastit, directeur général de la division Pharma et principes actifs de Fareva, place l’opération dans cette perspective : « Cette acquisition marque une nouvelle étape dans le développement international de FAREVA », déclare-t-il, en citant la localisation, la capacité industrielle, l’expertise technique et le portefeuille clients du site.

La croissance par reprise d’usines existantes n’est pas propre à la pharmacie. Elle suit la même mécanique que les remontées en cadence observées ailleurs, comme le retour à trois équipes de l’usine Renault de Douai, où un outil déjà construit redevient rentable dès que le volume revient.

Ce que le communiqué ne dit pas

Le document ne donne ni le prix payé, ni le nom du vendeur, ni la durée des contrats de fabrication qui accompagnent habituellement ce type de cession. Il ne précise pas davantage le chiffre d’affaires du site, ses principaux clients, ni les investissements que Fareva compte y engager. Ces silences sont la règle dans la sous-traitance pharmaceutique, où les contrats imposent la discrétion, mais ils empêchent d’apprécier la portée réelle de l’opération.

Une inconnue pèse plus que les autres : la part des volumes qui restera attachée à l’ancien propriétaire. Un façonnier qui reprend une usine hérite souvent d’un carnet garanti deux ou trois ans, puis doit le remplacer par ses propres clients. C’est à ce moment que se juge une acquisition, pas le jour de la signature.

Reste que l’opération confirme une tendance : la chimie et la pharmacie européennes se recomposent par sites entiers plutôt que par lignes, comme l’a montré le remplacement par Arkema de l’hydrogène perdu sur sa plateforme de Jarrie. Pour suivre ce que deviendra le site de Lüleburgaz, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google permet de retrouver nos prochains articles sur le sujet.

Crédit photo © LePointDuJour

Suivez Le Point du Jour sur les réseaux sociaux :FacebookInstagramThreads

Partagez votre avis

Suivez-nous :FacebookInstagramThreads