Dossier : Industrie et innovation › Électronique et numérique
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- NELLOW obtient le label Entreprise du pôle Minalogic
- Le vrai coût du calcul tient au transport des données
- Ferroélectricité et spintronique dans le même composant
- Un financement européen de 2,5 millions d’euros jusqu’en 2028
- Trois fiches publiques, trois décomptes de brevets
- Une technologie distinguée, une usine qui n’existe pas
Reste à savoir ce que vaut la distinction d’un pôle quand la puce qu’elle salue n’existe encore qu’à l’état de dispositif de laboratoire.
Pour aller plus loin, lire notre article dédié : le capteur thermique grenoblois, premier d’Europe qualifié pour l’automobile.
NELLOW obtient le label Entreprise du pôle Minalogic
Le 23 septembre 2026, le comité de labellisation de Minalogic, pôle de compétitivité de la transformation numérique en Auvergne-Rhône-Alpes, a attribué son Label Entreprise à NELLOW, selon l’annonce publiée par le pôle. Un pôle de compétitivité est une association qui réunit sur un territoire des entreprises, des laboratoires et des écoles, et dont le travail consiste pour une large part à expertiser des projets avant qu’ils ne cherchent de l’argent, public ou privé.
NELLOW a été créée fin 2024 à Grenoble. La société conçoit des puces destinées à l’intelligence artificielle embarquée, c’est-à-dire au calcul effectué dans l’objet lui-même plutôt que dans un centre de données distant. Le pôle cite comme usages visés des caméras intelligentes, des objets portés, des drones et des robots légers, tous alimentés par batterie.
Le label n’apporte ni subvention ni commande. Il clôt ce que Minalogic appelle son parcours de financement privé, une revue du projet menée avec des investisseurs partenaires et portant sur la technologie, le marché, la stratégie commerciale, la gouvernance et le modèle économique. Autrement dit, il prépare une levée de fonds, il ne la remplace pas.
Carol Hainaut, conseil en financement privé et relations investisseurs de Minalogic, résume ce qui a convaincu le comité : « une technologie réellement différenciante, un socle scientifique de très haut niveau, une équipe expérimentée et une ambition industrielle forte ». Le mot ambition est ici le bon : rien n’est encore fabriqué en série.
Le vrai coût du calcul tient au transport des données
Dans un processeur classique, le calcul et la mémoire occupent deux zones séparées. Chaque opération suppose donc d’aller chercher une donnée, de la ramener vers l’unité de calcul, puis d’y réécrire un résultat. Ces allers-retours coûtent souvent plus d’énergie que l’opération elle-même, et le problème s’aggrave avec les réseaux de neurones, qui brassent des millions de coefficients à chaque image analysée.

L’approche de NELLOW consiste à rapprocher le calcul de la mémoire en intégrant sur le silicium des dispositifs de logique dits ferroélectriques. Un matériau ferroélectrique conserve une polarisation électrique après la coupure du courant, ce qui permet à un circuit de garder son état sans dépenser d’énergie pour l’entretenir. Concrètement, une puce ainsi construite peut rester inerte entre deux mesures, puis repartir sans recharger sa mémoire.
L’ordre de grandeur annoncé donne la mesure de l’enjeu. Diviser par cent, voire par mille, l’énergie d’un calcul fait basculer dans le domaine du possible des traitements aujourd’hui réservés à des appareils branchés sur le secteur.
Ferroélectricité et spintronique dans le même composant
La fiche que le CEA consacre à la société décrit la technologie comme une logique non volatile fondée sur des transistors associant ferroélectricité et spintronique. La spintronique exploite une propriété quantique de l’électron, le spin, en plus de sa charge électrique, pour écrire et lire une information de nature magnétique. Marier les deux revient à faire tenir dans le même composant la fonction de calcul et la fonction de mémoire.
Le projet européen qui finance ces travaux donne au dispositif un nom, FESO, pour composant ferroélectrique à couplage spin-orbite. La technologie vient de deux laboratoires publics : Spintec, à Grenoble, qui associe le CEA, l’université Grenoble Alpes et le CNRS, et le laboratoire Albert Fert, qui réunit le CNRS, Thales et l’université Paris-Saclay. Quinze années de recherche les séparent du produit visé.
La question suivante est celle du chemin entre un laboratoire et une ligne de production, un parcours que nous avons détaillé à propos de la voie de construction choisie par une start-up française d’ordinateurs quantiques.
Un financement européen de 2,5 millions d’euros jusqu’en 2028
NELLOW coordonne un projet nommé UPSPRING, soutenu par le Conseil européen de l’innovation dans le cadre d’Horizon Europe. La fiche officielle du projet indique une contribution de l’Union européenne de 2 499 999 euros, pour une période qui court du 1er mai 2025 au 30 avril 2028. L’objectif affiché y est écrit noir sur blanc : réduire d’un facteur 1 000 la consommation des puces destinées à la logique et à l’intelligence artificielle.
Le même document rattache ce travail à un objectif politique, celui d’une Europe qui vise 20 % du marché mondial des semi-conducteurs. Une start-up de deux ans ne décide évidemment pas de cet équilibre, mais son dossier a été retenu sur ce critère autant que sur ses mérites techniques.
Ce soutien n’a rien d’exceptionnel dans sa forme. D’autres acteurs européens de la microfabrication passent par les mêmes guichets, à l’image de la société de nanoimpression qui a obtenu 20 millions d’euros de la Banque européenne d’investissement.
Trois fiches publiques, trois décomptes de brevets
Les trois documents publics disponibles sur la société ne donnent pas exactement les mêmes chiffres :
| Donnée | Minalogic, 23 septembre 2026 | Fiche CORDIS du projet UPSPRING | Fiche start-up du CEA |
|---|---|---|---|
| Création | Fin 2024, à Grenoble | Non précisée | 2024 |
| Brevets | Douze familles sous licence exclusive | Plus de cinq brevets | Neuf brevets |
| Gain d’efficacité visé | Non chiffré | Facteur 1 000 | Facteur 100 à 1 000 |
| Laboratoires d’origine | Spintec et Albert Fert | Spintec et Albert Fert | Spintec et Albert Fert |
| Financement européen | Non mentionné | 2 499 999 euros | Non mentionné |
Ces écarts n’ont rien de suspect. Un brevet n’est pas une famille de brevets, une fiche rédigée en 2025 ignore les dépôts de 2026, et un gain annoncé par un projet de recherche reste un objectif, pas une mesure. Ils rappellent surtout qu’un chiffre de start-up n’a de sens qu’avec sa date et son émetteur.
Une technologie distinguée, une usine qui n’existe pas
Rien dans les documents publiés ne dit où ni quand ces puces seront fabriquées. Aucun effectif, aucun client, aucun partenaire industriel n’est nommé. Le projet européen court jusqu’en 2028, ce qui situe au mieux à cette échéance la démonstration d’un composant fiable, et non une production.
Le passage par une fonderie reste l’étape la plus coûteuse. Un dispositif ferroélectrique doit s’insérer dans un enchaînement de procédés déjà figé, sans dégrader le rendement des plaquettes, et une usine de semi-conducteurs ne modifie pas sa recette pour un volume de prototypes. Beaucoup de composants prometteurs se sont arrêtés là.
La période est pourtant favorable aux petites structures françaises de la microélectronique, comme le montre la sélection de dix PME françaises au premier appel européen sur les matériaux avancés. Pour suivre les prochaines étapes de ce dossier grenoblois, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google reste le moyen le plus simple de ne rien manquer.
Crédit photo © LePointDuJour

